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Revue N° 12 (septembre 2007) pages 30 à 36 |
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Une toile historique retrouvée Nature morte à la Trompette - 1945 par Jean-Louis Gautreau Le samedi 21 octobre 2006, Me Binoche dirigeait une vente importante à Orléans, au cours de laquelle plusieurs œuvres de Roger Toulouse étaient présentées. L’une d’elles était exceptionnelle. En effet, il s’agissait d’une toile intitulée : "Nature morte à la flûte", oeuvre « historique » de 1945, relativement bien documentée. Après une bataille d’enchères rapide, le tableau a été acquis par un couple de collectionneurs résidant près d’Orléans, pour une somme avoisinant les 7300 € (frais compris). En raison de quelques accidents, ce tableau nécessitait une restauration délicate. Nous ne connaissions cette toile que par une photo en noir et blanc, publiée dans un journal de 1946, et par sa reproduction de médiocre qualité dans le catalogue raisonné. Nous en avions perdu la trace. Son apparition en salle de vente est, pour nous, une véritable redécouverte. Le titre Je voudrais d’abord rectifier une erreur qui s’est glissée dans la dénomination de cette toile. Dans le catalogue raisonné, elle est répertoriée sous un titre qui me paraît étrange : Nature morte à la flûte. Or nous pouvons constater qu’il n’y a pas de flûte dans cette composition… Il est possible que ce titre erroné ait pour origine une lettre de Georges Maratier (marchand parisien de Roger Toulouse jusqu’en 1947), dans laquelle il évoque une « nature morte avec la flûte », certainement à la suite d’une mauvaise interprétation de sa part… Il faudrait tout de suite cesser d’utiliser ce titre inadapté, et lui redonner son titre original : « Nature morte à la Trompette », titre attribué à cette œuvre par Roger Toulouse lui-même, et qui figure sur une étiquette datant de 1946, collée au dos du cadre. La trompette en question a certes une forme étrange, mais en faisant un petit effort nous pouvons l’identifier comme telle. En donnant ce titre, en 1946, à l’occasion de l’exposition de Berne, Roger ne se souvenait peut-être pas qu’il avait attribué un autre titre à cette toile, sur sa liste manuscrite interrompue en 1945. En effet, sous le n° 176, nous trouvons le titre suivant : « Nature morte aux Cornes ». A moins qu’il ait pris conscience du fait que l’objet central, celui qui sautait aux yeux du spectateur, était la « trompette », et non pas les deux cornes, placées sur la droite de la composition. Nous ne pouvons que constater l’existence de ces deux titres. Puisque nous avons le choix, le dernier en date nous paraît le plus justifié, et nous le retiendrons : « Nature morte à la Trompette ». Histoire du tableau Moins d’un an après la Libération de Paris, se tient, du 29 mai au 29 juin 1945, à la galerie Pierre Maurs, au Rond-Point des Champs-Elysées, le 1er Salon de Mai que Gaston Diehl, qui deviendra un célèbre critique d’art, vient de fonder. Il s’agit alors d’une manifestation artistique de première importance, la première après la tourmente de la guerre. Roger y participe avec deux peintures : une « Nature morte » et un « Portrait ». C’est en visitant cette exposition que le peintre Balthasar Klossowski de Rola, dit Balthus, remarque les œuvres de Roger Toulouse, et en particulier la « Nature morte à la fenêtre ». Chargé d’organiser en Suisse, l’année suivante, une grande exposition consacrée à l’art français contemporain, le peintre Balthus fait le tour des galeries et des expositions pour sélectionner les artistes peintres qui y participeront. Comme Roger Toulouse a retenu son attention au Salon de Mai. Il se rend à la galerie Maratier, place Vendôme, où le jeune peintre expose ses oeuvres, et il sélectionne deux toiles pour l’exposition qui doit se tenir à la Kunsthalle de Berne, du 27 février au 24 mars 1946. Georges Maratier, directeur de la galerie, écrit à Roger le 6 juillet 45 : « J’ai reçu la visite deux fois cette semaine de Balthus, le peintre chargé d’organiser une grande exposition d’Art français en Suisse. En principe, il a retenu la toile que vous aviez montrée au Salon de Mai, et la nature morte avec la flûte. Cette manifestation peut être très utile pour vous car les œuvres sont très sévèrement triées. Qu’en pensez-vous ? Les tableaux resteraient environ 3 mois en route. » Dix jours plus tard, Maratier adresse une courte lettre à Roger, datée du 16 juillet 45 : « Le choix des tableaux pour l’exposition en Suisse est retardé au mois de septembre. Balthus doit me prévenir, ce qui nous permettra peut-être d’apporter quelque chose de nouveau. […] » Les toiles finalement retenues sont : « Nature morte à la Fenêtre » et « Nature morte à la Trompette ». L’exposition de Berne à travers les articles de presse Labyrinthe du 15 février 1946 – Genève. Rédacteur en chef, Albert Skira. Kunsthalle – Berne. Exposition de peinture contemporaine. Ecole de Paris – du 27 février au 24 mars 1946. En première page, figure la liste complète des artistes exposés. Quinze « grands anciens » sont mis en vedette : Cézanne, Courbet, Degas, Delacroix, Gauguin, Guillaumin, Manet, Pissarro, Redon, Renoir, Rousseau, Seurat, Sisley, Toulouse-Lautrec, Van Gogh. Le journal signale en particulier le grand tableau du « douanier » Rousseau intitulé : La Guerre (récemment redécouvert), qui se trouve actuellement au musée d’Orsay. Suivent les 64 artistes contemporains, jeunes ou moins jeunes, célèbres ou moins célèbres : Alix, Asselin, Aujame, Balthus, Bauchant, Bérard, Beaudin, Bombois, Bonnard, Borès, Braque, Brianchon, Chapelain-Midy, Chirico, Coutaud, Delaunay, Denis, Desnoyer, Dufresne, Dufy, Fougeron, Gischia, Goerg, Gondouin, Gris, Gromaire, Gruber, Le Kermadec, La Fresnaye, La Patellière, Léger, Le Moal, Lothe, S. Louis, Lurçat, Manessier, Marchand, Marcoussis, Marquet, Masson, Matisse, Miro, Modigliani, Montanier, Picasso, Pignon, Robin, Roger, Rohner, Rouault, Roux, Sima, Singier, Tailleux, Tal Coat, Tanguy, Toulouse, Utrillo, Venard, Villon, Vivin, Vuillard, Walch, Waroquier. Nous ne connaissons pas la liste complète des œuvres exposées, mais si l’on imagine que les 79 artistes ont présenté chacun 2 œuvres, cela constitue un bel ensemble. La liste des artistes contemporains laisse apparaître une grande diversité dans le choix effectué par Balthus : des peintres naïfs, figuratifs, ou abstraits, sont représentés. Roger ne se rendra pas à Berne, mais on peut imaginer le plaisir qu’il a ressenti à être admis dans ce cercle très fermé. Benjamin de la bande, il côtoie quelques-uns des plus grands noms de l’art « français » du moment : Pierre Bonnard, Georges Braque, Robert Delaunay, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, Pablo Picasso, pour ne citer que ceux-là… Deux photos en noir et blanc illustrent la première page : "Portrait de Jeune Fille en bleu", par Edouard Manet, et "Nature morte au crâne de Bœuf", par Pablo Picasso. En page 2 du journal, on trouve une grande reproduction en noir et blanc, du "Cirque", par Georges Seurat : seule grande composition du peintre restée en France, et que l’on peut maintenant admirer au musée d’Orsay. La Patrie Suisse du 6 avril 1946 – Genève. Extrait de l’article de Herbert van Leisen. […] C’est pourquoi, comme nous le conseille judicieusement S. E. Henri Hoppenot : « Abstenez-vous, en face d’un tableau, de poser ces deux questions qui n’en font qu’une : A quoi cela ressemble-t-il ? Qu’est-ce que le peintre a voulu représenter ? Un tableau […] ne ressemble qu’à lui-même. Il ne raconte pas une anecdote, il est. A Mme Rimbaud, qui lui demandait ce que ses poèmes « voulaient dire », son fils répondit : « Exactement ce qu’ils disent ». Ce que le peintre a voulu « représenter » est exactement ce que vous avez sous les yeux, c’est-à-dire, comme l’a écrit définitivement Maurice Denis, « des couleurs dans un certain ordre assemblées ». Les personnes, qui ne s’en contentent point, agiront sagement en restant chez elles. A l’heure où chacun parle de la reconstruction de l’Europe, la moindre n’est pas, comme le dit M. René Huyghe, la reconstruction des esprits. Partout se presse une jeunesse ardente, avide de nouveautés. L’Exposition de peinture contemporaine suggère des solutions qu’elle jette à foison. Six photos en noir et blanc illustrent l’article : Femme en bleu, par Pablo Picasso – Jeanne d’Arc, par Roger de La Fresnaye (de la collection Paul Petit – le musée des Beaux-Arts d’Orléans conserve le dessin préparatoire) – Le Petit Pierrot, par Georges Rouault – Le Jardin de Montmagny, par Maurice Utrillo – Le Moulin à Café, par Pierre Tal Coat – et Nature morte à la Trompette, par Roger Toulouse. Description du tableau Les objets Une grande table rectangulaire avec des pieds en « X », sur laquelle sont disposés quatre objets : une chope, une trompette à deux embouchures, et deux cornes d’animal ; dans le tiroir entrouvert un tire-bouchon ; à l’arrière-plan, une poutre placée verticalement d’où part une tige tordue au bout de laquelle est fixé un objet non identifié : un élément de forme vaguement cubique. Composition et couleurs Cette huile sur toile, de 60 cm sur 81 cm, peut se diviser visuellement en trois bandes horizontales. - Une zone rouge, dans la partie inférieure, traversée par les pieds en X de la table. - Une zone centrale claire sur laquelle se détache le plateau marron de la table où sont disposés quatre objets. - Une zone supérieure noire. Un seul élément traverse verticalement la toile, à peu près en son centre. Est-ce un pilier de bois ? En tout cas, il a une couleur « bois » en haut, et se prolonge en bas, derrière les pieds de la table, en devenant noir, sans doute en raison de « l’ombre ». On remarque déjà que derrière un désordre apparent, la composition est très rigoureuse, et très maîtrisée. Trois 3 étiquettes sont collées au dos du cadre : - Une étiquette de la société de transport spécialisée : ESPRESS TRANSPORT Ltd Transport de tableaux et statues – 27 rue de Flandre, Paris 19e. Elle porte quelques informations manuscrites : Titre ou Désignation : Nature morte à la trompette Nom de l’auteur : Toulouse Nom et adresse du propriétaire : Gie Maratier – 20 Place Vendôme - Une étiquette portant l’inscription : Kunsthalle Bern – n° 0451. - Une étiquette de la douane italienne. En effet, ces peintures ont été ensuite exposées à Rome, en juin 1946.
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Revue N° 12 - "Nature morte à la Trompette" - page 30 |
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"Nature morte à la Trompette" - 1945 Huile sur toile - 0,60 x 0,81 m Collection particulière |
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Etudions les couleurs des différents éléments de la composition. La zone rouge lie de vin, correspond au sol de la pièce qui est recouvert de « tomettes » de terre cuite, qui d’ailleurs ressemblent plutôt à des « tuiles » en forme d’écailles de poisson. Les pieds de la table ont été peints en trois temps : d’abord une sous-couche vert clair, puis une couche marron a été appliquée, et, alors que cette couleur de surface était encore fraîche, l’artiste avec le manche de son pinceau, l’a grattée, griffée, nerveusement pour faire apparaître la sous-couche (seuls les pieds sont traités ainsi). Le « X » des pieds est souligné de deux larges traits obliques, l’un vert et l’autre bleu. Le large bandeau brun sous le plateau de la table est interrompu par le tiroir bleu clair, à l’intérieur vert, d’où surgit le tire-bouchon noir. Au-dessus, un trait bleu figure le bord du plateau de la table. Ce trait souligne aussi la séparation entre la zone « rouge » et la zone centrale. Le plateau marron foncé est zébré de plusieurs lignes horizontales de zigzags, tracés par de rapides coups de pinceaux, simplement pour animer cette grande surface. On retrouve cette technique dans d’autres œuvres de cette époque. Les couleurs de la chope sont audacieuses : un rose vif côtoie le bleu roi du couvercle (la poignée du couvercle est marron) ; le corps de la chope, faite d’un dégradé de bleu-vert clair, est orné de petits motifs géométriques bleus ; la base est violette. La trompette, à dominante jaune orangé, est ornée de motifs vaguement géométriques, semblables à ceux du plateau de la table. L’objet cubique « non identifié » joue un rôle important dans la composition. L’une des faces bleu clair vient équilibrer la répartition des taches de bleu sur la toile. Dans la partie inférieure, plusieurs lignes bleues stabilisent la composition : la tranche de l’un des pieds, le tiroir, le bord de la table. A gauche, plusieurs détails de la chope sont bleus. Il fallait un rappel de bleu sur la droite. Mais il y a un peu partout des rappels plus ou moins importants des différentes couleurs. Ainsi le tire-bouchon noir, au centre de la partie inférieure, est une reprise de la couleur de la zone supérieure. Un autre détail nous a causé quelques difficultés d’interprétation. Nous avions remarqué qu’une partie de la trompette semblait recouverte d’une forme marron irrégulière. Nous pensons qu’il s’agit de l’ombre portée de la chope. Ombre fantaisiste, comme tous les éléments de ce tableau, car ici, rien n’est « réaliste » ; et les ombres portées ne sont ni systématiques, ni représentées selon les règles académiques. Commentaires et essai d’interprétation Cette huile sur toile est un excellent exemple de la peinture que fait Roger au cours des deux ou trois années qui suivent la Libération (1945-1947). Elle me paraît illustrer parfaitement ce que j’ai commenté à plusieurs reprises : la seule vraie rupture dans l’œuvre de Roger Toulouse se manifeste dans les peintures réalisées en 1945. En effet, quels liens peut-on trouver entre les luxuriantes et délicates peintures des années 1939-1940, comme « Le jeune Homme au Foulard rouge » et cette nature morte aux formes lourdes et puissantes ? Pendant la guerre, par manque de matériel, il n’a peint que quelques petits paysages champêtres, plutôt décoratifs. Et là, surgit une peinture contenant une violence, que rien ne laissait prévoir ; les couleurs appliquées en aplats, sont énergiquement retravaillées ; les objets aux formes étranges semblent vivantes : la table se gondole, le pichet (ou la chope) bascule ; la « trompette » à deux embouchures se tortille ; l’une des cornes se redresse et s’appuie sur un élément horizontal sur lequel elle tente de grimper ; un tire-bouchon semble vouloir s’échapper du tiroir entrouvert. Tous les objets s’agitent en une sarabande incontrôlée. J’ai toujours appelé les œuvres de cette période : des natures mortes vivantes. Bien sûr, l’expression « nature morte » pose problème. Rappelons-nous le sens des mots équivalents utilisés dans les pays du nord de l’Europe. Voici la définition et le commentaire que j’ai trouvés sur un site Internet wikipedia : L'expression nature morte désigne un sujet constitué d'objets inanimés (fruits, fleurs, vases, etc.) ou d'animaux morts, puis, par métonymie, une œuvre (en peinture ou en photographie, etc.) représentant une nature morte. Le terme n'apparaît qu'à la fin du XVIIe siècle. En 1650, apparaît aux Pays-Bas le terme stilleven, ensuite adopté par les allemands (stilleben), et par les anglais (still-life) qui se traduirait par « vie silencieuse ». Si nous nous référons à cette définition ordinaire, nous constatons que l’œuvre de Roger ne représente pas des objets inanimés, et qu’elle n’exprime pas du tout une « vie silencieuse ». Au contraire, c’est le tumulte que l’on perçoit en regardant ce tableau, un véritable tintamarre : la table saute sur place, le tiroir grince, la chope sautille en faisant claquer son couvercle, la trompette s’agite et claironne, les cornes rampent et tentent de s’échapper. C’est la révolte des objets animés. Il est bien évident que ce n’est pas une « nature morte » au sens habituel du terme. Une lettre de Roger Toulouse nous donne peut-être quelques indications sur sa démarche et son travail de réflexion : « Je commence à peindre des natures mortes et des portraits imaginaires, je transforme l’objet suivant le rythme de la composition en lui donnant une force intérieure, n’abandonnant jamais la figure […] un objet a sa vie […], sa vie extérieure, mais aussi un cœur et un cerveau. Il faut aller plus loin que l’épure géométrique, il faut entrer en communication avec l’objet. La vie n’est pas seulement la minute présente mais la chaîne des minutes ; et avec l’épure géométrique on n’obtient que la minute présente. Sa vie intérieure doit déborder sur sa vie extérieure, l’œuvre ne vaut qu’à cette seule condition. » Un commentaire de Gaston Diehl Dans un passage du film de Gérard Poitou, Gaston Diehl commente une autre toile de cette époque, intitulée : "Nature morte au Trombone" (vers 1946). Nous pouvons aisément faire le parallèle avec le tableau qui nous occupe. « Je me souviens de cette grande Nature morte au Trombone, enfin je ne sais pas comment l’appeler exactement, qui a dû être présentée dans les années 48, au moment où nous avons fini par nous installer pour 25 ans dans les salles alors inoccupées du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Et cette nature morte, telle que je l’ai là sous les yeux effectivement, se détache avec une force, je dirais presque provocatrice, d’abord par la couleur, par les contrastes colorés très vigoureux, très inattendus surtout, et cette manière si particulière à Roger Toulouse d’aboutir à une sorte de dématérialisation de la réalité. Tous les objets qui sont ici réunis dans une sorte de salade paradoxale – un os, des trombones, des sortes de fruits, des saucisses – tout cela effectivement est à la fois issu du quotidien, mais déjà s’élançant en dehors, dans une zone abstraite, un peu mystérieuse, comme ce tiroir entrouvert où apparaissent des couteaux, ce carrelage lui-même assez obsédant, ces crochets de boucher qui ne suspendent que des instruments de musique : tout cela donne déjà le côté agréablement, je dirais – car nous ne sommes pas dans du surréalisme, loin de là – déraisonnable, et incitant le spectateur à une sorte d’envol poétique extraterrestre, qui a de quoi ravir ». Conclusion Comme cette toile est étrange, puissante, et originale. Il y a sans doute bien peu d’oeuvres de cette époque qui peuvent lui être comparées. Une telle force, une telle intensité, une telle énergie, et un tel désespoir s’en dégagent. Cette vigueur se manifeste aussi bien dans le sujet, composé d’un nombre limité d’objets aux formes lourdes qui s’agitent, que dans la façon dont les couleurs vives et contrastées sont brossées, à larges coups de pinceau. Quant au désespoir, il a de nombreuses sources, toutes liées au terrible conflit mondial qui vient de s’achever : la mort de Max Jacob, les désillusions politiques, la découverte des monstruosités commises par les nazis, etc. Témoin de son temps, l’artiste est un condensateur d’émotions. Troublé, déstabilisé, il l’exprime avec les moyens de son art. Les formes tourmentées de tous les objets nous montrent son combat intérieur. Une dernière question. Comment qualifier cette œuvre ? Symbolique ? Surréaliste ? Expressionniste ? Je n’en sais rien, et cela n’a aucune importance. Elle est. Samedi 10 mars 2007 Abel et Françoise Moittié, et moi, sommes allés chez le couple de collectionneurs pour voir la toile de Roger, après restauration. Un travail remarquable a été fait. Tous les petits accidents ont été « soignés ». Le tableau a retrouvé son aspect d’origine, et ses couleurs vives et chatoyantes. Quelle présence ! On pourrait presque penser qu’il vient de sortir de l’atelier. Roger a encore ses pinceaux à la main.
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Septembre 2007
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