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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 10 - septembre 2005 (pages 42 à 45)
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     1948 - Le 4ème Salon de Mai
                 est présenté à Orléans


par Jean-Louis Gautreau



« Après la guerre, rappelle Marguerite Toulouse, tout le monde était accablé par le spectacle du centre ville d’Orléans qui n’était qu’un vaste champ de ruines ; en 48, la reconstruction avait à peine commencé, et sur le plan culturel il ne se passait rien. Les Orléanais avaient d’autres priorités. »


En 1948 Roger Toulouse a tout juste trente ans. Après la Libération, il s’investit dans plusieurs associations afin de participer à un redémarrage de la vie culturelle orléanaise ; il est surtout actif à l’association France-URSS, et il aide à l’organisation et à l’animation du ciné-club, où l’on projetait des films d’Eisenstein, de Renoir, de Clouzot, etc. La salle de « l’Artistic » était régulièrement comble. Le 28 mai 1947, a lieu l’inauguration d’une exposition consacrée à Max Jacob. L’une des plus belles et plus complètes jamais réalisées. En juin 48, se tient une exposition personnelle consacrée à Roger Toulouse à la bibliothèque municipale d’Orléans.

Pierre Chevallier, le Maire d’Orléans, suggère à Roger Toulouse d’animer ou de ranimer le musée des Beaux-Arts, installé à l’époque dans l’hôtel des Créneaux. Depuis le 1er décembre 1946, le poste de conservateur était vacant ; le musée était plongé dans une complète léthargie, il était très peu fréquenté, et était chauffé par de petits poêles ronds à charbon disposés ici ou là… avec tous les risques que cela comportait ! « Vous qui allez souvent à Paris, vous ne pourriez pas faire venir une exposition à Orléans ? » demande-t-il à Roger.

Roger Toulouse connaissait bien Gaston Diehl, jeune critique d’art, passionné d’art contemporain, appelé à devenir très célèbre. Dès la Libération, il avait organisé le 1er Salon de Mai en 1945, qui rassemblait les jeunes talents de l’époque parmi lesquels Roger Toulouse.

En 1948, Gaston Diehl a décidé de faire circuler l’exposition dans différentes villes de France pour faire découvrir l’art contemporain. Roger Toulouse lui propose de faire venir l’exposition à Orléans (il la fera venir une autre année). Pierre Chevallier lui suggère de compléter l’exposition par quelques œuvres d’artistes reconnus importants. Consulté, Gaston Diehl conseille à Roger Toulouse d’aller voir Roger Dutilleul, célèbre et grand collectionneur parisien, afin de lui demander de prêter quelques œuvres. Quand Roger Dutilleul le reçoit, celui-ci porte un tablier de jardinier, avec une grande poche sur le devant contenant des outils : tenailles, marteau, pitons, etc. Il est en train d’accrocher des tableaux dans son appartement. Celui-ci est bourré d’œuvres d’art signées des plus grands noms de la peinture contemporaine. Très simplement, il propose à Roger Toulouse de choisir et d’emporter ce qu’il souhaite : « Prenez tout ce que vous voulez ! » lui dit-il. A son retour, Roger raconte à son épouse que les murs étaient couverts de toiles, et qu’il y en avait, par manque de place, même dans la salle de bains, et jusque dans la baignoire !
 
Le grand collectionneur prêtait très facilement ses œuvres, et à cette époque on ne parlait pas d’assurance… Roger Toulouse ne prend qu’un seul des Picasso qu’il voit ; en effet, il sait pouvoir compter sur trois œuvres de l’artiste qui se trouvent dans une collection proche d’Orléans. Il repart avec seulement quatre peintures sous les bras, car il ne peut en porter plus, il est seul, et doit voyager par le train, mais les œuvres sont de premier plan : une Composition de Braque – une Composition de Léger – un Portrait de Kisling par Modigliani, et une Nature morte de Picasso. Il est inimaginable actuellement de se promener avec quatre œuvres de cette importance sous les bras sans précautions particulières.

Les trois autres Picasso qui figureront à l’exposition orléanaise seront prêtés par Mme la comtesse de Larnage, qui vit dans son château près d’Orléans : Un Autoportrait et Aux courses – (il semblerait que ces deux œuvres étaient peintes sur les deux faces d’un même panneau), et une Vue de Barcelone (une vue nocturne selon Marguerite Toulouse).

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L’exposition d’Orléans présente donc ces sept œuvres prestigieuses qui accompagnent les 83 œuvres de l’exposition "circulante" du 4ème Salon de Mai. Pour la plupart ce sont de jeunes artistes dont certains deviendront célèbres. Les noms de quelques uns d’entre eux révèlent la perspicacité et le coup d’œil de Gaston Diehl et de son ami René Huyghe qui les ont sélectionnés :
Jean Aujame – Francisco Bores – Bernard Buffet – Lucien Coutaud – Georges Dayez – Jean Deyrolle – Jacques Despierre – Jean Dewasne – Johnny Friedlaender (graveur) – Marcel Gili (sculpteur) – Emile Gilioli (sculpteur) – Henri Goetz – Jean Hélion – Philippe Hosiasson – Fernand Léger – Bernard Lorjou – André Marchand – André Masson – Jean Piaubert - Edouard Pignon – Mario Prassinos – Gérard Schneider - Pierre Tal-Coat – Roger Toulouse – Victor Vasarely – Jacques Villon – etc.
 
Cet ensemble de qualité est complété par deux autres toiles de Roger Toulouse, prêtées par Roger Secrétain - un portrait, « Visage au Béret » et une nature morte, « La Lunette » - et par une petite rétrospective consacrée à Maurice Asselin (artiste orléanais), composée de treize toiles.


Visage au béret
(1948)
Huile sur toile
Collection particulière


Sont présentées également des œuvres de Maurice-Georges Poncelet, de Louis Simon, de Pierre Courtin, et des gravures de Louis-Joseph Soulas. Soit un ensemble de 124 numéros sur le petit catalogue publié à cette occasion ! Incontestablement, il s’agissait là d’un événement culturel de grande importance.

Il n’y avait pas de crédits pour organiser cette exposition, mais elle se tiendra tout de même du 20 octobre au 6 novembre 1948 dans une grande salle de l’hôtel des Créneaux, inutilisée jusqu’à cette date. Elle sera rénovée rapidement, et pour y accéder plus facilement, un escalier à double rampe sera construit par l’entreprise de M. Texier, le père de Marguerite Toulouse.

C’était la première fois qu’on présentait de l’art contemporain à Orléans, les gens riaient et se moquaient en découvrant les œuvres exposées. Marguerite Toulouse se souvient de la réaction d’un notable de la ville, par ailleurs extrêmement compétent et actif dans son domaine professionnel. Il arrive, saisit l’une des toiles et la retourne de bas en haut. S’adressant aux amis qui l’accompagnent, il s’exclame en riant : « Vous voyez, cela peut se regarder dans tous les sens ! »

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La Lunette (1948)
Huile sur toile
Colection particulière

                                                               ***



Notes succinctes sur Roger Dutilleul et sa collection (informations trouvées sur Internet).

Roger Dutilleul (1873-1956) entreprend sa collection dès 1905 auprès de grands marchands tels que Ambroise Vollard, Daniel-Henry Kahnweiler et Léonce Rosenberg. C’est Daniel-Henry Kahnweiler qui joue un rôle décisif dans l’évolution de son goût.
En véritable amateur guidé par son instinct, Dutilleul est l’un des premiers à s’intéresser au Cubisme en achetant des tableaux de Braque et de Picasso alors presque inconnus.
Disposant de moyens modestes et désirant suivre l’évolution des courants artistiques d’avant-garde, il est amené périodiquement à se séparer de certaines de ses œuvres pour pouvoir acquérir des œuvres d’artistes nouveaux, ce qui explique, par exemple, la faible représentation du Fauvisme dans la donation (Dutilleul ayant vendu ses œuvres fauves, à partir de 1908, pour acheter des toiles cubistes).
Il soutiendra fidèlement Modigliani à qui il achète régulièrement des œuvres, et Léger qu’il découvre vers 1919.
En outre, le caractère sincère de la peinture naïve le touchait ; O’Brady, Vivin et Bauchant figurent ainsi en bonne place dans sa collection.
Une grande partie de la collection met l’accent sur la représentation de la figure humaine et sur l’expression d’une souffrance existentielle (Modigliani, Buffet, Dodeigne...).
Sa collection constitue un ensemble d’origine privée parmi les plus représentatifs de l’histoire de l’art moderne, au cours de la première moitié du 20ème siècle.

Jean Masurel (1908-1991)
Né à Roubaix en 1908, Jean Masurel est le fils de négociants en laine. Il monte à Paris en 1923 pour préparer son baccalauréat, et loge chez son oncle, Roger Dutilleul qui transmet à son neveu son amour de l'art.
Très vite, Jean Masurel acquiert un jugement très sûr au diapason de celui de son maître et oncle parisien. Il achète à la veille de la guerre le célébrissime « Homme nu assis » de Picasso, il achète aussi des gouaches de Klee et de Kandinsky.
Jean Masurel et sa femme Geneviève complètent et enrichissent la collection de Dutilleul dont ils deviennent légataires en 1956. Cette collection constitue un ensemble d'œuvres représentatives de tous les courants de la peinture française contemporaine. Dès 1974, Jean Masurel déclare qu'il désire céder sa collection - 219 peintures, dessins, gravures et sculptures - à une collectivité territoriale du Nord de la France, à charge pour elle de bâtir le bâtiment qui les présentera au public. C'est la Communauté Urbaine de Lille qui répond à l'offre des Masurel, en 1976. Le Musée d'Art Moderne de Villeneuve d'Ascq voit le jour en 1983.

Sa collection rassemble des œuvres des artistes suivants :
André Bauchant - Francisco Bores - Georges Braque - Bernard Buffet - Youla Chapoval - Serge-Ivanovitch Charchoune - André Derain - Eugène Dodeigne - Henri Epstein - Roger de la Fresnaye - Georges Hillaireau - Wassily Kandinsky - Eugène-Nestor de Kermadec - Paul Klee - André Lanskoy - Henri Laurens - Eugène Leroy - André Masson - Joan Miró - Amedeo Modigliani - Gertrude O’Brady - Jules Pascin - Pablo Picasso - Jean Pougny - Serge Rezvani - Suzanne Roger - Georges Rouault - Jean Roulland - Nicolas de Staël - Léopold Survage - Joaquim Torres-Garcia - Maurice Utrillo - Kees Van Dongen - Arthur Van Hecke - Victor Vasarely - Louis Vivin.

Sommaire Revue N° 10

 

Septembre 2005

 


Editorial lire l’article

 

En hommage à Jacques Douai

(Abel Moittié)

 

En hommage à Jacques Delpeyrou

(Abel Moittié)

 

Etudes de l’œuvre peint

 

« La Lecture » visitée en compagnie de Max Jacob

(Alain Germain)

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« Pain et verre » : étude d’un tableau de 1955

(Jean-Louis Gautreau)

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Etude de l’œuvre peint réalisé après 1972 (1ère partie)

(Jean-Louis Gautreau)

 

Roger Toulouse, les dernières œuvres comparées aux derniers poèmes d’Yvan Goll

(Pierre Garnier)

 

L’œuvre sculpté

 

Jeanne d’Arc

(Henri Dion)

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Anecdotes et évènements biographiques

 

L’exposition de portraits au musée des Beaux-Arts

(Abel Moittié)

 

1948 : le 4ème Salon de Mai est présenté à Orléans

(Jean-Louis Gautreau)

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Un dessin retrouvé : Max, Roger, Serge et les autres

(Philippe Huguenin)

 

Un « maître à voir »... qui vous va droit au cœur

(Jacky Prévost)


Roger Toulouse et ses amis poètes

 

Portrait de René Guy Cadou : une publication des Editions EPM

(Philippe Huguenin)

 

Document

 

Deux peintres actuels (texte de 1954)

(Pierre Garnier)

 

Vie de l’association

 

Index des textes parus dans les numéros 5 à 9

Les évènements de l’année

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