Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur, illustrateur et poète
Revue N° 11 - (septembre 2006) pages 34 et 35
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Marguerite très chère


par Lina Lachgar


Voici quelques mois que Marguerite Toulouse nous a quittés. Quelques mois où nous avons pu méditer sur cette mort en regardant la vie. Nous savons à présent que nos larmes n’étaient pas seulement de celles qu’on verse devant une amie qui part, nous pleurions celle que nul ne peut remplacer. Il y a des tombeaux qui se referment vite, il en est d’autres éternellement ouverts aux regrets.


J’ai fait la connaissance de Marguerite le 5 mars 1978, nous étions à Saint-Benoît où nous commémorions l’anniversaire de la mort de Max Jacob. Elle était accompagnée de son mari le peintre Roger Toulouse. Tout de suite, Henri Sauguet, président alors des « Amis de Max Jacob » me présenta à ce beau couple, et j’en fus presque instantanément conquise. Cette grande dame de petite taille qui avait l’air d’une fée, cette figure aux yeux avides, brûlants d’intelligence et rieurs comme des anges, me séduisait par ses comportements subtils.

Que de fois l’ai-je vue ?
 
Pareille à une mésange dominant les foules composites sans trame et sans reflets.
Marguerite Toulouse dans la conversation, dans le récit de ce qu’elle avait vu ou dans la pochade ou dans le rendu de ses souvenirs sur Max, c’était vraiment tout ce qu’il y avait de mieux.

Que de fois l’ai-je rencontrée ?

Fascinante, toujours égale à elle-même, pareille à une protectrice accueillant les uns les autres qui lui confiaient leurs peines de cœur, leurs embarras domestiques, leurs rêves ambitieux, leurs déconvenues ; car elle possédait ce don si rare - que je n’ai connu au même degré que chez Carmen Colle-Baron - d’inspirer non seulement une confiance absolue, mais le désir de s’épancher. Elle prenait son plaisir à faire le bien et elle y appliquait une ductilité de fil d’or, une volonté d’airain.

Marguerite était royale, efficace, courageuse, passionnée et secrètement endolorie depuis la mort de son
« cher Max ».
 

Ainsi qu’Hélène Henry, elle était insatiable lorsqu’elle parlait du poète, elle se répandait, elle éclatait en trouvailles saisissantes, en courts-circuits d’idées qui vous coupaient le souffle, en raccourcis de vertige, en formules crépitantes qui rayaient le ciel de son salon comme des éclairs.
 
Partout elle rayonnait de curiosité intellectuelle, mais aussi d’intégrité et de fraternité, toujours égale à cet éclat de « parfait honnête homme » qu’elle promenait parmi les grandes ombres d’alors : Jean Cocteau, André Salmon, Picasso, Max Jacob et tant d’autres...

Marguerite Toulouse, écrivons-le sans balancer, fut notre dernière « Minerve » ; elle sortait toute armée, toute scintillante d’un cerveau puissant, et touchant terre, négligeant parfois les règles, elle frappait du coup la perfection. Le clavier de ses qualités fut un des plu étendus, un des plus éclatants que nos attentions eussent à examiner.

Volcan toujours actif, insatiable et révoltée, parée d’une aura, elle vécut tout naturellement au milieu des arts et des artistes comme par destination.

Il me plaît d’évoquer notre avant-dernière rencontre. Je préparais alors « Arrestation et mort de Max Jacob ». J’allais donc à Orléans afin que Marguerite me confirmât certains détails sur la mort du poète. Elle habitait encore la grande et belle maison blanche, rue de l’Abreuvoir. Après avoir déjeuné dans une auberge voisine, nous retournâmes chez elle où dans sa jolie cuisine nous prîmes le café. Ensuite, je lui dis « Malvina », ce poème de Max qu’elle aimait tant. Que se passa t’il alors ? Nous eûmes un instant le diable au corps. A l’aide de cuillères de bois nous fîmes des battements de tambours sur des casseroles, puis je l’engageai pour une danse et nous dansâmes. Il n’y avait point de nom pour cette danse ! Comment avons-nous pu exécuter ces pas que nous ignorions ?

Marguerite très chère, je ne sais quelles forces nous poussèrent cet après-midi là dans votre cuisine ? On aurait juré que nous avions dansé ce « charivari » là toute notre vie.

Et pourtant ce fut ainsi.

Sommaire Revue N° 11

Septembre 2006

 Editorial lire l’article

Hommage à Marguerite Toulouse

 

Récit de la cérémonie des obsèques

(Abel Moittié)

 

Textes lus lors des obsèques

 

Le point final est une étoile

(Abel Moittié)

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Max, Roger, Marguerite et les autres

(Hélène Henry)

 

J’entends le son de sa voix

(Jean-Louis Gautreau)

 

Nocturne, poème de René Guy Cadou

(Marie-Hélène Viviani)

 

Témoignages de quelques amis de longue date

 

Marguerite Toulouse en elle-même

(Hélène Cadou)

 

Elle était l’air de la maison

(Pierre et Ilse Garnier)

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Dix années d’échanges avec Marguerite

(Jean-Louis Gautreau)

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42, quai Saint-Laurent, janvier 1942 : les souvenirs de Marguerite

(Hélène Henry)

 

Femme de parole

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

 

Marguerite très chère

(Lina Lachgar)

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Un esprit sans nul repos
, suivi de L’Abeille

(Raymond Leclerc)

 

Marguerite Toulouse, une présence discrète

(Maryvonne Mavroukakis)

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Roger et Marguerite

(José Millas-Martin)

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Elle était « un parfait honnête homme »

(Abel Moittié)

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Florilège pour Marguerite

 

Témoignages de sympathie et bouquet d’adieux

 

Pour en revenir à Roger Toulouse et à son oeuvre

 

Etudes de l’œuvre peint

 

Le Rien et le Vide dans l’œuvre de Roger Toulouse

(Hubert de la Rochemacé)

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Roger Toulouse, les animaux, les plantes

(Pierre Garnier)

 

L’œuvre sculpté de Roger Toulouse

 

La restauration des sculptures de Fleury-les-Aubrais

(Abel Moittié)

 

Historique et commentaire de « L’Homme étoilé »

(Jean-Louis Gautreau)

 

Anecdotes et évènements biographiques

 

Roger Toulouse : les coulisses d’un film

(Philippe Huguenin et Gérard Poitou)

 

Roger Toulouse, peintre et poète

(Philippe Huguenin)

 

Roger Toulouse et la poésie

 

Roger Toulouse poète

(Christian Pelletier)

 

Vie de l’association

 

Index des illustrations (revues n° 6 à 10)

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

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