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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 4 - (septembre 1999) pages 36 à 44
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       Le Mémorial
 
 de SAINT-MARTIAL 

        à Limoges



 par Jean-Louis Gautreau



 1977 : Le chanoine François Desfarges
            devant la sculpture de Roger Toulouse



En 1977, Roger Toulouse réalise une sculpture de métal destinée à commémorer le miracle de Saint Martial. L'histoire de cette sculpture commence avec la nomination du chanoine François Desfarges à la cure de Saint-Joseph, paroisse de Limoges, en 1966. En parcourant les rues du quartier, le curé nouvellement nommé constate qu'aucun souvenir ne subsiste d'un évènement considérable, survenu sur le lieu-même, et vécu par les habitants de la ville : le miracle des ardents, obtenu au Mont-Jovis par l'intercession de Saint-Martial, en 994. Il décide d'en faire renaître le souvenir et, dans un premier temps, une cérémonie est organisée en mémoire de Saint-Martial, le 30 avril 1967.


Histoire et légende de Saint-Martial

Au IIIe siècle (vers 250), Martial et deux prêtres (Austriclinien et Alpinien) sont envoyés par Rome pour évangéliser le pays des Lémovices. Malgré les pires difficultés et les persécutions, il implanta le christianisme en Limousin et en Aquitaine. Premier évêque de Limoges, il fut enterré dans le cimetière gallo-romain de la cité. Autour de son tombeau s'éleva la célèbre abbaye médiévale de Saint-Martial et se constitua une nouvelle ville, aujourd'hui centre de Limoges. Des fouilles sous l'actuelle Place de la République ont mis son tombeau au jour en1960
. (1) 

Quelques siècles plus tard, un peuple en détresse fit appel à Martial oublié. Le père Forsans raconte :

C'était 994. En cette fin du Xe siècle, le Limousin est à L'épreuve. Les féodaux remuants et batailleurs que l'église n'a pas encore domptés,
[...] sèment dans le pays la misère, comme si ne suffisait pas, pour accabler ce pauvre peuple, la pauvreté de son sol. Or,
un fléau plus terrible s'est abattu sur lui depuis quelque temps : le feu de la colère de Dieu, "qui avertit les hommes de leurs devoirs, comme le dit une chronique, par des peines salutaires, et se fait reconnaître, de temps en temps, aussi bien roi de justice que de miséricorde..."
Les peuples, continue ce chroniqueur, ne rendaient pas à Saint-Martial les honneurs qu'ils avaient accoutumés, si bien qu'étant destitués de son intercession, la vengeance de Dieu - ne trouvant rien qui l'empêchât pour punir les hommes - fit descendre sur terre un feu très ardent et ensoufré, qui donna sujet extraordinaire d'étonnement à tout le monde."
Ainsi c'est de leur pauvreté même - le seigle redoutable
(2)
 qui leur procurait leur nourriture - et plus encore de leur pauvreté d'âme - ce culte qu'ils ne rendaient plus ou si mal à saint Martial - que vint aux Limousins leur malheur. [...]
Ce mal des ardents ravageait donc Limoges et toute la province d' Aquitaine... Les  malades se consumaient vivants, dans des tortures atroces qui dégageaient une insupportable pestilence. La douleur tordait les corps dans leurs inutiles efforts pour échapper à leur chair en feu.
"Les vivants qui en étaient frappés étaient consumés jusques à en mourir. Les uns se sentaient pris aux pieds, les autres aux mains et, de ces extrémités, le mal gagnait le coeur ; petits, grands, jeunes et vieux, hommes et femmes étaient infectés de cette peste, et l'acrimonie en était telle que l'on aimait mieux mourir que vivre ".
Ainsi parle le chroniqueur.
Et notre imagination vagabonde avec répugnance dans ces rues de Limoges, remplies de cadavres et de mourants, parmi les cris, les gémissements, les implorations... [...]
Inutile alors de compter sur la médecine. [...] Le seul remède ne pouvait venir que d'En-Haut. Et quand on est Limousin, on ne pouvait pas ne pas se souvenir de Martial. Après tout, et malgré leur oubli passager, un père pouvait-il oublier ses enfants ?
Il revenait aux prélats de la province de prendre une initiative, de concert avec Guillaume IV, duc d'Aquitaine. Ayant reconnu que le mal était une punition de Dieu, ils tinrent assemblée. Ils étaient tous là, les archevêques de Bordeaux et de Bourges, les évêques de Limoges et de Saintes, de Clermont, du Puy, de Périgueux et d'Angoulême. [...]
Trois jours de jeûne furent prescrits ; seule la pénitence, dans l'humiliation, est capable de trouver audience auprès de Dieu. Puis les cérémonies commencèrent. [...]
Et l'évêque Hilduin et ses assistants se mirent en devoir de creuser la terre : ils découvrirent trois cercueils ; le troisième, le plus profondément enfoui, contenait les restes de Martial : ce cercueil était en plomb, renfermé dans deux sarcophages, l'un en marbre, l'autre en serpentine. [...]
Cependant que l'on touchait au corps de Martial, ceux qui étaient restés dehors furent saisis d'une telle frayeur qu'ils étaient comme morts ; et ceux qui étaient dans l'église, il leur semblait que la terre tremblait : Dieu était là, qui préparait ces pauvres gens à sa miséricordieuse victoire sur le mal et à leur subite et extraordinaire joie.
La longue et pitoyable et glorieuse procession commençait. Lentement, au milieu des cris, des gémissements et des chants... Le reliquaire d'or [contenant les restes de Martial], escorté comme une garde d'honneur, par les reliques de sainte Valérie et de saint Léobon, cheminait parmi les rues. [...]
Et la solennité des uns et la déchéance physique des autres se mêlaient dans une même supplication, comme se mêlaient, en ce mois de novembre, les dernières splendeurs de l'automne et les premiers dépouillements de l'hiver.
C'est ainsi que le cortège arriva au sommet de la colline, appelée depuis le Mont Jovis.
(3)

Prodigieux spectacle que cette ascension du Mont Jovis, heureusement élu comme pour donner au saint imploré un piédestal digne de lui, d'où il pût embrasser du regard la cité entière et ses environs, entendre monter vers lui la houle de supplications haletantes de ces milliers de malades, mêlées aux acclamations et aux cris de foi d'une population unanime.
Et Saint-Martial entendit la prière de son peuple.
Et Dieu exauça la prière de Martial : des milliers de malades furent guéris ce jour-là.
C'était le 12 novembre 994.

A la suite du "Miracle des Ardents", les habitants de Limoges, en témoignage de reconnaissance, s'empressèrent d'élever un sanctuaire sur les lieux mêmes des événements de novembre 994.

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1 - 
Trois basiliques ont été successivement construites au-dessus du tombeau de Saint-Martial. La troisième basilique a été détruite en 1790, mais l'emplacement de la crypte se trouve sous la Place de la République. Les reliques ont été transférées dans l'église Saint-Michel des Lions.

2 - [L'ergot de seigle était la cause du mal ; ce champignon (conséquence d'une humidité excessive) infectait les épis de seigle dont les grais broyés fournissaient la farine d'un pain alors de consommation courante. On ressentait dans les extrémités des membres, des picotements, des brûlures, on délirait, la gangrène s'installait...

3 - Mont Jovis, qui signifie Mont de la Joie, est le résultat de l'altération progressive de Mons Gaudii et Montjauvy.

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Les prémices d'un projet.

Quelques mois après la manifestation du 30 avril 1967, le chanoine Desfarges fait la connaissance de Melle Yvonne Cathalot propriétaire du terrain sur lequel avait été édifiée la chapelle au Xe siècle. Il décide avec elle, de rappeler les événements de 994 par une plaque commémorative. Cette plaque fut inaugurée le 28 avril 1974, à l'occasion des Ostensions (4) des reliques de saint Martial, célébration réhabilitée après diverses interruptions.
Le 12 janvier 1975, Melle Cathalot s'éteignait léguant tous ses biens au diocèse et souhaitant voir édifier sur sa propriété un oratoire en l'honneur de saint Martial.
Le chanoine Desfarges qui se chargea de réaliser ce vœu, relate les réflexions qui l'ont conduit peu à peu à faire des choix :
... Le Limousin, Martial, le miracle, tels sont les trois thèmes qu'il fut décidé d'illustrer.

Le Limousin. Le granit, le châtaignier, la bruyère furent retenus pour évoquer notre terroir. Châtaignier et bruyère abondent, le granit aussi, mais encore fallait-il trouver un bloc monumental, un "menhir".
Une moraine, énorme bloc de granit de 30 tonnes, datant de 25 millions d'années fut accordée par les habitants du village de Lavaud-Fleuret (commune de Compreignac). Le chanoine Desfarges poursuit :

Martial.
La pierre était trouvée. Et quelle trouvaille inespérée ! Il fallait penser maintenant à la figuration de Saint-Martial. Nous n'avions aucune idée arrêtée à ce sujet.
M. Raymond Leclerc
(5),
l'éminent président du Centre Artistique et Littéraire de Rochechouart que je connaissais depuis longtemps, me parla avec beaucoup de chaleur de M. Roger Toulouse, artiste orléanais, marié à une Limousine, dont les œuvres exposées à Rochechouart et dans de nombreuses villes de France et de l'étranger [...] avaient été appréciées. J'entrai en relations avec l'artiste et lui fournis de la documentation. Après plusieurs correspondances, il vint à Limoges voir le site et la pierre.
M. Leclerc se souvient des paroles du Chanoine Desfarges au téléphone :
"Après m'avoir fait part de son projet d'édification au Mont Jovis, il me déclara avec son inimitable accent de prélat :

- Monsieur Leclerc, vous qui recevez tant de personnalités des arts, à Rochechouart, ne connaîtriez-vous pas un sculpteur qui sache manier la matière et allier la pierre à l'émail ?
Instantanément, je lui répondis que [...] je pouvais lui proposer un artiste digne de cette création.

Le miracle.
Il fallait absolument, précise le Chanoine Desfarges, que figurât sur le monument une relation du « Miracle des Ardents » qui, réalisé en ces lieux, avait fait nommer la colline « Mount Jauvi ». On élabora avec soin un texte concis qui serait gravé sur une belle dalle de granit fixée sur le mur près du rocher.

Il est aussi décidé de remettre en honneur un dicton populaire qui figurait sur la porte Manigne, détruite au XVIIIe siècle :
                                                 Dieus gart la vila
                                                             e sent Marsals la gent
(6)

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Le jeune architecte paysagiste J.-L. Dufour fut chargé de dresser les plans de l'ouvrage et d'en surveiller l'exécution.

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4 - Les Ostensions sont des manifestations millénaires particulières au diocèse de Limoges. Elles ont lieu tous les 7 ans. Les reliques des saints limousins sont exposées dans les églises à la vénération des fidèles. La première Ostension eut lieu le 12 novembre 994, alors que sévissait le terrible "mal des ardents".
 
5 - M. Raymond Leclerc a été le fondateur et le Président du célèbre Centre Artistique et Littéraire de Rochechouart (C.A.L.R.). Pendant de longues années, il a organisé de superbes expositions dans le cadre du château : Bourdelle, Courbet, Lurçat, Maillol, Rodin, Rouault, etc. et Roger Toulouse, en 1969.

6 - Dieu garde la ville et Saint-Martial les gens.

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Roger Toulouse travaille

L'année 1977 coïncide avec les premières manifestations importantes de la maladie qui devait emporter Roger Toulouse le 11 septembre 1994. Marguerite Toulouse rappelle qu'au début de cette année-là, Roger était malade et très fatigué. Depuis environ deux ans, il maigrissait, était affaibli, sans toutefois être jamais fatigué de peindre, mais il refusait de se soigner. Quand il se rend à Limoges en février 1977 pour aller voir la moraine choisie pour le mémorial, il faisait très froid ; il se sent à nouveau très fatigué à son retour. En avril, une analyse de sang révèle une anomalie très importante qui sera interprétée comme une leucémie, sans que le mot soit jamais prononcé devant Roger. Un traitement sévère lui permettra en quelques mois de retrouver un état proche de la normale ; cependant "au mois de mai, il était tellement faible qu'il ne pouvait faire le tour du jardin", précise Marguerite Toulouse. Au début du mois de juin, ayant appris la maladie de Roger, le Chanoine Desfarges propose de remettre l'inauguration de la sculpture, mais Roger lui répond que tout sera prêt pour la date prévue : le 9 octobre. A ce moment, Roger n'avait encore dessiné aucun projet. Marguerite Toulouse exprime encore sa stupéfaction :
"Un jour, vers la mi-juin, il est revenu dans son atelier et en quelques heures, il a dessiné trois projets qu'il a mis au point les jours suivants. Il ne faut pas oublier que Saint-Martial est un saint guérisseur", ajoute-t-elle en Limousine convaincue.
Roger devait tenter de résoudre un problème difficile : il lui fallait respecter les consignes précises qu'il avait reçues et tenir compte du goût des commanditaires, peu au courant de l'art contemporain, mais il souhaitait que son projet ne soit pas étranger à ses recherches en cours dans le domaine de la sculpture.
Peu de temps après, il envoie les trois projets au Chanoine qui, après délibération lui renvoie l'étude choisie (7) afin que Roger puisse commencer le travail.
En traçant ces dessins, Roger avait senti qu'il avait la force de retravailler. Après une interruption de deux ou trois mois, cela lui redonne le moral. Il commence à forger lui-même les plaques de laiton dans l'atelier de M. Lavrat ; les ouvriers l'aident à souder les éléments entre eux.

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7 - Roger offrira ce dessin à M. Gilbert Julien, membre du conseil presbytéral, en 1993. Nous ne savons pas ce que sont devenus les deux autres dessins.

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Mémorial à Saint-Martial de Limoges  (1977)
dessin à la plume et encre noire sur papier

Dans un texte paru après l'inauguration du monument, Roger Toulouse raconte lui-même comment il a travaillé pour concevoir la sculpture :
"C'est en février 1977 que M. le Chanoine Desfarges, l'architecte Jean-Louis Dufour et M. Klinger, conseiller municipal, me firent découvrir à Lavaud-Fleuret, près de Compreignac, une énorme moraine de trente tonnes. Je l'observais sur toutes ses faces, elle était impressionnante. Placer devant cette pierre monumentale une sculpture allait être une redoutable confrontation - un élément de la préhistoire et une figuration de notre époque !
Jean-Louis Dufour dessina le plan d'ensemble de ce mémorial avec une très grande rigueur, M. le Chanoine Desfarges nous donna des conseils judicieux et une excellente documentation. Tous ces éléments réunis, commença la période de réflexion : d'abord l'énorme volume de cette  pierre et ses 25 millions d'années, un âge qui donne le vertige et beaucoup d'humilité, le granit, à la couleur douce mais volontaire ; puis honorer saint Martial simplement mais profondément, afin de commémorer "le miracle des ardents" et la fidélité des habitants de la grande cité limousine.
Je m'imposais plusieurs contraintes : Martial doit "rayonner", il sera vu de face et de dos, donc son visage sera double, il en sera de même pour son lourd vêtement. Une association étroite doit s'établir entre le rocher qui n'a pas de face principale mais qui est visible de tous côtés, avec son volume écrasant et la statue. Elle devait s'imposer au volume de la pierre qui allait lui servir de fond ou d'écran. Saint Martial devait être massif, un autre facteur intervenant qui réduit les volumes : l'espace. Je devais lui donner une architecture ample et sobre, des lignes de force bien étudiées. Mais quels matériaux employer ? Il fallait un matériau sorti des entrailles de la terre : le laiton fut choisi (cuivre et zinc), puis des éléments  en cuivre et l'acier inoxydable (métal de notre époque) qui sera le trait d'union entre le passé et les découvertes industrielles d'aujourd'hui. La réputation de ce prestigieux centre qu'est Limoges pour l'émail ne devait pas être oubliée ; dans cet ensemble figureront des plaques émaillées aux couleurs vives apportant la chaleur avec le jaune et le rouge, la méditation avec le vert et le bleu profond, et le violet représentant les souffrances du Christ.
C'est en partant de toutes ces données que je me suis mis à faire quelques études (saint Martial commençait à m'habiter) et c'est en quelques heures que je le dessinais avec la ville de Limoges à ses pieds. Dans un second temps, le travail aux dimensions réelles commençait en tenant compte de tous les impératifs. Ne connaissant pas le visage de saint Martial, il m'était impossible de le figurer et puis chaque pèlerin doit pouvoir l'interpréter, lui donner une signification, lui rendre son importance selon sa vision ; c'est pour cette raison que les yeux, le nez et la bouche sont indiqués par des vides. Mon ami René Blanchon y découvre une colombe... Quelle belle idée ! M. le Chanoine Desfarges, lors de la présentation du monument, le 9 octobre dernier, s'exprimait ainsi :
"Voici donc que va apparaître à nos yeux, tel Moïse descendant du Sinaï, le visage bouleversé par la révélation divine et la mission redoutable qui lui a été confiée, voici l'image majestueuse de saint Martial."
Je ne pouvais recevoir une meilleure récompense.
Le travail terminé, avec toutes les embûches que réserve ce métal noble mais capricieux à l'assemblage, la sculpture commençait à s'éloigner de plus en plus de son auteur ! Puis vint le jour de bénédiction par Mgr Gufflet, évêque de Limoges. Après cet instant solennel, saint Martial ne "m'appartenait" plus. J'étais l'ouvrier qui s'efface devant son travail en le léguant à la vénération des fidèles.
Pensons aussi à la généreuse bienfaitrice, Melle Cathalot, et remercions encore M. le  Chanoine Desfarges, le pasteur dévoué qui mena avec tant de bonheur sa délicate mission".

                                                                                                           Roger Toulouse.

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Une fois achevée, la sculpture se présente ainsi : Martial est entièrement en laiton (deux faces symétriques), le parement central de la dalmatique est orné d'émaux de couleurs vives, le bâton pastoral est composée d'une tige en acier inoxydable surmontée d'une croix en laiton ; à la base du personnage, la ville de Limoges est évoquée par une tôle de cuivre découpée.

Finalement, il a été décidé que le monument se dresserait dans un petit square pris sur l'ancienne propriété de Melle Cathalot, à l'angle de la rue du Désert et de la rue Jean-Baptiste Blanc.

Le lundi 22 août 1977, en fin de matinée, l'énorme moraine de granit est placée, à l'aide de moyens techniques importants, sur le socle de ciment conçu pour la recevoir.

L'inauguration du mémorial

Dans une petite brochure, M. le Chanoine Desfarges (curé de Saint-Joseph), M. Phénix, Premier Bayle de la Grande Confrérie de Saint-Martial et M. Font, maire adjoint, invitent toute la population limousine à participer à la cérémonie d'inauguration prévue le dimanche 9 octobre 1977, à 15 h 30.
Roger et Marguerite Toulouse assisteront à l'inauguration solennelle du "mémorial destiné à perpétuer le souvenir du miracle des ardents obtenu au Mont Jovis par l'intercession de Saint-Martial." Plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées autour de l'évêque, Mgr Gufflet, et des personnalités de Limoges et de la région. A 15 h 30, la châsse du bras reliquaire de Saint-Martial arriva accueillie par l'Alléluia de Haendel. Le Père Forsans fit le rappel historique du Miracle des Ardents.

Puis le curé de Saint-Joseph, le chanoine Desfarges, présenta le monument. Après un éloge de Melle Cathalot, il poursuit : Le monument que vous avez sous les yeux a une triple intention : tout d'abord il veut honorer Saint-Martial. Selon la déclaration pertinente d'un habitant du quartier : "C'est lui qui a donné la vie à la cité. C'est son abbaye, incomparable foyer de civilisation, qui a lancé Limoges au Moyen Age, qui l'a imposée dans le concert des villes de France et de l'Europe".
Limoges doit honorer Saint-Martial pour une autre raison, qui est même la première : Il est notre père dans la foi.
Voici donc que va apparaître à nos yeux, tel Moïse descendant du Sinaï, le visage bouleversé par les révélations divines et la mission redoutable qui lui est confiée ; voici l'image majestueuse de Martial, bellement drapé dans les métaux nobles, nous présentant l'Evangile et la Croix de Notre-Seigneur Jésus-christ.
A ce moment, Mgr Henri Gufflet, (103e successeur du fondateur de l'église de Limoges), assisté du sculpteur Roger Toulouse, dévoilèrent la statue. Le Chanoine poursuit :
Et le rocher ? Est-il là pour faire fond et cadre ? Si l'on veut. Mais il y a plus : c'est un symbole. Limoges n'est pas la seule cité à avoir Saint-Martial comme protecteur : sept communes portent son nom en Limousin et quarante paroisses l'ont comme titulaire dans les trois départements de notre Région. Dans l'Aquitaine, plus de trente communes s'appellent Saint-Martial et plus de cent cinquante églises lui sont dédiées.
Le Limousin donc, évangélisé par Martial, sera symbolisé par ce rocher monumental de près de trente tonnes en granit de notre terroir, posé sur ce tumulus, dans la bruyère et les fougères et bientôt, avec le temps, à l'ombre des châtaigniers. [...]

Puis, le Chanoine lit l'inscription, gravée dans la pierre, qui relate le miracle :

                                           L'an 994, le 12 novembre,
                                  au terme d'une procession solennelle
                                      faite d'une multitude de pélerins
                               conduits par tous les évêques d'Aquitaine,
                                les précieuses reliques de Saint-Martial
                                     furent offertes en ce haut lieu
                                  à la vénération des fidèles présents
                                      afin que, par son intercession,
                                cesse l'épidémie du "mal des ardents".
 
                                       Les prières furent exaucées
                                 et cette colline devint le "Mount Jauvi".
 
                                         Ce mémorial a été érigé
                                      pour être l'action de grâces
                                           du peuple limousin
                                         à son Père dans la foi.
                                        L'an 1977, le 9 octobre.

Dans la suite de son discours, le Chanoine signale encore que les chaperons qui couronnent les murs (8) proviennent du pont de la Révolution et du pont Neuf, ce dernier construit en partie avec les plus beaux matériaux de l'abbaye de Grandmont. Ces pierres de taille donnent au mémorial de l'allure et de la noblesse.
Mgr Gufflet prend à son tour la parole. Après son allocution, il bénit le monument.
Des chorales chantent le cantique traditionnel Noble Pays de l'Aquitaine. Un habitant du quartier dit une prière d'intercession. Des musiciens et des danseurs limousins en costumes traditionnels se produisent dans la foule. Et la journée se termina par une messe solennelle.
La presse régionale rendit compte abondamment de cette importante manifestation.
Le 30 juin 1988, à l'occasion des 68e Ostensions septennales, un timbre "Europa", célébrant le traité de Verdun de 843, fut édité le premier jour à Limoges. Il était présenté sur une carte postale où figurait le dessin de Roger Toulouse représentant l'ensemble du mémorial.
Marguerite Toulouse raconte qu'un jour, Roger  a vu une personne prier devant sa sculpture. Il en a été très ému n'ayant jamais imaginé que son œuvre pouvait devenir objet de vénération.

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8L'espace du square est délimité par un mur (voir photo ci-dessous).
 
NDLA : Pour rédiger cet article, je me suis contenté de puiser dans l'abondante documentation soigneusement rassemblée et conservée par Marguerite Toulouse. J'ai fait, en particulier, de nombreux emprunts à une plaquette très complète, écrite par M. le Chanoine Desfarges : "Renaissance du Mont Jovis". (Jean-Louis GAUTREAU)


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Vign_Saint_Martial_1

Mémorial de Saint-Martial du Mont-Jovis

Sommaire Revue N° 4

      
     Septembre 1999

Editorial lire l'article
 
Etudes de l’œuvre
 
Une rupture dans la vie et l’œuvre de Roger Toulouse : la mort de Max Jacob
(Jean-Louis Gautreau)
 
Une œuvre citoyenne et militante
(Abel Moittié)
 
Roger Toulouse, l’époque blanche
(Pierre Garnier)
lire l'article
 
Roger Toulouse, œuvres sur papier, 1933-1975
(Isabelle Klinka-Ballesteros)
 
L’œuvre sculpté de Roger Toulouse
 
Le mémorial de Saint Martial à Limoges
(Jean-Louis Gautreau)
lire l'article 

Anecdotes et biographie
 
Comment j’ai connu Roger Toulouse
(André Delthil)
 
Max Jacob est arrêté. Une amitié fidèle au-delà de la mort (1ère partie)
(Jean-Louis Gautreau)
lire l'article

Roger Toulouse illustrateur des poètes
 
Quand le poème s’inscrit dans l’architecture des couleurs
(Juliette Darle)
 
Entretien entre Roger Toulouse et Luc Bérimont
lire l'article

Poème
 
« Port »
(Roger Toulouse)

Document
 
Exposition à la galerie Six-Sicot à Lille, 1964
(Jacques Delpeyrou)
lire l'article

Vie de l’association
 
Les évènements de l’année
Les œuvres retrouvées
Le site Internet. Actualités
Nos amis ont publié
Quelques réactions à la réception du « Catalogue raisonné de l’œuvre de Roger Toulouse »
Composition du bureauBulletin d’adhésion

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Colline du Mont-Jovis

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Raymond LECLERC
fondateur du
Centre Artistique et Littéraire de Rochechouart

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Etude pour Saint-Martial
  dessin au crayon graphite

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L'architecte
Jean-Louis DUFOUR
en compagnie du sculpteur 
Roger TOULOUSE







































































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Dimanche 9 octobre 1977 :
 Inauguration du Mémorial
par l'évêque de Limoges,
Mgr Henri GUFFLET
assisté du sculpteur
Roger TOULOUSE




















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Mémorial à Saint-Martial
Carte postale
Editions Saint-Joseph - Limoges

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