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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur, illustrateur et poète
Revue N° 3 - (septembre 1998) pages 14 à 17
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Le jeune Homme de l'Hospice -
1947
       Huile sur toile - 0,92 x 0,73 m
     Musée des Beaux-Arts d'Orléans


                         ***


Peintures de Roger Toulouse
                     (1918-1994)

              Collection du
musée des Beaux-Arts d'Orléans

                     Exposition
       du 7 juillet au 4 octobre 2008



par Isablelle Klinka-Ballesteros
conservateur en chef
au musée des Beaux-Arts d'Orléans




Cet été, le musée des Beaux-Arts consacre un espace à la présentation des œuvres peintes de Roger Toulouse, cet artiste inclassable de l'art contemporain, récemment disparu. Non seulement peintre, mais aussi sculpteur, illustrateur et poète, Roger a laissé une production abondante, demeurée trop confidentielle, conservée aussi bien dans les collections publiques que privées.
Aujourd'hui, le propos est de donner à voir au public, à travers soixante années de création, un parcours sélectif mais révélateur de son originalité picturale : à partir des recherches de ses débuts jusqu'aux propositions ultimes de la fin de sa vie, le cheminement de l'artiste, entre réel et imaginaire, figuration et abstraction, montre sa quête permanente de la vérité humaine, seule finalité de l'art, selon ses principes.
Le don généreux de Madame Marguerite Toulouse au musée d'une part importante du fonds d'atelier de son mari, a permis de réaliser cette exposition et de contribuer à un souci majeur de l'artiste : montrer des œuvres accessibles au plus grand nombre.


Roger Toulouse naît en 1918 à Orléans, qu'il ne quitte jamais, dans une famille modeste ou sa vocation est encouragée; au sein de la demeure familiale, il installe son atelier. Elève doué et passionné, il remporte régulièrement les premiers prix de l'école des Beaux-Arts; l'enseignement de l'école est fondé de manière traditionnelle sur l'apprentissage du dessin pour lequel il manifeste de sérieuses dispositions. Son professeur, le peintre orléanais Roger Pierre, disciple d'André Lhote, influence ses premiers travaux.
Abandonnant l'enseignement de l'école des Beaux-Arts, Roger Toulouse s'adonne un temps à la publicité, puis commence à peindre des paysages dans les environs d'Orléans. Parmi ses recherches formelles du moment, il découvre deux étapes fondamentales de l'art contemporain : le fauvisme, qui se caractérise par l'autonomie de la couleur, et le cubisme, qui consiste en une décomposition des formes en de multiples polyèdres dont sont empreintes ses toutes premières recherches, par exemple Nature morte aux fruits et à la bouteille de 1934. A partir de 1936, son imagination poétique transforme ses toiles en compositions figuratives proches du surréalisme, comme Les Fleurs de 1938. " C'est plus surréaliste que les surréalistes ", se serait exclamé Picasso en découvrant une œuvre du même style.

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En 1937, Max Jacob séduit par l'originalité de ses œuvres rencontre le jeune Roger Toulouse qui sort de son isolement artistique. Il joue un rôle déterminant auprès de ce jeune talent qui porte en lui doute et anxiété. Jacob, le pédagogue, a sur lui une influence moins technique que psychologique : il occupe une place centrale dans la formation du peintre grâce à une relation de confiance et d'amitié. Créer devient sa raison même de vivre : l'artiste se consacre entièrement à ses passions, la peinture et la poésie.
 
A dix-neuf ans, il expose ses premières toiles marquées par le surréalisme dans la galerie parisienne dirigée par Georges Maratier, aux côtés d'œuvres de Derain, Ernst, Masson et Picabia. Commence alors, sur un marché de l'art florissant, la reconnaissance de son talent et sa consécration par les achats de collectionneurs ; la romancière et collectionneuse américaine, Gertrude Stein, découvre cette nouvelle peinture et achète une grande partie de l'atelier de Roger Toulouse. Plus tard, ces toiles gagnent les Etats-Unis, puis l'Europe et le Japon. Après la sombre période de la guerre et la disparition de Max Jacob, Roger Toulouse, solitaire et timide, vit isolé à Orléans. A la Libération, il retrouve cependant sa force créatrice et adopte un langage pictural nouveau pour exprimer ses émotions. Son expressivité se traduit par une explosion de couleurs pures. Mais rapidement les déformations expressives des objets créent des tensions ; des symboles menaçants (madriers, potences...) continuent à peser sur l'humanité.
 
Roger Toulouse travaille beaucoup et participe à plusieurs manifestations : au premier Salon de mai organisé par Gaston Diehl, à Paris, en 1945 ; à l'exposition de l'Ecole de Paris conçue par Balthus, à Berne, en 1946, puis à Rome. A cette période expressionniste appartient une série de quatre portraits imaginaires dont Le jeune homme de l'hospice de 1947, au regard fixe comme un reproche muet, qui interpelle le spectateur avec force. Cette série inspire au poète et ami, René Guy Cadou, quatre poèmes. Ne supportant plus les couleurs vives, ni les formes provocantes, au tournant des années cinquante, il médite sur le monde et s'engage plus encore dans le militantisme politique. Son style évolue et ses compositions s’orientent selon une diagonale ascendante. La matière picturale épaisse est travaillée par petites touches ; le brun, couleur dominante, est parsemé de touches chromatiques vives.
 
Dans cette veine expressionniste, un voyage en Italie, en 1953, lui fait concevoir un certain nombre d'interprétations de saints et d'humanistes, exprimant une profonde désespérance: Saint Pierre, 1953 ; Savonarole, 1953 ; Hors du monde, 1953, portrait d'un moine dont la physionomie rappelle Max Jacob, l'ami cher, trop tôt disparu. Roger s'oppose avec force à la domination de la peinture abstraite et se tourne résolument vers une expression symboliste : Le Charmeur de Grenouilles de 1957.

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Le Charmeur de Grenouilles - 1957
Huile sur isorel - 1,16 x 0,89 m
Musée des Beaux-Arts d'Orléans

Dès le début des années soixante, les compositions de l'artiste, presque monochromes, déclinées en camaïeu aux tons de pastel, sont envahies de triangles qui peu à peu s'assemblent et définissent la construction des œuvres. cet emploi systématique des triangles se retrouve dans Les ciseaux de 1961, où les pointes aigues des lames ont un caractère agressif, dans La Grue bleue de 1960, et La Machine bleue de 1962, témoignages des activités industrielles porteuses d'enthousiasme mais aussi d'inquiétude. Avec des triangles, l'artiste brosse aussi des portraits, comme celui de Suzy Solidor, célèbre chanteuse de cabaret des années trente. Le grand Oiseau, de 1970, représente encore avec des triangles le genre du paysage où un rapace qui attend son heure semble annoncer les malheurs qui pèsent sur le monde.

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La période géométrique (1973-1993) ou constructiviste (non représentée dans cette exposition) qui succède à celle des triangles, à partir de 1973, s'inspire des récents travaux de sculpture de l'artiste : compositions massives, géométriques, qui jaillissent du sol ; couleurs vives et contrastées ; à peine de modelé pour donner du relief. La géométrisation est poussée aux limites de l'abstraction avec l'abandon de toute référence à la perspective, la stylisation des formes, l'affirmation des couleurs. A la fin de sa vie, Roger Toulouse peint sur de plus petits panneaux d'isorel (matériau qu'il utilise depuis les années cinquante), sur la surface desquels ondulent une multitude de rubans colorés, assemblés ou éparpillés, assombris par du noir de fumée. Ces éléments sont encore figuratifs dans Somalie, de 1993, dont le titre évocateur traduit les préoccupations du créateur : son écriture picturale, faite de dépouillement, indique son pessimisme sur l'avenir des hommes. Mais dans l'œuvre ultime, Hublot, de mai 1994, l'abstraction domine. En dehors de toute référence humaine, des rubans sombres s'entremêlent pour laisser apparaître, au centre, une trouée de rubans verts sur lesquels flotte la forme triangulaire de l'oiseau de paix. Le dernier message semble bien exprimer le sentiment de l'artiste devant ce monde impitoyable qui se dérobe.

Au terme de la visite, ce choix d'œuvres conservées dans les collections du musée, sélectif et éclectique, montre combien le parcours de l'artiste est riche d'expériences inscrites dans l'histoire de l'art contemporain. Originale et marginale, sa production sans cesse renouvelée témoigne de la sincérité de ce créateur et de sa recherche insatiable d'une expression picturale de la vérité.

Sommaire Revue N° 3

       Septembre 1998

Editorial lire l'article

 

Etudes de l’œuvre

 

Pages d’un journal d’hiver avec Roger Toulouse

(Jean-Jacques Lévêque)

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Exposition 7 juillet / 4 octobre 1998 : « Peintures de Roger Toulouse (1918-1994). Collection du musée des Beaux-Arts d’Orléans »

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

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Présence de Roger Toulouse

(Abel Moittié)

 

L’art de Roger Toulouse : des débuts à la période triangulée [extraits]

(Jean Perreau)

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L’Homme au foulard rouge (poème)

(Michèle-Ann Perreau)

 

D’une période de transition à une autre

(Jean-Louis Gautreau)

 

L’artiste et le psychanalyste. Questions éthiques autour de l’interprétation psychanalytique de l’œuvre de Roger Toulouse

(Hubert de la Rochemacé)

 

L’œuvre sculpté de Roger Toulouse

 

Les sculptures de fer et d’acier de Roger Toulouse

(Pierre Garnier)

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Les commandes publiques réalisées par Roger Toulouse

 

Anecdotes et biographie

 

Trente ans d’amitié

(Tristan Maya)

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La rencontre de Roger et de Marguerite

(Jean-Louis Gautreau)


Roger Toulouse, illustrateur des poètes

 

« Pour un Bestiaire » : notes sur une collaboration fraternelle

(Jean Rousselot)

 

Introduction à « Pour un Bestiaire »

(Jean-Louis Gautreau)

 

Poème

 

Roger Toulouse

(José Millas-Martin : texte)

(Roger Toulouse : poème)

 

Vie de l’association

 

Catalogue raisonné de l’œuvre de Roger Toulouse

Création d’un site Internet « Roger Toulouse »

Les évènements de l’année

Le courrier des lecteurs

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