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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
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Roger Toulouse dans son atelier -
9, rue de l'Abreuvoir, février 1963

Photo : La République du Centre


Sur le chevalet, en cours de création :
Le Dinosaure au Végétal "
   

             Etude d'un tableau :  

    "Le Dinosaure 
                   au Rocher
 " 
        
         
par Jean-Louis Gautreau




En juillet 1962, Roger Toulouse est descendu une dizaine de jours dans le midi de la France, probablement du 18 au 27 juillet, afin de préparer une exposition personnelle qui devait être présentée à la galerie Cézanne à Cannes, au mois de septembre suivant.

Sur le chemin du retour, il s'arrête à Aix-en-Provence, chez des amis, avec l'intention d'aller dessiner la montagne Sainte Victoire.

Lettre à Marguerite Toulouse, 22 juillet 62 :
... « Je compte être à Orléans, vendredi (27 juillet) très tard [...]. Je passe dessiner la Sainte Victoire jeudi (26) et me reposer à Aix. »

Pour réaliser ce projet, il part avec ses amis dans les environs d'Aix, où il trace un rapide dessin au crayon de couleur des contours de la célèbre montagne, non sans y intégrer quelques triangles (Collection particulière). Afin de le distraire, ses amis le conduisent sur un site proche de la montagne Sainte Victoire, où se trouve un exceptionnel gisement d'œufs de dinosaures. Après la visite, près du site, ils entrent dans un café décoré de gravures de dinosaures. Cela marque la mémoire du peintre qui, entre octobre 62 et février 63, va réaliser deux tableaux : « Le Dinosaure au Végétal » et « Le Dinosaure au Rocher ». Dans une lettre, Roger Toulouse utilise le terme plus général de saurien sur lequel il a travaillé.

N'étant nullement spécialiste de la faune préhistorique, je me suis cependant interrogé sur la nature exacte de cet animal. J'ai feuilleté plusieurs ouvrages spécialisés sans trouver de réponses certaines. Je pensais qu'il s'agissait tout simplement d'un diplodocus, mais les proportions des différentes parties du corps de l'animal, les articulations des pattes arrière, les griffes nettement apparentes, m'ont fait écarter cette hypothèse. J'ai rencontré M. Chevrier. Passionné de préhistoire, il a été chargé de la décoration et des moulages du muséum des sciences naturelles d'Orléans. Il est aussi l'auteur des grandes peintures évoquant la flore et la faune préhistoriques que l'on peut voir dans les vitrines, et pour lesquelles il s'est appliqué à représenter avec une exactitude scientifique de nombreux dinosaures. Je lui ai soumis les photos des deux tableaux.

Le Dinosaure au Végétal - 1963
Huile sur isorel - 0,60 x 0,71 m.
Musée des Beaux-Arts d'Orléans

(en dépôt au Museum d'Orléans)

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Il voit dans « Le Dinosaure au Végétal » un animal composite, avec une tête de tyrannosaure (carnivore) placée sur un corps qui repose sur des pattes caractéristiques d'un bipède herbivore (plusieurs noms d'animaux possibles). En ce qui concerne la partie postérieure de l'animal, il y voit avec beaucoup de certitude la queue représentée simultanément dans deux positions : levée pour la position de marche et baissée en position de repos. Si l'on retient cette hypothèse, cette idée pourrait contribuer à donner une impression de mouvement.

Le Dinosaure au Rocher - 1962/1962
Huile sur isorel - 0,60 x 0,73 m.
Musée des Beaux-Arts de Quimper

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« Le Dinosaure au Rocher » est probablement un herbivore. Nous avons vu qu'on ne pouvait retenir l'hypothèse du diplodocus. Il se rapprocherait bien du baryonyx, mais ce dernier n'a paraît-il été découvert qu'en 1983 ! (Le tableau est antérieur de vingt ans). Parmi les dinosaures qui vivaient en Europe, j'ai trouvé l'iguanodon mais celui-ci n'a pas sur le dos ou le cou ces parties saillantes que l'on remarque sur le tableau. En raison de ces éléments saillants, M. Chevrier propose d'y voir un stégosaure qui avait le dos hérissé de plaques osseuses régulières. Par son allure générale cet herbivore quadrupède pourrait correspondre assez bien à l'animal du tableau, mais les éléments saillants du dos sont très différents des plaques osseuses du stégosaure.

Je suis donc arrivé à la conclusion suivante : Marguerite Toulouse raconte qu'à cette époque, elle travaillait à la bibliothèque municipale et que, sur la demande de son mari, elle rapportait des livres où figuraient des dinosaures. Roger Toulouse les a consultés, pourtant on ne reconnaît aucun animal précis. Roger Toulouse n'a donc pas cherché à représenter un animal préhistorique précis. Au lieu d'agir en homme de science, il a laissé libre cours à son imaginaire à partir d'une forme qui l'intéressait. Interprétée, complétée selon son gré, elle est ainsi devenue une sorte d'archétype d'animal préhistorique qui n'est plus attaché à une image scientifique. Le novice ne s'interroge pas sur l'exactitude de la représentation, il reconnaît d'emblée « un dinosaure ».

Dans les archives photographiques, nous avons retrouvé les diapos de trois dessins préparatoires du « Dinosaure au Rocher » ainsi qu'une diapo du premier état du tableau. Ces clichés sont datés de janvier 63. A cette époque le tableau n'était peut-être pas encore entièrement achevé. Une photo prise le 20 février 63 par un photographe de La République du Centre, nous donne une indication précieuse sur l'ordre dans lequel ces deux œuvres ont été réalisées. Roger Toulouse pose, assis devant son chevalet, un pinceau à la main. Il travaille sur « Le Dinosaure au Végétal » et le tableau en est encore à l'état préparatoire. A sa gauche, disposé sur un autre chevalet, on découvre « Le Dinosaure au Rocher » qui est certainement achevé et qui a donc été réalisé en premier. On peut penser qu'en mars 63 « Le Dinosaure au Végétal » était à son tour terminé.

Ces deux « dinosaures », peints au début des années 60, sont toujours restés un peu oubliés dans la « réserve » du peintre. Près de trente ans plus tard, l'intérêt pour les animaux préhistoriques a submergé toutes les écoles de France.

Un jour de 1992, devant préparer une exposition à Paris, Domenico Casciello, son marchand de l'époque, lui demande sur le ton de la plaisanterie :
- « Roger, vous n'avez pas peint des dinosaures ? »
- « Je crois bien que si, mais je ne sais plus où je les ai mis ! »

Sortis de la « réserve », les deux tableaux sont alors exposés. Un visiteur de passage ne peut réprimer une réflexion pleine de soupçons :
- « Ah ! Votre peintre, il se met au goût du jour ! »

Le Dinosaure au végétal diffère de son « pendant » sur plusieurs points :                                   

                                                                       

 

Le Dinosaure au Rocher

Le Dinosaure  au Végétal

décor                                                          

un rocher

un arbre

orientation de l'animal
               

vers la droite

vers la gauche

position

4 pattes posées au sol

dressé sur pattes arrière

 

En outre les proéminences sur le corps sont différentes.



Etude du
« Dinosaure au Rocher »


Dessin préliminaire n° 1


Travail nerveux, rapide, au crayon graphite ; les traits sont repris, surchargés ; tous les éléments principaux sont en place.

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1- Le dinosaure, sujet central, avance vers la droite, tête baissée, les quatre pattes en contact avec le sol.
2- A l'arrière plan, au-dessus de la tête, un amoncellement de rochers est esquissé par des lignes anguleuses. Un autre ensemble de rochers se distingue à gauche.
3- Les principaux triangles sont en place ; certains seront modifiés ; l'un d'entre eux disparaîtra.
4- Les taches sombres et les taches de lumière sont réparties ; elles sont indiquées par des traits circulaires concentriques rapidement tracés ; elles subiront des déplacements. On ne distingue pas encore nettement les taches sombres des taches de lumière.


Le Dinosaure au Rocher
(
1962) - Dessin préparatoire n° 1 - 0,60 x 0,73 m.



Dessin préliminaire n° 2



Il a été tracé à l'aide de crayons de couleurs, bleu, jaune, rouge et violet. Les traits sont encore surchargés mais plus fermement tracés ; de nombreux détails sont précisés.
 
1- Pour l'animal, le crayon bleu semble avoir été utilisé le dernier ; le trait plus foncé, plus visible, souligne le contour souple du corps de l'animal. L'articulation de la patte arrière est corrigée. La musculature est indiquée.
2- La structure du bloc de rochers de droite est devenue beaucoup plus complexe. Un jeu de lignes au-dessus de la tête s'est simplifié.
3- Les triangles sont plus nettement tracés, ils se sont affinés. Un triangle, sous la patte arrière, a disparu. Six triangles voient leur place confirmée : quatre d'entre eux sont accolés à différentes parties de l'animal ; un autre semble « étayer » le gros bloc de rochers ; un sixième, dans le ciel, est en opposition dynamique avec celui placé sur le dos de l'animal.
4- Rapide rappel de l'emplacement des taches sombres et des taches de lumière par des « tortillons » : au crayon jaune pour la lumière, foncé pour les taches sombres. Leur position sera conservée dans la version définitive, seule une tache sombre supplémentaire apparaîtra sous la queue de l'animal.
Ce qui apparaît plus distinctement sur ce dessin, c'est le contraste certainement voulu par le peintre entre, d'une part les lignes souples, ondulantes de l'animal et d'autre part, la rigidité géométrique des triangles.



Dessin préliminaire n° 3

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1- Les lignes, en particulier celles de l'animal, sont simplifiées, épurées. Peu de surcharges. L'anatomie des pattes a été améliorée. Les éléments saillants placés sur le cou et sur le dos de l'animal sont maintenant bien intégrés au dessin.
2- Le bloc de rochers de droite a évolué : une pointe a été effacée, une autre atténuée, pour obtenir un ensemble plus compact et donner un mouvement ascendant plus net.
3- Les triangles n'ont pas subi de modifications importantes.
4- Seules les zones sombres sont notées par des cercles rapidement tracés et remplis. Les emplacements correspondent à ceux du tableau. Il y a cinq zones sombres principales.
 

Le Dinosaure au Rocher (1962) - Dessin préparatoire n° 3 - 0,60 x 0,73 m.


Le dessin préparatoire étant achevé, Roger Toulouse l'a reporté sur un panneau d'isorel préalablement découpé et enduit.


Premier état du tableau



Tous les éléments ont été reportés avec précision. L'ensemble a été brossé à larges touches de peinture dans un camaïeu de gris.
1- Les griffes de l'animal sont plus importantes et menaçantes ; la musculature des pattes et de la croupe est apparente. Les volumes sont rendus.
2- Le bloc de rochers a subi de nouvelles transformations. Le mouvement ascendant est affirmé.
3- Les triangles ont leur aspect définitif.
4- Cinq taches de lumière (une vers le milieu de chaque côté du tableau et une au centre), alternent avec cinq taches sombres (aux quatre coins et sur le triangle placé sur le dos de l'animal).

 

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Etat final du tableau


Le sujet principal est peint à l'aide de petites touches régulières de peinture, en forme de virgules. Le fond est travaillé différemment. La couleur dominante du tableau est un camaïeu gris bleu. Cette couleur froide semble avoir parfois la transparence de la glace. Quelques légères touches de jaune et de violet (couleurs complémentaires) sont dispersées sur la surface du tableau. Elles sont regroupées par paires : auprès de chaque petite tache jaune on trouve une petite tache violette.

  • « Le Dinosaure au Rocher » a été donné au musée des Beaux-Arts de Quimper par Marguerite Toulouse en octobre 2001.

 

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  • « Le Dinosaure au Végétal » (don de Marguerite Toulouse au musée des Beaux-Artsd’Orléans, 1995) est déposé et présenté au Muséum d’Orléans depuis février 2004.







                                                       20 février 2004, muséum d'Orléans :
 
                                     Accrochage du "Dinosaure au Végétal"
                                 (dépôt du musée des Beaux-Arts de la ville)
                            par Dominique Jammot, conservateur en chef 

                                                  en présence de Marguerite Toulouse
     

Sommaire Revue N° 2

Septembre 1997


Editorial lire l'article

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Les arts en province, éléments pour un portrait de Roger Toulouse
(René Guy Cadou)
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Roger Toulouse
(René Guy Cadou)

Notes sur le poème « Roger Toulouse » de René Guy Cadou et sur la publication qu’en fit Pierre André Benoît en 10 exemplaires le 15 février 1949
(Pierre Garnier)

Roger Toulouse, poème de René Guy Cadou édité par P.-A. B. Note descriptive
(Jean-Louis Gautreau)

Quatre poèmes de René Guy Cadou sur quatre portraits de Roger Toulouse
(José Millas-Martin)
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Etudes de l’œuvre

Participation de Roger Toulouse à l’ornementation des façades du Centre municipal et du musée des Beaux-Arts d’Orléans
(Isabelle Klinka-Ballesteros) 
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Les principaux thèmes traités pendant la période des triangles
(Jean-Louis Gautreau)
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Etude d’un tableau « Le Dinosaure au Rocher »

(Jean-Louis Gautreau)
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Anecdotes et biographie

Les ateliers de Roger Toulouse
(Jean-Louis Gautreau)
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Une exposition Roger Toulouse à Orléans en 1965
(Jean-Louis Gautreau) 
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Roger Toulouse et Marcel Béalu, l’amitié de deux jeunes créateurs
(Jean Perreau)

Hommage en miroirs à Roger Toulouse

Poème
(Pierre Garnier)

Quai Saint Laurent, poèmes pour quelques amis, 1948. Des notes en attendant une étude
(Pierre Garnier) 
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Sur un tableau blanc de Roger Toulouse
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Document

Une fenêtre ouverte sur le rêve
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Silence et Cri
(Jean-Jacques Lévêque)

Parution d’un livre d’art

Roger Toulouse (1918-1994), peintre et illustrateur, de Marguerite Toulouse et Jean Perreau
(Pierre Garnier)

Poème

Roger Toulouse
(Thierry Guérin)

Vie de l’association

Les œuvres de Roger Toulouse conservées au musée des Beaux-Arts d’Orléans
Dons au musée des Beaux-Arts d’Orléans
Les évènements de l’année
Le courrier des lecteurs
Composition du Conseil d’Administration























 

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