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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur, illustrateur et poète
Revue N° 12 - (septembre 2007 (pages 66 à 68)
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 Roger Toulouse et la Rose d’Or



par Abel Moittié


En 1985, Roger Toulouse préside le jury du concours de poésie de la Rose d’Or, à Doué-la-Fontaine. Pour son poème « Terre féconde », Claude Brindeau remporte le prix, qu’elle reçoit des mains de Jean-Claude Brialy lors de l’inauguration des floralies. Nous revenons ici sur l’histoire de ce prix, qui a creusé son sillon dans la matière littéraire de notre siècle, en admettant que s’expriment dans la tolérance les sensibilités les plus nouvelles (et parfois divergentes) de l’écriture. Et nous éclairons la singulière présence de Roger dans cet univers poétique du temps de la rose, en Maine-et-Loire.


Le prix de la Rose d’Or naît un jour de juillet 1961, de la rencontre fortuite entre Jean Bégault, député-maire de Doué-la-Fontaine, cité de la rose, et Eugène Beaumont, poète représentant dans sa région de Saumur l’Association des Ecrivains et Poètes de l’Anjou. Ayant eu vent de l’existence des Journées de la Rose dans la cité douessine, le poète pose à l’élu la question suivante : « Pourquoi ne pas fonder un prix de la Rose d’Or ? » L’accord du maire et des rosiéristes organisateurs de l’exposition florale est immédiat. La Rose d’Or est née. Nul ne devine alors l’importance qu’allait prendre cette confrontation poétique, ni la réputation qu’allait atteindre ce concours devenu bientôt international. Nul n’imagine sur le moment (pas même son fondateur Eugène Beaumont), l’impact que cet élan littéraire allait avoir sur des générations d’écrivains et de poètes, baptisés en littérature dans le temps éphémère de la rose, à Doué-la-Fontaine, et consacrés en poésie par ce coup de pouce du Destin, qui les lançait sur les chemins tout aussi éphémères de la notoriété.

Alors, où trouver l’explication de ce succès, qui va se dessiner dès 1963, après le demi-échec de l’édition 1962, préparée à l’échelon local et avec un certain amateurisme ? La réponse tient peut-être dans la relative filiation (disons plutôt le cousinage, pour éviter toute polémique) que l’on peut évoquer entre l’esprit de Doué-la-Fontaine et celui de Rochefort-sur-Loire.

« Le jury de la Rose de Doué, à travers certains de ses membres, a hérité des passions de l’Ecole de Rochefort (Luc Bérimont, Edmond Humeau et plusieurs autres) ; il a hérité la passion pour l’amitié qui fut aussi celle de René Guy Cadou, de Michel Manoll, de Jean Rousselot, Paul Chaulot, Pierre Seghers... Il a hérité de ce sens profond à la fois de la brièveté et de la richesse de la vie se rachetant et s’enrichissant à travers l’écriture, et remportant par le souffle du poème, sa suprême victoire sur le temps [...] Au-delà même de l’esprit de Rochefort, ce que l’on peut appréhender à travers tous les poèmes couronnés à la Rose d’Or de Doué, c’est le souffle de l’écriture authentique, le pouvoir d’évocation, la parole qui atteint directement la sensibilité profonde du lecteur, où les mots dépassent le message (le sens au-delà du sens), cette qualité d’écriture et cette exigence de très haut niveau littéraire qu’ont reconnues des personnalités aussi différentes et exigeantes que Robert Sabatier, Hervé Bazin, Jean Rousselot et certains de nos « ambassadeurs » et « ambassadrices » des journées de la rose, comme Alain Decaux et Pierre Hiégel, le grand musicologue, Jeanne Moreau et Catherine Deneuve... »

Et c’est bien là tout le grand mérite d’Eugène Beaumont, membre permanent du jury de la Rose d’Or, de s’être tourné vers les cercles poétiques parisiens et d’avoir adossé à leur notoriété la vaste campagne publicitaire destinée à susciter des inscriptions en grand nombre, en France et dans les pays francophones. Familier des poètes de Rochefort, le poète saumurois peut ainsi constituer, dès 1963, un jury de qualité dans lequel on retrouve notamment Luc Bérimont, Jean Benoît et Jean-Louis Béchu. La première Rose d’Or (un bijou Mellerio numéroté) est décernée à France Duroy, et lui est remise par Louise de Vilmorin.
L’année 1964 voit l’arrivée d’Armand Lanoux, de Robert Sabatier et de Jean L’Anselme. A cette époque déjà, Luc Bérimont évoque « l’amitié portée au rouge » qui était celle des membres du jury. En 1966 se tient en marge de la Rose d’Or la première assemblée du prix Apollinaire, qui enrichit le jury de bons poètes : Paul Chaulot, Rouben Mélik, Marcel Béalu... Le grand Jean Follain rejoint le jury en 1967. En juin 1968, la Rose d’or survit aux perturbations du mois de mai. Le bouche à oreille permet de rassembler les amis à l’Hôtel de Ville de Saumur où le prix est décerné en présence de Danielle Darrieux, qui interprète les poètes de la chanson.
Les années passent. Les jurys se succèdent, dans lesquels on relève bien des noms familiers appartenant au cercle des amis de Roger Toulouse : Jean Dubacq, Edmond Humeau, Tristan Maya, Jean Breton, Michel Velmans, Serge Wellens, Henry Rougier, Serge Brindeau ... Les personnalités les plus diverses du monde de la politique, des arts et du spectacle se croisent au rendez-vous de la Rose d’Or : Félix Leclerc, Maurice Fanon et Anne Vanderlove font les beaux soirs du concours à la fin des années soixante ; la danseuse étoile Claire Motte épingle la rose sur le corsage de la talentueuse Francine Caron, lauréate du concours 1974 ; René Monory, ministre de l’économie et des finances, retrouve Jeanne Birkin sur scène en 1977...

En 1985, le jury « composé de nombreux écrivains aux signatures célèbres et présidé par Roger Toulouse » se penche « sur les quelque 70 œuvres présélectionnées parmi le millier de poèmes adressés aux organisateurs du Comité de la Rose. Après un ultime et mouvementé tour de table (les avis étaient très partagés) », le 1er prix de 6 000 francs est attribué à Paule Brindeau, de Paris, pour son poème Terre féconde. Astrid Olivia, de Fribourg, en Suisse, reçoit pour sa part le 2ème prix, pour son poème Dans la trame des ombres.

Quel choix singulier que celui d’un peintre pour décerner un prix... de poésie !

On pourrait le penser, si l’on oubliait le témoignage essentiel de Jean Rousselot : « L’aventure picturale et poétique de Roger et la nôtre, c’est à peu près la même chose. » On pourrait même s’en offusquer, si l’on n’avait présente à l’esprit l’ardente profession de foi de Luc Bérimont : « Roger Toulouse est poète lui-même. Il est poète en mots, comme il est poète en couleurs, comme il est poète en formes [...] Il est évident que le grand public le connaît plus sous son angle de plasticien que sous son angle d’écrivain. Et c’est grand dommage, car Roger Toulouse est un poète authentique. »
Ainsi est éclairée la proximité entretenue de tout temps par Roger avec ses amis poètes. En quelques mots d’admiration, tout est dit de son autorité morale sur ses pairs, du poids et de l’écho rémanent de sa voix, de la dimension poétique de son œuvre et de sa valeur spirituelle.

A l’exemple de Marcel Béalu ou encore de Jean Rousselot, bien des poètes ont habillé, avec talent et originalité, leurs propres œuvres de leurs dessins. Il est donc permis de penser que Roger Toulouse écrivant des poèmes leur offre un écho amical. Mais plus sérieusement, lorsqu’un homme aussi discret, aussi secret qu’il pouvait l’être prend le risque des mots, le risque de l’éphémère si contraire à sa nature profonde, il semble sage de l’écouter, de l’entendre, et de chercher dans son message, aussi codé soit-il, « le sens au-delà du sens. »

« J’ai chanté pour que s’ouvre une terre nouvelle. » Terre des animaux et des plantes ? Terre des hommes et des choses ? Terre de solitude et d’amitié ? Terre de la rose éphémère et du pain quotidien ? Qu’importe, en vérité, puisque « Rien n’est venu sur le bord des saisons. »

Sommaire Revue N° 12

Septembre 2007

 
Editorial lire l’article

 

Etudes de l’œuvre peint

 

Roger Toulouse et les choses

(Pierre Garnier)

 

Etude de l’œuvre peint réalisé après 1972 (suite et fin)

(Jean-Louis Gautreau)

 

Notes complémentaires sur la faune et la flore

(Jean-Louis Gautreau)

 

La « Nature morte à la Trompette »

Jean-Louis Gautreau

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L’œuvre sculpté

 

Hommage à René Guy Cadou

(Jean-Louis Gautreau)

 

Anecdotes et évènements biographiques

 

Souvenirs de Marguerite concernant René Lacôte

(Marguerite Toulouse et Jean-Louis Gautreau)

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Retour sur l’exposition trentenaire

(Raymond Leclerc et Abel Moittié)

 

Inauguration de la salle Roger Toulouse à l’IUFM

(Abel Moittié)

 

A propos de la chapelle de l’Ecole Normale

(Jean-Louis Gautreau)

 

Informations sur la carrière professionnelle de Roger Toulouse

 

Roger Toulouse invité dans une classe de Fleury-les-Aubrais

(Jean-Louis Gautreau)


Roger Toulouse et ses amis poètes

 

Roger Toulouse poète

(José Millas-Martin)

 

Roger Toulouse et la Rose d’Or

(Abel Moittié)

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Document

 

Hommage à Guy Dandurand

(Abel Moittié)

 

UTOL passe

(Guy Dandurand)

UTOL - poème

(Roger Toulouse)

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