Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 4 - (septembre 1999) pages 49 à 65
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Max Jacob en pull-over rouge -
1937





Max Jacob est arrêté   


     Histoire d'une amitié, 
  fidèle au-delà de la mort 

               (1ère partie)




par Jean-Louis Gautreau






Par discrétion naturelle, Roger et Marguerite Toulouse n'ont jamais cherché à se glorifier du rôle important qu'ils ont joué dans les évènements qui ont suivi l'arrestation de Max Jacob survenue le 24 février 1944. Pourtant leur nom est régulièrement cité dans les ouvrages qui relatent cet épisode tragique. Lors de mes visites, rue de l'Abreuvoir, j'ai souvent entendu évoquer l'arrestation du poète ; cela m'a donné l'idée de demander à Marguerite Toulouse de faire une fois de plus appel à ses souvenirs, pour tenter de retracer ces instants dramatiques. Dans cet article, je n'ai pas la prétention de décrire de façon exhaustive l'intégralité de tous les événements survenus, ni de citer tous les noms des différentes personnes qui sont intervenues en faveur de Max Jacob. Je tente seulement de rappeler ces événements du point de vue de Roger et Marguerite Toulouse, en m'attachant à préciser leurs actions.

 

                                                                                                                          ***


Roger Toulouse a raconté dans un texte émouvant, intitulé "La dernière fois", l'ultime visite qu'il a faite à Max Jacob :

" Etre aux côtés de Max Jacob alors qu'il n'a plus que quelques jours à vivre, c'est le triste privilège que j'eus en ce mois de février 1944.

Si le phénomène de prémonition existe, je puis dire qu'il s'imposa intensément à moi en cette journée. Dans la chambre-atelier de Saint-Benoît-sur-Loire, je regardais encore mieux ce visage que je connaissais minutieusement puisque j'avais fait poser le poète de longues heures... près de mon chevalet. Sa tête me semblait encore plus lourde sur des épaules étroites ; son large béret pesait sur l'ogive de son front ridé, et une toux sourde agitait tout son corps, faisant soubresauter sa lourde montre qui ne le quittait jamais, telle celle de Filibuth.

Dehors, il faisait froid et un maigre feu réchauffait difficilement sa chambre ; Max était là, assis dans un triste fauteuil de presbytère, tenant dans ses doigts courts, aux ongles carrés, la dernière lettre d'un ami prisonnier ; de là nous commentions l'avance alliée, la proche défaite allemande et, invariablement, un rictus faisait trembler ses lèvres sinueuses : il pensait à sa sœur, internée dans les camps nazis.

Bien vite, il recherchait ses derniers poèmes de la semaine, et me montrait la difficulté qu'il avait eue à terminer le portrait d'Alfred Jarry qui séchait sur un coin de table, parmi les pastels, les cigarettes, le cendrier débordant d'allumettes, le livre de messe et une énorme cravate. Comme chaque fois, à nous, ceux de sa jeune garde - Cadou, Béalu, Manoll, Rousselot - il prodiguait des conseils, sur l'articulation d'un poème, en donnait la clé. Pour mieux nous les faire prendre au sérieux, le lendemain de la visite, nous recevions une longue lettre qui s'ouvrait sur les mêmes thèmes.

Pendant tout le repas, ce jour-là, la conversation se fixa sur l'importance de la vie intérieure : plus elle est grande, plus l'œuvre est profonde et universelle ; "il faut savoir travailler avec son ventre et non avec sa tête", et de là nous touchions au cubisme, qui, grâce à l'intensité et à la persuasion de sa recherche donna à la vie la forme que nous lui connaissons maintenant. Mais Max mettait encore plus l'accent sur le rôle de la réalité : cette enveloppe sans vie n'est que le TOIT de la Maison, le reste doit se passer à l'Intérieur et le Reste est essentiel. Nous achevâmes le repas en comparant le "mot choc" du poète, au Volume idéal d'une composition peinte ; c'est la même chose disait-il, avec la seule différence que le peintre a de la couleur sur la main, le poète lui, casse des plumes ! Et nous riions pour masquer notre inquiétude mutuelle et pour montrer que " l'Ombrage de la Terrasse passe... comme le soleil se refroidit chaque jour !" Puis Max me questionna sur mon travail en cours ; il s'intéressait à la voie que je suivais, et, avec un sens pictural très grand, il disséquait mes projets. Nous regardions ensemble l'apport des poètes et des peintres contemporains, les situant par rapport à la minute présente. J'entends encore cette parole : "Il faut vivre la minute présente, hélas ! peu y parviennent, car la comprendre c'est avoir une certaine émotion, pas celle qui animait la Dame de Pique, non ! Celle de la Lame de fer". Notre rire reprenait, s'arrêtant seulement devant l'évocation des tailleurs d'images romans...

Max se référait alors à un magnifique livre, cadeau de Fernand Léger. Il écoutait cette leçon de grandeur, la simplicité romane liée à son folklore breton, baignant dans un ciel de Loire. Là était pour lui le but de son travail de peintre et justifiait sa vie près des reliques de Saint Benoît... Mais l'ombre de la rue Ravignan le hantait toujours, et dans son regard, on voyait se refléter Modigliani ou le douanier Rousseau, une anecdote surgissait précisant une attitude de Picasso.

Dans l'obscurité, d'un signe de la main, il me mit sur la route du départ. Son visage était plus pâle qu'à l'ordinaire puis la nuit emporta la frêle silhouette de l'auteur du Cornet à dés, et ce fut la grande séparation.
"



L'arrestation

Dans sa dernière lettre adressée à Roger, datée du [lundi] 21 février 44, Max Jacob dit avoir reçu Marcel Béalu et sa femme Marguerite. Arrivés le dimanche 20 février, ils sont repartis le lendemain matin. Un épisode troublant, souvent raconté et commenté, survient le dimanche après-midi au cours de l'habituelle visite de la basilique en compagnie des Béalu : Marcel et Marguerite Béalu ont inscrit leur nom sur le registre des visiteurs ; au-dessous, Max Jacob ajoute le sien, suivi des deux dates, 1921-1944...

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Une visite de Roger étant prévue dans la semaine, Max lui écrit : "Viens plutôt jeudi [24 février] que vendredi."

Roger Toulouse raconte : "Je devais me rendre à Saint-Benoît le 24 février 44, le jour où la gestapo vint arrêter Max à son domicile. La veille j'avais reçu des soins pour un abcès dentaire. Comme il faisait très froid, le dentiste m'avait déconseillé de sortir. Je n'avais pas eu le temps de prévenir Max de ce que mon voyage était remis.



Marcel Béalu, Max Jacob, Roger et Marguerite Toulouse en 1938.


Une voiture de police s'arrête devant sa porte. On frappe. C'était l'heure de l'arrivée du car d'Orléans [vers 10 heures du matin]. Max qui m'attendait, ouvre la fenêtre et dit : "C'est toi, Roger ? Je vais t'ouvrir."

Max habitait chez Mme Persillard, au premier étage de la maison de briques roses qui donne sur la place du Martroi, à Saint-Benoît-sur-Loire. Ce 24 février, Max s'était levé tôt, comme à son habitude, pour aller servir la messe à la chapelle de la maison de retraite (actuelle mairie, place du Martroi). Plus tard, trois hommes en civil viennent l'arrêter. Selon Pierre Andreu : "Il ne semble pas qu'il se soit agi d'une mesure qui le visait particulièrement ; depuis la veille, les Allemands raflaient les derniers juifs du département."

Il est arrêté en présence du Dr Castelbon, de sa logeuse et de quelques habitants de Saint-Benoît alertés, qui l'aident à rassembler quelques effets. Puis il est conduit à l'ancienne prison militaire d'Orléans, réquisitionnée par les Allemands, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel Palais des sports, rue Eugène Vignat. 

Roger Toulouse avait demandé au chanoine Fleureau, curé de Saint-Benoît, de le prévenir au cas où Max Jacob serait inquiété. Dès l'arrestation, le chanoine envoie son vicaire, l'abbé Léopold Hatton, chez Roger afin d'éviter l'utilisation du téléphone qui risquait d'être surveillé. Quand Roger ouvre la porte, il découvre le visage tailladé, tout balafré de l'abbé qui, dans sa hâte et en raison de sa forte émotion, avait manié son rasoir d'une main peu sûre : " J'ai eu envie de rire, mais ce n'était pas le moment" , aurait dit Roger.
 
Le jour même, Roger prévient quelques amis ; il téléphone à Marcel Béalu à Montargis, et se prépare à partir pour Paris. Informée du lieu de détention, Marguerite, qui a préparé un petit colis de nourriture, se rend à la prison. Il y a là beaucoup de juifs âgés récemment arrêtés. Marguerite ne réussira jamais à voir Max, cependant chaque jour elle apporte quelques victuailles, des biscuits ou de la gelée de pomme préparée par sa mère, Madame Texier. Il est probable que le contenu des colis n'est jamais parvenu à leur destinataire. Pendant ces 4 jours que Max a passé à Orléans [du 24 au 27 février], avant son transfert au camp de Drancy [le 28], Roger fut certainement, parmi ses amis proches, l'un des plus actifs. Ces temps étaient bien troublés...


Le matin du lundi 28 février, en arrivant à la prison, Marguerite apprend que tous les prisonniers ont quitté Orléans : " Je devais pleurer", raconte Marguerite Toulouse, "une dame que je ne connaissais pas m'a abordée."
-"Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous avez quelqu'un qui a été arrêté ?
- Oui, un très bon ami.
- Moi, c'est mon mari qui a été arrêté. Si vous voulez venir avec moi à la gestapo nous pourrons savoir où ils ont été emmenés.

Nous sommes allées toutes les deux à la gestapo dont les bureaux étaient boulevard Alexandre Martin. Cette dame a demandé à voir "M. Willy", un des chefs de la Gestapo, qu'elle semblait connaître. On a été bien reçus. Après s'être informé des raisons de ma présence, "M. Willy", qui parlait un français impeccable, m'a dit : "Ne vous inquiétez pas, c'est pour une vérification. Vous aurez des nouvelles".
Nous sommes reparties. Il faisait un froid terrible ! Un vent ! La neige s'était mise à tomber. J'étais dans un drôle d'état, je ne cessais de pleurer."

Très vite, dès le lendemain de l'arrestation, Roger se rend par le train à Paris, afin de prévenir le Dr Albert Buesche, journaliste chargé de la page littéraire et artistique à la "Pariser Zeitung" ("Journal Parisien"), important journal allemand de la capitale occupée. Cet allemand antinazi avait vécu plusieurs années à Paris avant la guerre. Au début de l'occupation, il occupait un appartement situé au-dessus de celui de G. Maratier, marchand de tableaux qui s'occupait de l'œuvre de Roger Toulouse depuis 1937. Roger Toulouse raconte : " Le hasard d'une rencontre à la galerie Georges Maratier, m'avait mis en contact avec un journaliste allemand qui s'intéressait à ma peinture. [...] J'acceptai de rencontrer cet allemand, au reste fort sympathique. Je ne lui cachai pas mes sentiments. Je lui parlai de Max Jacob. Il accepta de le rencontrer à Saint-Benoît-sur-Loire. Il me dit : "J'ai d'importantes relations. S'il arrivait quelque chose, prévenez-moi. Surtout, ne me téléphonez pas. Prenez le train". Nous nous sommes revus à plusieurs reprises. Il a été voir Max à Saint-Benoît. L'entretien a parfaitement collé. C'était un personnage exceptionnel d'une haute élévation morale et intellectuelle."

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Quelques temps après cette première rencontre, Albert Buesche est en effet venu voir Roger (en 1942), au 42, quai Saint-Laurent, à Orléans. Au cours de sa visite il lui achète une nature morte, une toile de petit format (environ 20 cm X 30 cm), pour pouvoir l'emporter plus facilement lors d'une permission. Comme il sait que les Français ne mangent pas très bien en raison des rationnements, il invite Roger à l'Auberge Saint-Jacques, restaurant coûteux.

A son retour, Roger dit à sa femme :
-Oh ! Et puis, je lui ai dit que j'étais communiste.
Marguerite est affolée et furieuse :
- Mais tu es complètement fou ! Le peu que l'on fait est déjà difficile et tu vas dire ça à ce monsieur !
- Il m'a parlé si franchement...
- Evidemment qu'il parle franchement, pour faire parler les autres.
- Eh bien ! Si je suis arrêté demain, tu sauras pourquoi...                 
                                                                             Autoportrait de Max Jacob - 1937
- Ah ! C'est malin ! Tu me rassures.
- Cette relation là, je tiens à la conserver. S'il arrivait quelque chose à Max...


C'est pourquoi, en ce jour de février 44, Roger se retrouve dans les locaux parisiens de la "Pariser Zeitung", rue Réaumur, afin d'y rencontrer Albert Buesche. Roger raconte : "Je voulais faire très vite. Ses bureaux étant truffés de micros, nous parlâmes de peinture. Buesche me glissa un billet dans la main. Il me donnait rendez-vous dans un restaurant pour la demi-heure qui suivait. En apprenant la nouvelle, Buesche était défait : "Encore une sottise des hitlériens. C'est scandaleux". Il entreprit sans tarder une démarche auprès d'Otto Abetz. Celui-ci devait signer le bon d'élargissement. De mon côté, en fin d'après-midi, je téléphonai à Jean Denoël et à André Salmon qui alerta Cocteau. Ce dernier fit intervenir Sacha Guitry auprès de l'ambassadeur Abetz. Chacun agissait pour le mieux. Picasso fut aussi prévenu, car il pouvait user de son poids auprès des Allemands. Deux jours plus tard, nous nous retrouvions chez Salmon, rue Notre Dame des Champs, convaincus de la libération imminente de Max."

Les amis présents à la réunion chez André Salmon font l'état de la situation et se répartissent les tâches ; chacun se propose d'intervenir auprès de ses relations. Certains officiels allemands étaient très informés de la culture française dans le domaine de l'art et de la littérature ; ils avaient vécu à Paris avant la guerre pour suivre les cours de l'Ecole des Beaux-Arts ; d'autres connaissaient l'histoire déjà légendaire de la Butte Montmartre et de ses habitants.
 
Roger ira à Paris à plusieurs reprises pour prendre des contacts et essayer de faire intervenir des gens. Il mène une activité fébrile. Il est également soucieux de protéger l'œuvre de Max : "Trois jours après son arrestation, je suis allé avec Marcel Béalu à Saint-Benoît-sur-Loire afin de mettre en lieu sûr manuscrits, dessins, gouaches. Sur sa table de travail se trouvait un portrait de Picasso qu'il achevait ainsi que trois autres gouaches : les portraits de Jarry, d'Apollinaire et de Verlaine. Tous ces portraits sont d'une grande qualité..."

Jean Cocteau écrit un très beau texte de soutien:

"Je dirais de Max Jacob que c'est un grand poète si ce n'était pas un pléonasme, c'est poète tout court qu'il faudrait dire, car la poésie l'habite et s'échappe de lui, par sa main, sans qu'il le veuille.
Avec Apollinaire, il a inventé une langue qui domine notre langue et qui exprime les profondeurs.
Il a été le troubadour de cet extraordinaire tournoi où Picasso, Matisse, Braque, Derain, Chirico s'affrontent et opposent leurs armoiries bariolées.
De longue date, il a renoncé au monde et se cache à l'ombre d'une église. Il y mène (à Saint-Benoît-sur-Loire) l'existence exemplaire d'un paysan et d'un moine.
La jeunesse française l'aime, le tutoie, le respecte et le regarde vivre comme un exemple. En ce qui me concerne, je salue sa noblesse, sa sagesse, sa grâce inimitable, son prestige secret, sa "musique de chambre" pour emprunter une parole de Nietzsche.
Dieu lui vienne en aide. Jean Cocteau.
P.S. - Ajouterai-je que Max Jacob est catholique depuis vingt ans ?"

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Jean Cocteau écrit un très beau texte de soutien :
"Je dirais de Max Jacob que c'est un grand poète si ce n'était pas un pléonasme, c'est poète tout court qu'il faudrait dire, car la poésie l'habite et s'échappe de lui, par sa main, sans qu'il le veuille.
Avec Apollinaire, il a inventé une langue qui domine notre langue et qui exprime les profondeurs.
Il a été le troubadour de cet extraordinaire tournoi où Picasso, Matisse, Braque, Derain, Chirico s'affrontent et opposent leurs armoiries bariolées.
De longue date, il a renoncé au monde et se cache à l'ombre d'une église. Il y mène (à Saint-Benoît-sur-loire) l'existence exemplaire d'un paysan et d'un moine.
La jeunesse française l'aime, le tutoie, le respecte et le regarde vivre comme un exemple. En ce qui me concerne, je salue sa noblesse, sa sagesse, sa grâce inimitable, son prestige secret, sa " musique de chambre" pour emprunter une parole de Nietzsche.
Dieu lui vienne en aide.         Jean Cocteau.
- PS : Ajouterai-je que Max Jacob est catholique depuis vingt ans ?"

Georges Prade, ancien conseiller municipal de Paris, adresse le jour même (le 29 février), ce texte à Hans-Henning von Bose, conseiller à l'ambassade d'Allemagne. Von Bose connaît Max Jacob et promet à Georges Prade d'intervenir personnellement auprès de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, Otto Abetz.
 
Pierre Andreu relate : "Picasso ne fera rien. A Pierre Colle et Henri Sauguet qui étaient venus le trouver au "Catalan", le restaurant habituel du peintre, dès qu'ils avaient appris l'arrestation de Max, pour le presser d'intervenir avec l'autorité qui restait attachée à son nom, Picasso avait répondu : « Ca n'est pas la peine de faire quoi que ce soit. Max est un ange. Il n'a pas besoin de nous pour s'envoler de sa prison ».
 
Il faut sans doute relativiser les propos tenus par Pierre Andreu au sujet de l'attitude de Picasso. En 1982, après la publication du livre de M. Andreu, Georges Prade apportera le témoignage suivant : « ...Picasso, dont j'étais politiquement si éloigné, se mit pourtant à ma totale disposition et j'eus toutes les peines du monde à l'empêcher de signer lui aussi le document que je remis le jour même de sa rédaction au conseiller von Bose. Psychologiquement, j'estimais que sa caution ne nous apporterait rien, d'autant plus qu'il venait d'être inquiété. »

Tous sont convaincus que leurs efforts seront couronnés de succès. Le 29 février, Roger est confiant et il écrit à Marcel Béalu : "Je suis allé à Paris pour notre ami. J'ai confiance. De mon côté j'ai une amitié puissante qui s'occupe de Max. Du côté Moricand-Salmon, il y a aussi 2 éléments importants. A Orléans depuis jeudi dernier j'ai fait le maximum, mais en dernière minute rien à faire. Max est parti d'Orléans hier matin..."

Début mars, il écrit encore à Michel Manoll : "Depuis plus de 8 jours je me suis occupé de Max. Tu sais sûrement qu'il n'est plus à Saint-Benoît. Je suis allé à Paris pour essayer de le faire sortir. J'espère avoir un résultat positif. [...]."

Roger Toulouse reçoit une lettre du Dr Buesche datée du 4 mars : "Cher monsieur, je m'empresse de répondre à votre aimable lettre. J'ai fait la démarche dont je vous avais parlé et on m'a dit que votre ami a bonne chance".

Roger raconte : " Le 5 mars, ma femme et moi avions reçu un coup de fil de Paris. On attendait la libération de Max... J'avais annoncé le retour de Max au chanoine Fleureau qui avait préparé une réception au presbytère..."

Mais l'ami est mort le dimanche 5 mars au camp de Drancy d'une congestion pulmonaire. Gros fumeur, il était très fragile des poumons ; le froid terrible qui régnait lors de son arrestation, de sa détention à Orléans puis de son transfert à Drancy, a provoqué une rechute fatale. Il est enterré au cimetière d'Ivry.

Roger a dit avoir appris la mort de Max Jacob par un entrefilet dans la presse, mais il n'y croit pas. L'avis de décès arrive le 14 mars à la mairie de Saint-Benoît. Coïncidence étrange, Jean Cocteau note dans son journal que ce même jour, à dix heures du soir, Georges Prade lui a téléphoné pour lui annoncer la libération de Max. Il est probable que c'est le Dr Durand, médecin et ami personnel de Max, en résidence à Saint-Benoît, qui prévient Roger et Marguerite. Ils sont effondrés : "Sa mort, ça comptait plus que la mort d'un parent proche", dit Marguerite.
 
Le jeudi 16 mars, quelques amis se retrouvent à Saint-Benoît, chez le Dr Durand et sa femme Rolande, pour dîner : les poètes Jean Rousselot, Marcel Béalu et Roger Toulouse sont présents. Le lendemain matin une messe est célébrée en la Basilique, par le chanoine Fleureau.

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La presse annonce la mort du poète. Dans le "Paris-Midi" du 18 mars 44, paraît un court article : "Mort de Max Jacob. Nous apprenons la mort du poète Max Jacob auteur du "Cornet à dés", de "Cinématoma", du "Terrain Bouchaballe", de "Saint-Matorel", des "Pénitents en maillots roses", de "Rivages", etc. Max Jacob a été enterré au cimetière d'Ivry. Une messe est célébrée aujourd'hui pour le repos de son âme en l'église Saint-Roch."
 

Dans sa lettre du jeudi 16 mars 44, Pierre Colle annonce à son père la mort de Max Jacob ; il précise qu'une messe aura lieu à St Roch, le samedi suivant [18 mars]. Cette information erronée, reprise par la presse, provoqua un quiproquo. Les personnes prévenues par Pierre Colle, ont trouvé, ce jour-là, l'église déserte. La cérémonie étant prévue en réalité le 21, ils durent revenir trois jours plus tard. Cinquante à soixante personnes étaient présentes, parmi lesquelles, Eluard, Sauguet, Salmon, Derain, Chanel, Cocteau... Quant à Picasso, nerveux, il serait resté dans l'entrée de l'église : "Tous ceux qui s'y rendront seront arrêtés", aurait-il déclaré. Heureusement sa "prédiction" ne se réalisa pas. Le dimanche 26, l'abbé Morel, accompagné de cinq amis proches, est allé à Ivry pour bénir la tombe du poète.
 
Au 42, quai Saint-Laurent, la vie continue tant bien que mal. Le 6 juin 44, les Alliés débarquent sur les côtes de Normandie. Marguerite Toulouse se souvient : "Ce jour-là, les alertes se succédaient. Les secousses provoquées par les explosions étaient particulièrement importantes."
 
Beaucoup de ses amis proches ressentent la mort de Max comme une perte immense et irréparable. Les conditions dramatiques de sa fin ajoutent encore à leur douleur et au sentiment d'injustice. Pour Roger et Marguerite Toulouse cette blessure ne se refermera jamais complètement.

Roger accepte mal la disparition de Max, après sept années d'échanges permanents ; les propos qu'il tient dans les lettres adressées à Marcel Béalu et à sa femme sont assez dépressifs :

- Juillet 44 :
"...Est-ce une catastrophe de mourir ? ...Max.

Il faut être supérieur intérieurement ou alors il faut mourir ou ne pas être."

- 30 décembre 44 :
"... Vous êtes mes amis avec une place près de Notre cœur. Hélas Max n'est plus là, je vous aime."

Après la Libération, il recommence à peindre, mais avec difficulté. Septembre (?) 45 :
..." Je termine également une grande nature morte qui me fait souffrir."

- Avril 45 :
"...Chaque parole de Max sonne encore dans ma tête. "

- Octobre (?) 45 :
"...Je vis à Orléans dans l'inquiétude des formes et des couleurs. [...] Oui Saint-Benoît. Là-bas, dans la terre, Max. C'est loin ; lui est près de nous. Depuis sa mort il y a dans ma vie un déséquilibre, que je ne peux combler. [...] Trouverai-je un jour mon équilibre ? et j'ai soif d'équilibre... et puis on m'accuse d'"atteindre le sommet de l'horreur". Tant pis. Je n'écris pas ou peu parce que je ne suis plus là ; sur terre. Je ne vois pas comme les autres. On ne peut pas comprendre facilement ma peinture paraît-il ! Toi, tu la comprends. Tout cela me fait mal et de plus en plus mon inquiétude arrive elle aussi au sommet. Excuse-moi. Excuse-moi. [...] Je suis écartelé et la tête me fait mal."
 
- Lettre non datée : "...Le grand cher Max est là près de nous, qui veille sur notre destinée. Heureusement qu'il est là ; mort.
"



Après la guerre, le renouveau 

Orléans est libérée le 16 août 1944 par l'armée du Général Patton.

Après ces années de restrictions et d'inaction, Roger envisage d'aller s'installer à Paris. Au mois d'octobre, il écrit à Michel Manoll : "... J'ai pris la résolution d'aller à Paris définitivement ; la province, c'est trop d'ennuis pour le transport de la camelote, et puis le voyage..."

Dans une lettre du 21 décembre 44, Georges Maratier, son marchand parisien, évoque la signature d'un contrat et la possibilité de son installation dans la capitale :
"...Cela vous permettrait de venir habiter Paris et vous donner complètement à votre peinture, d'autant plus que ceux qui sont ici piaffent et créent un mouvement artistique qui semble vouloir se maintenir. Souhaitons que cette fin d'année soit la dernière que nous passons dans ce cauchemar."

Ce projet semble intéresser pendant un certain temps Roger, puisque Maratier lui écrit le 15 mars 45 :
"...Je suis bien content de savoir que vous viendrez bientôt vous installer à Paris, vous y serez en effet mieux pour travailler."

Début 1945, Roger écrit à M. Béalu : " Sais-tu que je vais partir assez bientôt (sic), habiter Paris. J'ai un contrat qui m'oblige... "

Cette décision lui coûte ; dans une autre lettre à Béalu, il exprime sa crainte de la vie parisienne :
"...Paris est un enfer où règne la jalousie, la petitesse d'Esprit. J'ai peur de me loger dans cet affreux supplice. J'aurai ma discipline, voir le moins de monde possible... et peindre. Il faut avoir des amis chez le mécanicien ou le boucher... Je commence une grande nature morte et termine un portrait."

Ce rêve n'aura duré que quelques mois, Roger restera à Orléans, sans doute pour plusieurs raisons ; mais il est possible que la principale soit due à l'influence de Max Jacob qui lui a souvent parlé de la vanité de la célébrité et des milieux mondains parisiens. Marguerite Toulouse ne se souvient pas avoir discuté de ce projet avec Roger qui n'a peut-être jamais eu réellement l'intention d'aller s'installer à Paris. Les contraintes de la vie mondaine, que devait lui décrire Maratier, ne lui convenaient pas.
 
Roger Toulouse participe au premier Salon de Mai, créé par Gaston Diehl, en présentant deux toiles : un portrait et une nature morte. Cette exposition se tient dans les murs de la galerie Pierre Maurs (Avenue Matignon), du 29 mai au 29 juin 45.

Dans une lettre de janvier 46, adressée à Marcel Béalu, on ressent un regain d'optimisme chez le peintre. Roger est à nouveau en pleine période créatrice, et de multiples projets l'occupent :
"Je réponds aujourd'hui seulement à ta lettre. La cause de ce silence est la peinture. Je travaille en silence. Je travaille beaucoup. Tu me demandes sur ta dernière lettre des nouvelles de ma peinture. J'ai actuellement deux toiles à une exposition d'art français à Berne. C'est « Labyrinthe » qui me l'apprend. Je suis assez heureux car il n'y a pas de jeunes peintres. Ensuite un portrait à l'exposition salade "Art et Résistance". Et je termine une toile, une nature morte pour le prix de la jeune peinture chez Drouant-David à la fin du mois. [...] Plus mon marchand (nouveau) depuis 15 jours. Galerie Allard, rue des Capucines. Je prépare actuellement une exposition à Edimbourg. Voilà pour la peinture. [...] La couverture que j'avais dessinée pour le livre de Morel n'est pas mal. [...] J'espère que ton Max Jacob paraîtra bientôt. J'ai retrouvé un beau dessin de Max que j'ai fait, il y a 5 ans. Je peux te le donner pour ton livre. [...] Je crois avoir fait des progrès dans le dessin et la couleur.

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Cette année-là, Marcel Béalu et Jean Rousselot éprouvent le besoin d'écrire et de publier les souvenirs qu'ils conservent du poète ; ils écriront également, comme d'autres amis, de nombreux articles dans des revues ou des journaux.
 
C'est également en 1946 que Roger occupe un nouvel atelier, clair et spacieux, que son beau-père lui a construit dans l'arrière-cour du 42, quai Saint-Laurent. Les tableaux qu'il peint alors sont violemment colorés. Lily Bazalgette évoque l'état d'esprit du peintre :
"...En 1946 pourtant, Toulouse réagit contre l'espèce de stupeur incrédule dans laquelle l'avait plongé la perte de son ami. Réaction d'une violence inouïe : à l'accablement succède la douleur térébrante, l'aiguillon qui le pousse à se manifester aussitôt par la projection plastique d'un univers révolutionnaire, imprécatoire, où il clame très haut sa peine, et la colère qui couvait en lui. Et tout cela explose, déborde dans un déchaînement de l'affectivité, une rage aveugle
[...]. Pour lors, cependant, c'est une véritable peinture votive à l'intention de Max, qu'il exécute.



                    Max Jacob au ciel
- 1943


Il peint comme un homme ivre, ivre à la manière d'Utrillo dont la dextérité en état d'ébriété est devenue légendaire. Toulouse peint comme peut mordre une bête blessée ; Toulouse peint, oui, comme d'autres tuent. Impitoyablement. Férocement. Faisant justice d'effroyables vérités."

Au début de 1947, après quelques frictions, la rupture avec Maratier, son marchand parisien, est consommée.
 
L'idée d'une exposition consacrée à Max Jacob, pour célébrer sa mémoire, s'impose rapidement à Roger. Il bat le rappel de tous les amis pour leur demander de prêter les œuvres ou documents qu’ils ont en leur possession. Beaucoup répondent favorablement et envoient spontanément nombre de documents inédits et passionnants. Toutes les œuvres arrivent au 42, quai Saint-Laurent, Roger se charge entièrement de l'organisation de l'exposition prévue à la bibliothèque municipale d'Orléans, installée alors dans l'ancien évêché (1, rue Dupanloup). Il est secondé par Marguerite, préposée aux tâches de secrétariat.
 
- Lettre de Roger à Marcel Béalu, 8 mars 47 :
"...C'est en mai qu'aura lieu l'exposition Max Jacob. Je m'occupe de rassembler les œuvres. Le chanoine Fleureau, l'abbé Weill, le docteur Durand, des collectionneurs, etc., prêtent gouaches, photos, livres, etc. Je compte sur toi également pour cette exposition. Le soir du vernissage aura lieu, au théâtre municipal, un hommage à Max. Je compte donc que tu parles de Max, de 20 à 30 minutes (en lisant un papier naturellement). Szigeti parlera ainsi que Secrétain, Durand et je crois Francis Carco. J'attends une lettre de toi ; tu peux me demander des précisions. Oui, maintenant il faut te mettre au travail !!! "

- Autre lettre à Marcel Béalu, non datée (mars-avril) 47 :
"... L'exposition Max Jacob s'annonce bien. J'aurai les gouaches et dessins des Docteurs Lesage, Castelbon, Szigeti. Je vois André Salmon vendredi, il me donne des lettres de 1904-1905 et des gouaches et pastels anciens. Le frère de Max, Jacques, le seul survivant des Jacob, de cette guerre, sera à l'inauguration. Il a une photographie de Max prise par Picasso à Quimper en 1929, etc. Mais tu sais c'est un gros travail. "

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- Autre lettre à Marcel Béalu, non datée (mars-avril) 47 :
"... L'exposition Max Jacob s'annonce bien. J'aurai les gouaches et dessins des Docteurs Lesage, Castelbon, Szigeti. Je vois André Salmon vendredi, il me donne des lettres de 1904-1905 et des gouaches et pastels anciens. Le frère de Max, Jacques, le seul survivant des Jacob, de cette guerre, sera à l'inauguration. Il a une photographie de Max prise par Picasso à Quimper en 1929, etc. Mais tu sais c'est un gros travail. "

- Lettre de Roger à Marcel Béalu, 31 avril 47 :
"Je passe des journées entières pour cette exposition, en démarches de toutes sortes (et en voyages). Et je m'occupe actuellement du catalogue illustré. Il y aura une photographie de Max, un poème inédit, un fac-similé de lettre, une gouache, un dessin, un bois de Louis-Joseph Soulas (celui du numéro spécial du Mail consacré à Max), le portrait que j'ai fait de lui en 1942, une médaille du sculpteur Iché et sûrement une méditation, etc.
J'ai vu le frère de Max, Jacques, qui a de belles gouaches et des souvenirs précieux. André Salmon est très dévoué."
 
                                                                                                                       Louis-Joseph Soulas
                                                                                                               Max Jacob au monocle - 1928

Peu de temps avant l’inauguration, Roger enverra à Marcel Béalu, une liste sommaire des œuvres qui seront exposées et des interventions prévues.

Roger sollicite aussi René Guy Cadou ; cet échange de courrier marque le début de leur correspondance. Dans sa lettre du 25 avril, Cadou manifeste une certaine réticence :
"Cher Roger Toulouse
Je n'aurais pas demandé mieux que de vous adresser ma correspondance avec Max (enfin des lettres au nombre de 250), si je n'avais depuis deux ans classé celles-ci en vue d'une "correspondance de Max Jacob". J'ai apporté à ce travail les soins d'une vieille fille ou d'une concierge et j'hésite à m'en séparer..."

Les prêteurs les plus importants seront : Marcel Béalu, Pierre Colle, Jean Denoël, André Salmon, Le Docteur Szigeti, et bien sûr, Roger Toulouse.
 
Quelques amis, Jacques Pelletier (ami d'enfance de Roger), Jacques Chargelègue, Claude Sibertin-Blanc (directeur de la bibliothèque), aideront Roger et Marguerite à installer l'exposition avec des moyens de fortune. Roger organise, accroche les œuvres, supervise l'ensemble du travail.
L'inauguration de l'exposition a lieu le mercredi 28 mai 1947 à 17 heures ; le catalogue, préfacé par Roger Secrétain, présente un ensemble d'œuvres d'une grande richesse : 32 gouaches, 42 pastels et dessins, 54 manuscrits et 32 livres ; en bonne place figure le célèbre portrait du poète peint en 1942 par Roger.
Un article dans "La Nouvelle République" en rend compte : "...nous ne saurions assez féliciter le peintre de talent qu'est M. Toulouse [...], d'avoir, avec le centre orléanais de culture contemporaine, organisé en l'honneur et à la mémoire du disparu, une intéressante exposition à la bibliothèque municipale."

Entre la cérémonie d'inauguration de l'exposition et la séance prévue le soir au théâtre, un dîner amical réunit au restaurant "Jeanne d'Arc", place du Martroi, une quarantaine de convives groupés autour des organisateurs et des conférenciers. Marguerite se souvient avoir dû improviser :
"Pour le dîner, j'avais réservé une table au restaurant pour un tout petit nombre de convives : une douzaine, pas plus. Mais quand tous les participants qui étaient venus de Paris ont appris qu'ils pouvaient assister à une série de conférences le soir même, beaucoup ont souhaité rester. Alors je courais de l'un à l'autre pour savoir s'il voulait dîner. Je faisais la navette entre la bibliothèque et le restaurant pour faire rajouter de nouveaux couverts. Je m'excusais en disant : - "Oh ! Il faut juste leur donner un peu à manger ; il ne faut pas que le repas dure trop longtemps, nous devons aller au théâtre après". Au dessert, André Salmon a évoqué quelques souvenirs et a récité un beau poème récemment écrit à la mémoire de son ami Max Jacob."


Le soir, au théâtre (place de l'Etape, à l'emplacement de l'actuel Centre municipal), une séance émouvante se déroule en présence de quelques personnalités artistiques. Jean Denoël, premier Président de l'association, lit les témoignages sur Max Jacob qui lui ont été adressés par plusieurs écrivains : Paul Claudel, Jean Cocteau, Joseph Delteil... Les docteurs Durand et Szigeti, l'abbé Maurice Morel, les poètes Marcel Béalu et Michel Manoll, tous amis proches de Max Jacob, se succèdent pour évoquer des souvenirs et lire des poèmes ou des méditations.
En date du 15 août 1947, le poète et éditeur Pierre-André Benoît, dit "PAB", envoie à Roger un poème à la mémoire de Max ; il l'a écrit à la plume sur un ensemble de feuilles de très petit format :

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L'ami n'est plus.
mais il est là
plus présent que jamais
Ah ! l'amitié
ne meurt pas
et qu'est-ce que la mort.
La peine n'est peut-être,
nous sommes si fragiles,
que dans l'absence
non de l'être
mais de tout ce qui peut émouvoir
Cet adieu Monsieur
cette lettre attendue
ce rien qui comble
ce mot qui touche
car on ne peut se
dérober
et tout ce qui fait
le beau temps et la pluie
de notre vie
Il est là
l'ami
toujours là
plus près encore
croyez-moi
surtout quand il se
nomme
MAX JACOB.

A la même époque, "P.A.B." publie un texte de Roger Toulouse intitulé "Nouvelle rencontre avec Max Jacob" ; il s'agit d'une rencontre imaginaire posthume en forme d'adieu, au cours de laquelle le poète fait allusion à sa mort :
- Max, tu me demandes de revivre les ciels du Café Robert, de la basilique ; du temps passé.
- Roger, il ne faut plus pleurer, tu m'avais dit que le soir de mon enterrement tu rirais, je n'ai pas eu d'enterrement et tout le monde a pleuré.
- Tu as perdu l'odeur de tabac, tu n'as plus de rides sur le front, pourquoi ?
- J'avais peur de la mort, de la mort qui déchire, de la mort qui détériore - quinze années de vieillesse j'avais peur - l'hospice de Saint-Benoît, la tristesse - j'avais peur du vieux lisant à la loupe ; j'avais peur du lit de fer à côté de l'autre lit de fer, de l'odeur d'éther - j'ai aimé l'éther - et tu vois sur la terre du Val d'Or poussent des arbres à péchés, j'y touchais et j'allais m'agenouiller, j'avais la poitrine bleutée.
Où je suis maintenant tous les arbres sont mes amis, il n'y a plus de vers dans les fruits. J'envoie mes vers dans l'air que vous respirez, je n'ai plus de chambre - je n'accroche plus mes gouaches à la patère - elles sèchent près du soleil et ne s'effritent plus.
Roger il faut partir, on nous regarde, bonsoir - embrassons-nous - bonsoir...
 

                                                                                       Roger Toulouse, août 1947.

C'est à ce moment que Roger exécute le célèbre et superbe portrait de Max Jacob, dessin à l'encre noire, maintes fois reproduit dans les ouvrages consacrés au poète.
 
Lettre de R.G. Cadou, 2 octobre 47 :
"Ton portrait de Max est admirable et ce que tu dis réveille le cœur."

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Portrait de Max Jacob - 1947
Dessin à la plume et encre noire
Musée des Beaux-Arts d'Orléans

Le dessin original (de 1947), qui se trouve au musée des Beaux-Arts d'Orléans, porte la mention manuscrite, de la main de Roger Toulouse, "Max Jacob en 37". Cela a pu faire croire que le dessin avait été réalisé en 1937. Il s'agit bien sûr d'une erreur d'interprétation, car en 1937, Roger ne dessinait pas du tout de cette façon. L'artiste a simplement voulu conserver le souvenir du visage qu'avait son ami au début de leur rencontre, en 1937. Une version de ce portrait, gravée par Pierre Dumas, paraîtra en 1950. Sur un exemplaire de cette gravure (collection particulière), Roger Toulouse a écrit : "Le visage de Max Jacob en 1942" ! L'artiste avait sans doute oublié sa première intention. De plus il datait souvent ses œuvres de façon très approximative.



Cette même année, Roger participe à plusieurs expositions importantes. Un autre événement, secondaire, va cependant changer la vie de Roger. A la suite de plusieurs entretiens avec Monsieur Ferré, directeur de l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Orléans, il est nommé dans cet établissement, en qualité de maître auxiliaire chargé de l'enseignement du dessin et du travail manuel, à compter du 1er novembre 47.

L'année suivante, le 7 juin 1948, a lieu l'inauguration d'une exposition consacrée à l'œuvre de Roger dans les locaux de la bibliothèque municipale d'Orléans. Simultanément, il participe une fois de plus au Salon de Mai à Paris, en présentant deux toiles. 

                                                                      ***

La deuxième partie de cet article est à lire dans les extraits de la revue n° 5 :
- l'exhumation et le transfert des restes du poète ;
- les obsèques à Saint-Benoît-sur-Loire ;
- l’inhumation ;
- l’association des amis de Max Jacob : un long deuil. 

Sommaire Revue N° 4

 

    Septembre 1999

Editorial lire l'article

 

Etudes de l’œuvre

 

Une rupture dans la vie et l’œuvre de Roger Toulouse : la mort de Max Jacob

(Jean-Louis Gautreau)

 

Une œuvre citoyenne et militante

(Abel Moittié)

 

Roger Toulouse, l’époque blanche

(Pierre Garnier)

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Roger Toulouse, œuvres sur papier, 1933-1975

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

 

L’œuvre sculpté de Roger Toulouse

 

Le mémorial de Saint Martial à Limoges

(Jean-Louis Gautreau)

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Anecdotes et biographie

 

Comment j’ai connu Roger Toulouse

(André Delthil)

 

Max Jacob est arrêté. Une amitié fidèle au-delà de la mort (1ère partie)

(Jean-Louis Gautreau)

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Roger Toulouse illustrateur des poètes

 

Quand le poème s’inscrit dans l’architecture des couleurs

(Juliette Darle)

 

Entretien entre Roger Toulouse et Luc Bérimont

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Poème

 

« Port »

(Roger Toulouse)


Document

 

Exposition à la galerie Six-Sicot à Lille, 1964

(Jacques Delpeyrou)

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Vie de l’association

 

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

Le site Internet. Actualités

Nos amis ont publié

Quelques réactions à la réception du « Catalogue raisonné de l’œuvre de Roger Toulouse »

Composition du bureau

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