Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 10 - septembre 2005 (pages 33 à 35)
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      "Jeanne d’Arc à l'Etendard"


par Henri Dion



C’est en 1942 que je fis connaissance avec mon compatriote orléanais Roger Toulouse. Nous avions alors, l’un et l’autre, à peu près vingt-cinq ans, et nous échangeâmes nos idées et nos rêves sur l’art et la poésie.
Présenté à Picasso par Max Jacob qui l’avait découvert en 1937, Roger Toulouse, remarqué aussi par Jean Cocteau et par l’écrivain américain Gertrude Stein, allait, dès après la guerre, participer aux plus célèbres manifestations artistiques et voir plusieurs de ses toiles acquises par de grands musées internationaux et des collectionneurs renommés.

Dès notre première entrevue, il m’avait vivement incité à rencontrer le poète pénitent de Saint-Benoît-sur-Loire, alors marqué de la sinistre étoile jaune, angoissé, endeuillé de façon multiple, traqué, et qui n’avait plus à vivre qu’un peu plus d’une année.

« Frappé comme juif, mort en chrétien… »

C’est ainsi qu’avec Roger Toulouse, et l’un de mes ancien condisciples, le docteur Georges Durand, nous avions, dès la sépulture définitive du poète à Saint-Benoît, le 5 mars 1949, posé les bases de l’association des Amis de Max Jacob, qui se manifeste toujours avec une fidélité exemplaire.

Et la vie a continué.

Les amitiés fidèles se forgent souvent dans l’exil. Eloigné de ma ville natale par les nécessités professionnelles, je n’ai pu suivre que de loin l’évolution de l’œuvre du peintre, et notre amitié n’a, depuis plus de quarante ans, vécu et trouvé sa récompense qu ‘en de trop brèves rencontres et lettres espacées, mais qui contiennent toujours, si épisodiques qu’elles soient, autant d’affectueuse chaleur humaine.
Certes, il y eut quelques éclairs, quelques visites à son atelier : la vision quasi évangélique, par exemple, de son tableau des ciseaux crucifiés sur un arbre, en quoi j’avais entrevu le martyre de saint André cloué sur le signe de la multiplication, au confluent des deux lames de l’outil, à la rencontre du visible et de l’invisible, du mystère et de la réalité, au carrefour de la douleur et de l’amour.
Mais Roger, après ce temps écoulé, est resté cet enfant appliqué qui travaille comme un écolier silencieux, sous le grand cèdre de son jardin.

Je ne savais pas qu’à deux pas de la rue de Bourgogne, cette voie triomphale par où Jeanne entra dans Orléans le 29 avril 1429, et plus près encore du buste mutilé de Charles Péguy, le plus pur poète de la Pucelle, Roger Toulouse avait glorifié la bergère de Domrémy par une fascinante méditation.

Mais cette œuvre, fruit mûri dans la ferveur d’une tendre vénération, comme l’avait été le "Testament spirituel" qu’il nous a transmis du chanoine Fleureau, curé et confesseur de Max Jacob, il ne s’était pas contenté de l’écrire sur un fragile support de papier ; il l’avait forgée, ciselée, martelée dans le fer.

Parmi les chères saintes de mon cœur, Jeanne est absolument pour moi, comme pour Péguy, « la sainte la plus grande après sainte Marie. »

Amoureux d’elle, dès mon enfance en Orléans, ce musée vivant de sa Libératrice, je ne pouvais qu’aspirer à un rendez-vous avec cette œuvre encore inconnue de moi.

Ce qui m’a frappé tout d’abord dans ce foisonnement de métal entrechoqué, dans cette conjonction impressionnante d’armes et d’emblèmes, dans cet affrontement brutal de faux, de hampes et de guisarmes, de ces épieux et de ces masses d’armes, dans cette belliqueuse floraison de pétales d’acier, c’est le silence insolite de cet arsenal qui devrait retentir du formidable fracas des batailles.
Et je reste étonné par ce déconcertant éventail de dards et de piques, par ce bourgeonnement alchimique de triangles obsédants, par l’harmonie de ce bouquet hérissé de lames et de pointes, brandi comme pour ne servir que d’auréole à l’ove délicat du petit visage paisible et volontaire, menacé par l’envahissement des armes d’estoc, blotti sous l’enveloppement naïf de ce petit étendard d’enfant, ourlé de vent, si semblable à ceux que les marchands ambulants des 8 mai de naguère portaient sur de grosses pelotes de paille, au bout de longues perches.

Mais c’est bien elle, c’est bien notre Jeanne des brebis de son père et des batailles de son roi qui, par le truchement de ces antennes de cruels insectes de guerre, reçoit toujours ces voix, aussi calme qu’aux prairies de son village, comme la Vierge accueillit jadis le lys du premier Angélus.

Ce n’est qu’ensuite, peu à peu, qu’apparaît, plus distinct, cette espèce de buste reliquaire dont la poitrine est percée de six petits trous ronds par où l’on voudrait voir, en cette cage, quelques précieux restes du plus beau miroir de Jésus.
La seule relique de la sainte est son cœur, jeté en Seine par le bourreau mais, dit-on, toujours incorrompu, vivant et palpitant, on ne sait où, dans les méandres du fleuve, miraculeusement marqué par un Signe.
Serait-ce là l’indicible Secret que Jeanne cache si farouchement mais qui resplendit comme mille soleils dans l’abîme de lumière de son histoire inécrite ?
A ses ignobles et strabiques juges qui n’ont pu discerner l’inquiétant mystère de la couronne du Sacre et des épées de la Pucelle en son écu, l’œuvre de Roger Toulouse oppose l’évidence de son héraldique précision : cette monstrance rayonnante qui fait pendant à l’étendard évoque les glaives plantés dans le cœur de la Dame aux sept douleurs, annonce quasi liturgique de la très cruelle passion de la Jeanne des larmes, en cette apothéose des armes qui déjà reflètent les flammes, gerbes d’amour d’où son âme - souvenons-nous, ses voix l’ont dit – s’envolera en Paradis.

La huitième épée de Jeanne, l’épée de gloire de cette Dame des épées, soutient l’invisible mais immortelle couronne du royaume passé et à venir.

Sommaire Revue N° 10

 

Septembre 2005

 


Editorial lire l’article

 

En hommage à Jacques Douai

(Abel Moittié)

 

En hommage à Jacques Delpeyrou

(Abel Moittié)

 

Etudes de l’œuvre peint

 

« La Lecture » visitée en compagnie de Max Jacob

(Alain Germain)

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« Pain et verre » : étude d’un tableau de 1955

(Jean-Louis Gautreau)

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Etude de l’œuvre peint réalisé après 1972 (1ère partie)

(Jean-Louis Gautreau)

 

Roger Toulouse, les dernières œuvres comparées aux derniers poèmes d’Yvan Goll

(Pierre Garnier)

 

L’œuvre sculpté

 

Jeanne d’Arc

(Henri Dion)

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Anecdotes et évènements biographiques

 

L’exposition de portraits au musée des Beaux-Arts

(Abel Moittié)

 

1948 : le 4ème Salon de Mai est présenté à Orléans

(Jean-Louis Gautreau)

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Un dessin retrouvé : Max, Roger, Serge et les autres

(Philippe Huguenin)

 

Un « maître à voir »... qui vous va droit au cœur

(Jacky Prévost)


Roger Toulouse et ses amis poètes

 

Portrait de René Guy Cadou : une publication des Editions EPM

(Philippe Huguenin)

 

Document

 

Deux peintres actuels (texte de 1954)

(Pierre Garnier)

 

Vie de l’association

 

Index des textes parus dans les numéros 5 à 9

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

Nos amis ont publié (à découvrir)

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