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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Carrière professionnelle
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Roger Toulouse et ses élèves en classe de dessin
Ecole Normale d'Instituteurs d'Orléans
Fin des années 50


  Quelques éléments 
sur la
carrière professionnelle
     de Roger Toulouse


par Jean-Louis Gautreau


Quand André Ferré, directeur de l’Ecole Normale d’Instituteurs d’Orléans, lui propose en 1947 le poste de professeur de dessin artistique et de travail manuel éducatif, Roger Toulouse ne doit assurer que 6 heures de cours par semaine. Comme il n’a aucun diplôme d’enseignement, il ne peut être titulaire, et exerce donc en tant que maître-auxiliaire. Ces quelques heures hebdomadaires lui rapportent si peu d’argent qu’il envisage assez rapidement d’abandonner. Marguerite Toulouse lui conseille de patienter, et de faire ses preuves, de façon à essayer d’obtenir du directeur un emploi du temps plus important. Cette situation dure du 1er novembre 1947 au 30 septembre 1951.

 

A partir du 1er octobre 1951, la direction lui attribue quelques heures de plus ; il doit assurer 14 heures d’enseignement par semaine. Il n’obtiendra un emploi du temps complet (20 heures) qu’à partir du 1er octobre 1954.

 

Les différents directeurs de l’école tenteront d’obtenir la titularisation de Roger Toulouse. Tous avaient avec lui d’excellentes relations amicales. Tous connaissaient et respectaient son travail d’artiste. La première tentative est faite par M. Eugène Mabire en janvier 1958 :

 

« Monsieur Toulouse n’est pas titulaire du C.A. Dessin [Certificat d’Aptitude à l’Enseignement du Dessin], mais c’est un peintre connu, un artiste de grande valeur, et aussi un professeur d’élite qui obtient à l’Ecole des résultats exceptionnels. (Il sait en particulier donner  aux élèves le goût du Beau) ».

 

Sans succès.

 

En plus de ses fonctions à l’Ecole Normale, Roger enseignera le dessin artistique au collège Benjamin Franklin (sur demande du Principal) de 1954 à 1961, afin de remplacer un professeur défaillant.

 

Nouvelle tentative de M. Mabire en mars 1962 :

 

« C’est un maître d’une valeur et d’un dévouement exceptionnels qui obtient des résultats remarquables ».

 

En 1966, son poste est menacé par la nomination éventuelle d’un professeur, titulaire du C.A.P.E.S. Le Recteur, Gérald Antoine, et l’administration de l’école se démènent pour défendre Roger Toulouse, et l’affaire ira jusqu ‘au Cabinet du Premier Ministre, qui était alors Georges Pompidou. Finalement, Roger sera maintenu provisoirement à son poste. En remerciement, Roger adressera un dessin au conseiller au Cabinet du Premier Ministre qui était intervenu en sa faveur auprès du ministère de l’Education nationale.

 

Malgré ces incertitudes professionnelles, il est nommé Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques, en juillet 1967.

 

Le 28 mars 1969, le directeur de l’Ecole, Yves Goavec, rédige une note pour tenter de débloquer la situation administrative de Roger. Il compte l’adresser à un Directeur général qu’il connaît :

 

« A travers lui, depuis vingt deux ans, parce qu’il est intimement lié à la vie artistique et littéraire de notre temps, l’art vivant, venu des meilleures sources, est présent dans cette école.

Grâce à lui, parce qu’il a mis patiemment au point une pédagogie faite à la fois de certitudes, de techniques sûres, mais aussi de souplesse de discrétion, de délicate intuition, les Elèves-Maîtres qui entrent dans cette école, sans véritable initiation esthétique, obtiennent très vite d’étonnants résultats. […]

J’ajoute que le dévouement de M. Toulouse est exceptionnel. Au-delà de l’horaire imparti, il accorde bénévolement à cette école une part généreuse d’un temps précieux pris sur ces heures qu’il doit consacrer à l’élaboration de son œuvre personnelle. J’ai trouvé en lui le collaborateur le plus solide sur lequel j’ai pu m’appuyer en maintes occasions, auprès duquel je suis toujours certain de recueillir les avis les plus sûrs. A l’intérieur de l’étroite communauté qu’est une école de ce type, la présence d’un professeur d’une telle qualité est une chance inestimable, car elle est à la fois point de départ d’élans créateurs et facteur d’équilibre, d’humanisation ».

 

Le directeur termine sa lettre en demandant avec insistance la titularisation du professeur Roger Toulouse. Le fait que cette note soit datée de mars 1969 doit attirer notre attention. Lors des événements du printemps 1968, le fonctionnement de l’Ecole Normale d’Orléans était aussi perturbé que partout ailleurs. Les élèves et les profs étaient dans la rue, l’école était désertée, et le directeur quasiment seul à son poste. Il se sentait impuissant, déstabilisé, et un peu désabusé. Marguerite Toulouse m’a raconté à plusieurs reprises que pendant les jours les plus durs, Roger allait régulièrement le voir dans son bureau pour parler avec lui et lui remonter le moral. Le directeur avait beaucoup apprécié cette attitude, et lui en savait gré.

 

Nouvelle alerte en septembre 1969. Roger écrit au Recteur Antoine, car il craint que son poste soit attribué à un professeur pourvu du C.A.P.E.S.

 

A chaque fois, la difficulté que pose la situation de ce professeur hors norme est d’ordre administratif : Roger ne possède pas de diplôme d’enseignement. En revanche, pour ce qui concerne ses compétences sur le terrain, les plus grands éloges sont rappelés par les directeurs successifs.

 

En janvier 1973, André Barré, directeur de l’Ecole, reprend des extraits des courriers précédemment envoyés, et demande la titularisation de Roger à l’Inspecteur d’Académie :

 

«  Je ne puis pour ma part que joindre ma voix à celle de mes prédécesseurs. Je n’entreprendrai pas l’éloge, tentant, de M. Toulouse. Je me bornerai donc à faire état de la chance qu’ont les normaliens et instituteurs du Loiret de pouvoir compter sur les généreux services d’un maître dont le talent, l’efficacité, le rayonnement, sont exceptionnels. Maints écrivains, poètes ou critiques réputés (de Max Jacob et André Salmon, à Jean Rousselot, en passant pas René Guy Cadou, et… tant d’autres) ont dit les mérites de l’artiste. J’ajouterai seulement qu’il est rare qu’un créateur prestigieux révèle aussi pleinement les vertus les plus accomplies du pédagogue.

Homme discret que son art et son métier absorbent, M. Toulouse ne réclame rien. C’est pourquoi je crois qu’il est de mon devoir d’insister pour que justice lui soit enfin rendue ».

 

Et M. Barré propose une solution administrative qui semble-t-il sera prise en compte ; il termine sa lettre ainsi :

 

« Elle permettrait [cette proposition] au plus illustre des membres du corps enseignant de cette Ecole d’être assuré d’une belle fin de carrière, lui éviterait de mesquines humiliations, lui procurerait le bonheur de se trouver totalement « chez lui » dans une maison où tous ses collègues le respectent et l’admirent ».

 

Peu de temps après Roger Toulouse sera titularisé en tant qu’Adjoint d’Enseignement.

 

Il prendra sa retraite à la fin de l’année scolaire, en juin 1979.

 

Entre autres décorations officielles, en octobre 1981, il sera nommé Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques.




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