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Revue n° 11 - (septembre 2006) pages 19 et 20 |
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Marguerite Toulouse et Pierre Garnier au colloque Roger Toulouse à Rochefort-sur-Loire, (24 septembre 1995) *** Elle était l'air dans la maison par Pierre et Ilse Garnier C’est à Pâques 1954 que je suis venu pour la première fois, avec Ilse et notre fille Violette, rendre visite à Roger et Marguerite. Je me souviens de mes premières impressions devant cette petite dame, pas plus grande qu’Edith Piaf, qui avait à la fois une forte et discrète présence, qui parlait ce beau français clair de l’Orléanais, ce qui m’étonnait et me charmait, moi qui venais du Nord et étais habitué aux lourdes sonorités des voyelles picardes. Nous sommes arrivés dans cet appartement du 9 rue de l’Abreuvoir, soigné, un peu précieux pour moi, très français, trop français par je ne sais quelle atmosphère claire et ordonnée, presque classique, par l’atelier de Roger où tout était rangé et sans un grain de poussière. C’était à l’intérieur des salles une atmosphère de roseraie : j’ai dans le souvenir une espèce de clarté rose, la clarté de Marguerite, qui baignait les meubles, les œuvres et les magnifiques repas dans la fine porcelaine, aussi à la française, que préparait Marguerite avec beaucoup d’art. J’ai souvent par la suite bavardé avec Marguerite : c’était une Dame qui organisait, comme si cela allait de soi, le confort autour de Roger, le débarrassait des contingences matérielles ; mais elle savait aussi vivre son art, partager son inspiration, faire son propre cercle des amis de Roger. Jusqu’aux dernières années, Marguerite m’a parlé avec passion de Max Jacob, des expositions dont elle se souvenait des moindres détails, des Amis de Rochefort, bref, de tout ce qu’elle avait partagé avec Roger, et elle avait beaucoup partagé. Elle connaissait les poètes et leurs œuvres ; elle savait les apprécier, porter sur eux un regard attentif et aigu ; elle savait vivre leur poésie et leur peinture. Certes, Marguerite ne peignait pas ; mais quand nous nous rencontrions, elle était comme indispensable à l’art, elle était l’air de la maison, l’air du Mont Saint-Michel où nous nous rencontrions en juillet, aux « journées poétiques » organisées par Michel Velmans. C’étaient d’heureuses rencontres ; Hélène Cadou était là et ma génération connaissait par cœur les poèmes que René Guy avait écrit pour elle ; Follain aussi était là, et des compositeurs : Paul Le Flem, ou Jolivet ; c’était l’époque où Hélène Martin chantait des poèmes près de la salle des gros piliers ; et il y avait le Mont, qui était le poète parmi les poètes, le peintre parmi les peintres, le musicien parmi les musiciens... Roger arrivait avec une nouvelle voiture, une Jaguar si je me souviens bien, quelque chose de rapide, « une petite bombe », comme il disait. Moi, je ne connaissais rien aux autos. Roger était très au courant : il aimait la vitesse. Marguerite regardait cette passion en souriant, mais avec une espèce de connivence, bien que, je pense, les voitures lui étaient indifférentes. Mais Marguerite était coquette : je me souviens qu’à Orléans, elle avait montré à Ilse émerveillée sa collection de chaussures fines et de marque. J’aimais bien bavarder avec elle. Elle avait, peut-être plus que Roger, formé et fermé son cercle des Amis de Rochefort. « Il en reste encore deux ! », me disait-elle avant la mort de Jean Bouhier. « Il en reste encore un ! », me disait-elle avant la mort de Jean Rousselot. Mais par modestie, elle se gardait de se joindre au cercle. Elle avait gardé beaucoup de vivacité. Je me souviens qu’il y a encore trois ans, elle parlait au téléphone d’une manière inépuisable, au point que j’hésitais à téléphoner. Quelque temps avant, nous allions déjeuner dans un restaurant choisi des bords de Loire, où l’on apportait à Madame Toulouse des poissons débarrassées de leurs arrêtes : on était aux petits soins pour elle, et je pense qu’elle en était contente. Roger avait cette rigueur que j’admirais, moi qui n’en ai guère. Mais Marguerite, elle aussi, avait beaucoup de rigueur. Je pense que leurs rigueurs se conjuguaient. Il y avait un soutien, un maintien, une exactitude qui appartenaient à Roger et à Marguerite, et dans cette forme, à eux seuls. *** NB* : Ilse (mon épouse d'origine allemande) vient de lire ces lignes et me demande d’ajouter ceci : « Lors de ma première venue à Orléans, au début de mon séjour en France, il n’était pas évident qu’on m’accepte à bras ouverts, et Marguerite m’a accueillie à bras ouverts. Les personnes qui venaient rue de l’Abreuvoir faisaient aussitôt partie du cercle. Marguerite, tout en se montrant discrète, était le point de chaleur : le rayonnement partait d’elle, la chaleur humaine. Je me sentais aussitôt très proche d’elle et de son milieu ; elle s’intéressait à moi, à ma vie, à l’Allemagne - ce qui pratiquement à cette époque n’arrivait guère - comme si j’étais une amie chère, de longue date, dont elle voulait tout connaître ». (NDLR)* : Epouse de Pierre depuis 1952, Ilse Garnier, née Göttel, est originaire de Kaiserslautern, en Allemagne. Depuis les années 60, elle a collaboré avec Pierre à la création et à la diffusion de la poésie spatiale en français et en allemand. Elle a publié de nombreuses études sur la littérature française, en particulier sur la poésie et la littérature féminines. Elle a réalisé de nombreuses traductions, faisant notamment connaître en France l’Expressionnisme allemand, et participé à nombre de manifestations de poésie virtuelle et sonore à travers le monde.
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Septembre 2006
Editorial lire l’article
Hommage à Marguerite Toulouse
Récit de la cérémonie des obsèques
(Abel Moittié)
Textes lus lors des obsèques
Le point final est une étoile
(Abel Moittié)
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Max, Roger, Marguerite et les autres
(Hélène Henry)
J’entends le son de sa voix
(Jean-Louis Gautreau)
Nocturne, poème de René Guy Cadou
(Marie-Hélène Viviani)
Témoignages de quelques amis de longue date
Marguerite Toulouse en elle-même
(Hélène Cadou)
Elle était l’air de la maison
(Pierre et Ilse Garnier)
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Dix années d’échanges avec Marguerite
(Jean-Louis Gautreau)
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42, quai Saint-Laurent, janvier 1942 : les souvenirs de Marguerite
(Hélène Henry)
Femme de parole
(Isabelle Klinka-Ballesteros)
Marguerite très chère
(Lina Lachgar)
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Un esprit sans nul repos, suivi de L’Abeille
(Raymond Leclerc)
Marguerite Toulouse, une présence discrète
(Maryvonne Mavroukakis)
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Roger et Marguerite
(José Millas-Martin)
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Elle était « un parfait honnête homme »
(Abel Moittié)
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Florilège pour Marguerite
Témoignages de sympathie et bouquet d’adieux
Pour en revenir à Roger Toulouse et à son oeuvre
Etudes de l’œuvre peint
Le Rien et le Vide dans l’œuvre de Roger Toulouse
(Hubert de la Rochemacé)
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Roger Toulouse, les animaux, les plantes
(Pierre Garnier)
L’œuvre sculpté de Roger Toulouse
La restauration des sculptures de Fleury-les-Aubrais
(Abel Moittié)
Historique et commentaire de « L’Homme étoilé »
(Jean-Louis Gautreau)
Anecdotes et évènements biographiques
Roger Toulouse : les coulisses d’un film
(Philippe Huguenin et Gérard Poitou)
Roger Toulouse, peintre et poète
(Philippe Huguenin)
Roger Toulouse et la poésie
Roger Toulouse poète
(Christian Pelletier)
Vie de l’association
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Les évènements de l’année
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