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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 1 - (juin 1996) pages 94 à 96
Vign_1953_Frere_Savonarole

                 Savonarole  - 1953
                     Huile sur isorel
                     0,73 x 0,54 m
        Musée des Beaux-Arts d'Orléans


                      ***

Roger Toulouse
grand peintre 
et grand dessinateur solitaire


par Jean Rousselot

Loin de Paris, des marchands,des modes et des impératifs de tous ordres qui "terrorisent" aujourd’hui nombre d’artistes, Roger Toulouse travaille depuis plusieurs années dans le silence, sinon da,s la paix. La paix ne saurait exister pour un véritable créateur. Et l’œuvre tourmentée de Toulouse – comme celle de Van Gogh ou de Soutine – en fait la preuve. Le peintre est en proie à son monde intérieur et la traduction de ce monde en images, en tableaux, en « œuvres » est un entreprise qui requiert l’engagement total de son être, jusqu’au sang. Depuis plus de douze ans, je suis pas à pas l’évolution du drame que la peinture est pour Toulouse.

Mais quiconque se trouverait, pour la première fois, devant une toile de lui, sentirait qu’il se passe quelque chose de tragique et de grand derrière ces arbres, ces chevaux, ces êtres en fuite, sous cette accumulation minutieuse de touches fines, aiguës comme des échardes, dans ces grands yeux rouges du « Boucher », du « Garde-chasse » ou du « Saint », sous la carapace de ces lézards de cauchemar ou bien dans les « coulisses » de ces natures mortes plantées de couteaux cruels. Donner un visage identifiable et une texture rigoureusement plastique à ses obsessions les plus intimes, attirer le spectateur – par les moyens les plus légitimes de l’art, et non par les boniments démagogiques à la portée du premier bateleur venu – tel est le dessein de Roger Toulouse, un dessein qui sous-entend patience, recherche, précision, lente approche, fermeté d’âme et mépris complet des succès immédiats et faciles.

Ce peintre n’a pas voulu grossir l’armée des « soixante mille » qui, l’œil fixé sur les deux ou trois grands propriétaires de galerie et la poignée d’aristarques au langage sibyllin desquels dépend l’orientation picturale de l’heure, cherche le truc inédit ou la directive astucieuse qui leur vaudra commandes et éclairs de magnésium ; il a peint comme il l’entendit, à petits coups de pinceaux minutieux, construisant sa pâte comme un maçon son mur, et il n’a représenté que ce qui le hantait : un paysage de ruines, un cathédrale perdue dans les champs, un « Savonarole » aux chairs putrides, un quartier pavoisé mais hérissé de potences, des volcans, des arbres d’un espèce inconnue, des crapauds, des vautours, etc. Plutôt que la cote de l’hôtel Drouot, il a regardé, outre Soutine et Van Gogh déjà nommés, Grünewald et Carpaccio, Jérôme Bosch et le douanier Rousseau : plutôt que les agents de change de la Bourse-peinture, il a fréquenté les poètes : Max Jacob, qui le conseilla, Marcel Béalu, Michel Manoll, Jean Bouhier, René Guy Cadou... Aux vernissages-cocktails, il a préféré son jardin des bords de la Loire, les halliers de Sologne. L’œuvre grave, solide, personnelle à l’extrême, qu’il a accomplie à ce prix de solitude, de reflexion et de courage durera longtemps, bien longtemps après que l’on aura oublié les noms de tant d’épigones et de sous-fifres qui éclaboussent les panneaux-réclame de l’actualité.

Le peintre – chez Toulouse – ne pouvait pas se séparer du dessinateur. Non seulement il compose soigneusement ses toiles – reprenant dix fois, cent fois leur architecture avant de saisir ses pinceaux, mais il dessine encore lorsqu’il peint, sa touche infinitésimale étant un trait plutôt qu’une application de couleur. Cette préoccupation graphique est essentielles chez lui et l’a conduit tout naturellement à pratiquer le dessin pur et conjointement la gravure, qui convient à merveille au dessinateur nanti d’un trait net, incisif, ce qui est le cas de Toulouse.

Vign_1960_Portrait_de_Jean_Rousselot

En faisant, pour sa rentrée parisienne, une exposition de dessins plutôt que de peintures (galerie Le Soleil dans la Tête), Roger Toulouse entend montrer qu’il tient le dessin pour un art complet en soi et non pour une activité préparatoire ou secondaire. Aussi bien, chacun de ses dessins est-il une œuvre accomplie, tant par la rigueur de sa composition que par la pureté de son exécution, bien qu’il ne demande ni à l’aquarelle, ni au lavis, ni aux ombres un quelconque rehaut ou « perspectif ». Le trait ; le trait seul. Mais un trait coloré (vert, bleu ou sépia), un trait losangé et que l’on croirait buriné parce qu’il est fait de nombreux traits seconds qui lui donnent une vibration, une vie organique. On ne peut pas ne pas penser à la gravure. Mais on ne peut pas davantage ne pas penser – en dehors de toute considération de sujet – à la peinture même de Toulouse, dont le grain est sensiblement le même que celui des pleins et déliés de son dessin.

                                                                                    Portrait de Jean Rousselot - 1960
                                                                                   Dessin à la plume  et encre sur papier
                                                                                     0,39 x 0,30 m - Collection particulière


L’unité de cette écriture – sur la toile, le papier ou la plaque de cuivre – c’est le style ! Un style, en l’espèce, parfaitement approprié, par son double caractère, elliptique et foisonnant, au propos de l’artiste – qui est de capter l’imaginaire aussi bien que le réel, de formuler des sentences et de donner à rêver.
 
                                                                                                                                   L’Echo d’Oran 
                                                                                                         17 juillet 1954
  

Sommaire Revue N° 1

Juin 1996

 

Propos

 

Jean-Pierre Sueur

Maire d’Orléans

 

Eric Moinet

Conservateur en chef des musées

 

Editorial

 

Notre ami Roger Toulouse

(Pierre Garnier)

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Notre fidélité

(Jacques Delpeyrou)

 

Poèmes

 

Roger Toulouse, les drapeaux

(Jean Rousselot)

 

Roger Toulouse, la ville en fête

(Jean Bouhier)

 

Biographie

 

Principales dates de la vie de Roger Toulouse

(Jean Perreau)

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Etudes de l’œuvre peint

 

Quelques précisions à propos de Roger Toulouse et de son œuvre (extraits)

(Jean Perreau)

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A propos de l’œuvre graphique de Roger Toulouse

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

 

Histoire du portrait de Max Jacob « Le Poète à l’Orchidée » 1942

(Jean-Louis Gautreau)

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A Max Jacob - poème

(Roger Toulouse)

 

« Le portrait de Suzy Solidor » 1962

(Jean-Louis Gautreau)

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Sur quelques dessins préliminaires de Roger Toulouse

(Jean-Louis Gautreau)

 

« La Cathédrale verte » 1963

(Jean-Louis Gautreau)

 

Les dernières œuvres

(Pierre Garnier)
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Document

 

Roger Toulouse, grand peintre et grand dessinateur solitaire

(Jean Rousselot)

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Vie de l’association

 

Don de Marguerite Toulouse au musée des Beaux-Arts d’Orléans


Les expositions et manifestations de l’année


Composition du conseil d’administration

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