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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 5 - (septembre 2000) pages 53 à 65
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Max Jacob (collection Abbé Morel)

   

  Max Jacob est arrêté


         Histoire d'une amitié,
      fidèle au-delà de la mort



                      (2ème partie)



par Jean-Louis Gautreau

 

 

                                                     La 1ère partie de cet article est en ligne dans les extraits de la revue n° 4.
                                                     Rappel des chapitres précédents :    
- l'arrestation ; 
                                                                                                                         - après la guerre ; 
                                                                                                                         - le renouveau.



                                                             ***


Exhumation et transfert des restes du poète


Max Jacob avait souvent exprimé son désir d'être enterré à Saint-Benoît-sur-Loire, (désir précisé dans son testament : "...être enterré religieusement, aussi humblement que possible, dans le cimetière de Saint-Benoît-sur-Loire").

Roger Toulouse raconte : "Nous nous promenions ce jour-là dans le cimetière de Saint-Benoît. Il me dit : "C'est ici que je veux reposer parce que vois-tu, tu as devant toi des fermes, des toits de tuile et des pignons de maisons. C'est ce qu'a voulu faire Picasso avec le cubisme, c'est la transformation d'un paysage en volumes équilibrés".

Ce n'est qu'après le décès de Pierre Colle (l'exécuteur testamentaire de Max Jacob), survenu le 17 avril 1948, que les amis de Max, et tout particulièrement Roger Toulouse, mettent tout en œuvre pour ramener le corps du poète près de la basilique de Saint-Benoît.

Lettre de Roger Toulouse à Mme Pierre Colle, 8 septembre 48 :
" Madame,
Certains de répondre au désir très souventes fois exprimé par notre ami Max Jacob d'être inhumé en terre de Saint-Benoît, nous vous serions reconnaissants d'appuyer de votre autorité notre demande de transfert auprès des services compétents.
Nous avons appris en effet que la durée de la concession d'Ivry était limitée à 4 ou 5 ans. Il serait donc urgent de prendre une décision.
Les circonstances de la mort de Max doivent permettre le transfert du corps aux frais de l'Etat, la nouvelle concession, au cimetière de Saint-Benoît, étant à la charge de la commune.
Nous aimerions que cette inhumation puisse avoir lieu le 5 mars prochain, 5ème anniversaire de la mort du poète.
Veuillez donc nous dire, Madame, que vous ne voyez aucun empêchement à ce témoignage de respect et de fidélité à notre ami. Et croyez, Madame, à nos sentiments respectueusement dévoués.
Pour MM. Marcel Béalu, René Guy Cadou, Dr Durand, chanoine Fleureau, Jean Follain, Jacques Jacob, Michel Manoll, Jean Rousselot, André Salmon, Roger Secrétain, Roger Toulouse."

 
L'accord de Mme Colle obtenu, Jacques Jacob (dernier survivant de la famille Jacob) signe, à son tour, tous les papiers nécessaires au transfert du corps de son frère.

Informé de la décision, René Guy Cadou ne cache pas son émotion, dans la lettre qu'il adresse à Roger, le 15 février 1949 :
"Ainsi notre cher Max va nous permettre de nous embrasser prochainement. Je n'ose croire que dans quinze jours, il dormira à l'ombre de la basilique. Cher Max. Je ne cesse de lui consacrer des articles depuis quelques jours, je les envoie aux journaux parisiens sans m'inquiéter s'ils paraîtront. Je suis soulagé."

Dans sa lettre du 17 février, Michel Manoll réagit également :
"Mon cher Roger, le vœu de notre cher Max va donc se réaliser ! Vous allez redevenir voisins et, lorsque tu ne te sentiras pas en train, tu pourras renouer le dialogue avec ton voisin éternel. Max demeure présent à notre vie."

Le compositeur Henri Sauguet décrit le spectacle auquel il assiste le 4 mars 1949 au cimetière d'Ivry :
"Je ne devais revoir Max que mort, lors de l'exhumation de sa dépouille au cimetière d'Ivry, avant la translation au cimetière de Saint-Benoît. Nous étions six ou sept, dont André Salmon et Pierre Colle. On a ouvert la tombe. Il ne restait plus rien du cercueil dans lequel Max avait été enterré d'abord. C'était une scène d'Hamlet... Un fossoyeur envoyait les ossements par-dessus la tombe et un autre les disposait au fur et à mesure dans un cercueil neuf. Pendant ce temps, on faisait brûler des feuilles mortes et il y avait du brouillard sur tout cela. A un moment, un fossoyeur s'est écrié : "Tiens, ils lui avaient cassé une jambe !" Et c'est ainsi que nous avons pu identifier Max, car il avait eu une jambe fracturée lors de son accident d'auto [le 19 août 1929, le poète revenait de Saint Malo en compagnie de Pierre Colle qui conduisait la voiture ; celle-ci s'est écrasée contre un arbre à la suite de l'éclatement d'un pneu. Dans l'accident, Max a eu le tibia et le péroné gauches cassés, et l'épaule gauche démise. Le 14 février 1930, il s'est recassé la jambe au même endroit]. J'ai reconnu Max au squelette des mains. Il avait de fort belles mains. Le squelette était semblable à celui d'une feuille, plein de délicatesse. J'ai assisté ensuite à l'inhumation à Saint-Benoît. Cela ressemblait à une gouache de Max : les drapeaux tricolores, la musique municipale, les autorités et la lumière de ce matin de mars." 



Les obsèques à Saint-Benoît-sur-Loire


Dès la mort du poète, ses amis ont commencé à se réunir chaque année à Saint-Benoît. Marguerite Toulouse se souvient :
" Max avait pris une telle place dans leur vie, ils étaient tous un peu orphelins... Quand ces jeunes poètes et Roger se retrouvaient chaque année à Saint-Benoît et qu'ils évoquaient la mort de Max, ils pleuraient tous."

 
L'idée de créer une association des amis de Max Jacob prend peu à peu forme. Finalement, il est décidé de la créer officiellement à l'occasion des obsèques. Marguerite Toulouse et Madame Mamet, collaboratrice de l'entreprise de son beau-père, se chargeront des formalités administratives : dépôt des statuts à la Préfecture, démarches diverses, courriers aux adhérents, etc.

Une lettre est envoyée aux amis désireux d'assister aux obsèques :
" Notre ami Max Jacob sera ramené à Saint-Benoît le 5 mars prochain, pour le cinquième anniversaire de sa mort. Plusieurs cérémonies marqueront cette journée :
- à 11 heures : à la basilique Saint-Benoît, service solennel, suivi de l'absoute et de l'inhumation.
- à 15 heures : cérémonie civile avec allocution et hommage littéraire.
Ces manifestations seront présidées par MM. les Ministres de l'Education Nationale et des Anciens Combattants. De nombreuses personnalités des lettres et des arts y assisteront.
Nous pensons que vous voudrez bien vous associer à ce dernier hommage rendu à notre ami regretté.             Les Amis de Max Jacob.
P.S. Si vous désirez participer à la veillée funèbre qui aura lieu en la crypte de la basilique du vendredi 4 mars à 21 heures au samedi 5 mars à 7 heures (par relève d'une heure et deux heures), veuillez prévenir : M. Roger Toulouse ou le Dr Durand.
A 13 heures, un repas réunira les Amis de Max Jacob ; veuillez vous inscrire auprès des mêmes personnes.
On pourra envisager la création d'une association : Les Amis de Max Jacob."



Le 4 mars, Roger et Marguerite Toulouse se rendent à Saint-Benoît pour attendre l'arrivée du fourgon mortuaire et veiller le corps. Le fourgon chargé de transporter les restes du poète était attendu à Saint-Benoît vers le milieu de l'après-midi du 4 mars. En fait, il n'arrive à destination que tard le soir. Ce jour-là, il fait très froid, la neige commence à tomber ; le chauffeur s'est égaré en raison du verglas et de la neige qui couvrent les routes. Dans la crypte de la basilique, où a été placé le cercueil, la veillée funèbre commence ; le Dr Szigeti lit des poèmes de Max.

Dans son numéro du 7 mars 49, un article de "La République du Centre" résume ainsi les cérémonies officielles organisées par le maire de Saint-Benoît :
"Comme il l'avait désiré, Max Jacob repose maintenant dans le cimetière de Saint-Benoît. Vendredi, après un voyage difficile en raison de la chute de neige, le fourgon amenant son corps est arrivé à Saint-Benoît vers 21 heures.
Le cercueil fut accueilli par MM. Lainé, au nom des Anciens Combattants ; Girard, maire de Saint-Benoît ; les docteurs Durand et Szigeti, ses amis. Il fut déposé dans la crypte, où la veillée funèbre fut assurée jusqu'aux cérémonies du lendemain."

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Obsèques de Max Jacob (5 mars 1949) - Basilique de Saint-Benoît-sur-Loire
Monseigneur Courcoux, évêque d'orléans, devant le catafalque de Max Jacob
(photo extraite du film réalisé ce même jour par Roger Toulouse)

Les Toulouse sont rentrés à Orléans dans la nuit. Le lendemain matin, Michel Manoll arrive chez les Texier, il raconte la suite du voyage vers Saint-Benoît :
"Je revois encore René Guy Cadou serré contre Julien Lanoë, Louis Guilloux, Roger Toulouse et moi, dans la vieille berline [de Julien Lanoë] qui nous entraînait, au milieu d’une tempête de neige, vers Saint-Benoît-sur-Loire.
Nous parlions de Dostoïevski, d’André Gide aussi, dont Julien Lanoë nous disait que, tant d’application à écrire et à tourmenter une âme qui n’en réclamait pas tant, ne forçait pas, pour cela, l’admiration qui va aux écrivains de grandes perspectives.
La poésie était présente, dans la voiture et ne cédait pas ses droits : n’allions-nous pas veiller, dans la crypte de la basilique de Saint-Benoît, le corps de Max Jacob, retour de Drancy-les-Martyrs ?
L’étape Saint-Benoît avait été précédée de l’étape Orléans, afin que certains d’entre nous pussent faire alliance avec un paysage que Poussin n’avait point pressenti, dans l’atelier de Roger Toulouse.
Cet atelier était juché, en ce temps-là, dans un belvédère, net et nu comme une boîte de magicien où miroitaient tous les reflets du fleuve, avivés par la cire basalmique vernissant les parquets.
[…]
Sur les murs, nous frappaient, de plein fouet, les toiles où les exubérances et les proliférations d’un pinceau tourmenté jouaient, en pleine lumière, le drame de ces ombres parées de feu, virevoltantes, au visage d’Erynnies, que fomente un être en proie à ses démons."


Dans le "Figaro littéraire" du 12 mars, André Billy raconte son arrivée à Saint-Benoît, le samedi 5 mars :
"Et voici Saint-Benoît, voici sa grosse tour carrée, dite de Gauzlin, voici son porche couvert, aux chapiteaux richement sculptés, devant lequel des autos venues d'Orléans ont précédé la nôtre, retardée par le verglas. L'entrée de l'église a été sobrement tendue de noir. Le service annoncé pour onze heures n'est pas encore commencé. Il faut attendre les autorités, en retard elles aussi, mais qui s'annoncent de loin par la "Marseillaise" et qui arrivent bientôt, précédées de trois drapeaux tricolores et d'une fanfare. Le délégué d'un ministre que la campagne électorale a empêché de venir en personne, un préfet, un général, un maire ceinturé de tricolore, des conseillers municipaux, cent notabilités départementales, défilent d'un pas martial et pénètrent dans le vaste et magnifique vaisseau qui, au Moyen Age, abrita les prières de tout un peuple érudit, [...]. Le délégué du ministre, le préfet, le général ont pris place au premier rang de l'assistance. Les drapeaux entourent le catafalque, [...]. Les amis de Max se sont répandus dans les stalles de bois sculpté... Mais il va en venir d'autres, ceux qui, la nuit dernière, ont couché à Orléans et qui se sont réunis autour du cercueil, dans la crypte, près de la chasse de Saint-Benoît. Max Jacob eût été si bien dans cette crypte ou contre l'abside, [...]. Le banal cimetière de village où on va enterrer Max est trop loin de l'église qu'il a tant aimée, où il a servi tant de messes [...], fait tant de Chemins de Croix, [...], étonné tant de visiteurs auxquels il servait de guide ! [...].
Le voici qui sort de la crypte pour faire une dernière fois le tour de sa chère basilique. Précédé du grand crucifix des processions, le cercueil est porté à bras par six hommes. Un drapeau tricolore le recouvre et un coussin noir y a été placé, sur lequel ressort en rouge, comme une grosse éclaboussure de sang, l'insigne de la Légion d'Honneur. Des amis le suivent, et son frère, reconnaissable à la forme de son crâne : tout à fait le crâne de Max. Le cercueil est placé à l'intérieur du catafalque [placé à la croisée du transept, il est encadré de quatre rangs de cinq cierges et surmonté d'un dais de drap noir] et la Messe des Morts commence, célébrée par M. l'abbé Fleureau, curé de Saint-Benoît, qu'assiste sous la dalmatique du diacre l'abbé Weil, d'Orléans. Tous deux furent les intimes de Max, ses confidents, ses confesseurs. Ils en savent plus long sur lui que les plus érudits biographes n'en sauront jamais. Sur le trône épiscopal, à gauche de l'autel, s'est assis l'évêque d'Orléans, Monseigneur Courcoux. Aidé de son vicaire général, ils descendent du chœur pour dire l'absoute, asperger d'eau bénite et encenser le catafalque. [...]
Au milieu du chœur, six d'entre eux [les moines du monastère] ont formé un demi-cercle ; imperceptiblement soutenus par l'orgue, [le compositeur Henri Sauguet tenait les grandes orgues et avait composé une cantate funèbre pour cette circonstance], ils chantent l'Office des Morts en chant grégorien, et c'est très beau, très étrange, très triste, très oriental, très subtilement accordé à l'architecture romane [...].
Le dernier évangile est lu. Le P. Bouley, de l'Oratoire, supérieur du Collège St-Euverte d'Orléans, s'avance en camail et surplis, pour prononcer l'éloge de Max Jacob. [...]
Les cataractes de l'orgue se répandent. Devant l'église, le service d'ordre fait de nouveau la haie et l'on se dirige en hâte vers le restaurant. Tout à l'heure, au cimetière, dans la petite tribune drapée de noir qui a été dressée devant la grille d'entrée, les orateurs laïcs auront leur tour...

Tous les témoins sont restés saisis en voyant arriver Jacques Jacob, sosie presque parfait de son frère Max. Les poètes qui avaient fréquenté Max Jacob : Marcel Béalu, René Guy Cadou, Michel Manoll, Jean Rousselot et, bien sûr, Roger et Marguerite Toulouse, suivent la cérémonie, bouleversés par les souvenirs qui surgissent à leur mémoire. L'émotion est grande : "Ils se regardaient et ils pleuraient", se rappelle Marguerite.

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Obsèques de Max Jacob (5 mars 1949) - Basilique de Saint-Benoît-sur-Loire
De gauche à droite : René Guy Cadou, Jean Rousselot, Marcel béalu, Michel Manoll
(photo extraite du film réalisé ce même jour par Roger Toulouse)

L'inhumation


Un journaliste de la "République du Centre" poursuit la narration des cérémonies :
"A 15 h 30, entouré des moines en prière, le cercueil de Max Jacob fut porté sous le "narthex" de la basilique, où l'abbé Fleureau récita les oraisons de la "levée du corps". Il fut ensuite placé dans l'humble corbillard de la commune. MM. Claude Lemaître, sénateur, président des Déportés ; l'éditeur (sic) Jean Denoël et les docteurs Szigeti et Durand vinrent prendre les cordons du poêle. Puis, précédé des délégations d'Anciens Combattants, de Déportés, d'Anciens Prisonniers, et suivi des invités officiels et de nombreux habitants de Saint-Benoît, le char funèbre prit le chemin du cimetière. Le petit cimetière de Saint-Benoît était couvert de neige. Près de la tombe fraîchement creusée, M. Girard vint apporter le dernier adieu des habitants de Saint-Benoît [...].
Le docteur Szigeti donna lecture de l'émouvant message de Jean Cassou, [...]. Puis avec M. Sauguet, il lut deux méditations de Max Jacob. L'abbé Fleureau bénit la tombe de celui qui fut son ami et son pénitent, et le corps du poète fut enseveli dans la terre du Val de Loire, où il avait voulu reposer."

Pour conserver un souvenir de cet événement exceptionnel, Roger Toulouse a emprunté ce jour-là, la petite caméra d'un voisin. Il n'a jamais utilisé un tel appareil mais il va réussir à fixer sur la pellicule, trois minutes d'images en noir et blanc, maladroitement cadrées, tremblantes, tressautantes, mais qui constituent, malgré cela ou grâce à cela, un témoignage précieux, émouvant et unique. A l'intérieur de la basilique, il filme l'évêque d'Orléans, devant le catafalque drapé de tissu noir bordé de fil d'argent, et encadré de quatre rangs de cinq candélabres surmontés de grands cierges. On assiste ensuite à la sortie du chanoine Fleureau précédé des enfants de chœur, à la procession qui accompagne Max Jacob au cimetière, et à la descente du cercueil dans la fosse. Les quatre amis poètes sont là : Cadou, Rousselot, Béalu, Manoll. Roger ne sera pas sur le film, il tient la caméra. Le maire dit son discours du haut de la tribune dressée près de la tombe de Max.
 
Il faisait un froid terrible, tous étaient frigorifiés. Pendant les discours officiels, les "copains" s'amusent des propos tenus, et "font de l'esprit" en les écoutant. Cadou, Manoll, Roger et Marguerite Toulouse sont les derniers à quitter le cimetière. A cause de Michel Manoll qui ne peut marcher vite en raison d'une hanche bloquée, le petit groupe d'amis avance lentement sur la route qui les ramène vers le village. Marguerite se souvient qu'ils furent alors doublés par le corbillard lancé au grand trot, à coups de fouet, par le cocher qui voulait sans doute réchauffer son cheval après de longs moments d'immobilité. Grimpée dans le corbillard, la bande d'enfants de chœur riait et chahutait. Ils avaient, eux aussi, besoin de se réchauffer…

De retour à Louisfert où il vit, René Guy Cadou écrit à ses amis (le 7 mars 49) :
" Cher Roger, chère Marguerite, j'ai peur de vous avoir mal remerciés hier matin, j'avais aussi le cœur bien gros de vous quitter. Vous m'avez permis de revoir Max, notre Max auquel je ne cesse de penser et que je vois vivant comme il nous voit. Nous étions ses vrais amis et c'est ainsi que nous avons été les seuls avec Michel à l'assister jusqu'à la dernière minute, jusqu'à la retombée de la dernière dalle. Je vais écrire ces prochains jours les relations de cette "cérémonie" qui m'arrache des larmes si j'y repense." [...]

Tout le groupe des jeunes amis poètes perçoit bien le côté paradoxal, un peu "surréaliste", de cette journée : toutes ces cérémonies officielles, pompeuses, grandiloquentes, pour rendre hommage à un homme, leur ami, qui était la simplicité, la fantaisie incarnées, et pour qui les honneurs officiels étaient sujets de dérision, leur paraissent sans doute en "décalage"… 

J'ai retrouvé dans les archives de Marguerite Toulouse, un article intitulé "Chronique de France", paru le 11 mars. L'auteur, dont nous n'avons pas conservé le nom, relate sur un ton léger, parfois un peu ironique, les cérémonies du 5 mars ; mais à chaque mot on sent l'émotion affleurer :
 
"C'est encore par une rubrique "mortuaire" que je commencerai cette chronique : le samedi cinq mars, Max Jacob, provisoirement inhumé dans le "carré des fusillés" [inexact], à Ivry, a été, selon son vœu, couché dans le sable de Loire, à une volée d'angélus de la basilique où il avait tant prié. Le conseil municipal de Saint-Benoît-sur-Loire au grand complet (il avait refusé, quelques jours plus tôt, que le poète fut enterré au pied même de la basilique...), les pompiers, l'harmonie municipale, le préfet, les personnalités d'usage - il y avait même un général ! - s'étaient réunis sur la petite place aux tilleuls ronds que le bon Max aimait tant. Il faisait un temps glacial, bien que le soleil donnât sur les cuivres de l'orphéon et les galons des officiels, et la minute de silence valut à quelques-uns d'entre nous des rhumes sévères, voire, pour le peintre Roger Toulouse, des "manifestations méningées". Ces "manifestations méningées", Max en eût bien ri ; il les eût peut-être mises dans un poème, un poème, au fait, que je vais tenter d'écrire à sa manière :
On pria le forgeron de laisser son enclume en repos pour qu'on pût jouer la Marseillaise ; il faisait si froid que bien des cœurs gelèrent ; "Pour un poète ! Pour un poète !" disait la girouette. "A vos souhaits" dit le général au préfet. Le soir il y eut des manifestations méningées.
On fit donc le tour de la place, drapeaux déployés ; quel douanier Rousseau nous donnera jamais ce parfait pendant à la "Noce" ? Je crois que Max eût su le faire et j'y pensai, juste sous sa fenêtre j'y pensai si fort que je levai la tête, m'attendant presque à voir mon ami accouru au balcon, un tube de gouache à la main et, à la bouche, une de ses informes cigarettes roussies, noirâtres, dont la cendre tombait toujours au hasard, dans son gilet, dans son encrier, dans la corbeille (une fois, il faillit faire flamber le presbytère)...
                              

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Je ne raconterai pas les cérémonies : elles furent ce que sont toutes les cérémonies : ratées. Ratées, parce qu'on lut des discours tout préparés, parce qu'on sculpta dans l'air glacé une statue en pied de Max Jacob, peinte aux couleurs de Saint-Sulpice, parce que les vieux compagnons de la butte n'étaient point là : Carco, Dorgelès, Picasso - pour cause de verglas - parce qu'il faisait froid, parce qu'on était pressé...

"Il fallut recommencer l'enterrement, parce qu'on s'était trompé de jour", a écrit quelque part Max Jacob. La mort, en effet, s'était trompée, cher Max, plus exactement, "on" l'avait trompée, trompée de cinq ans. Qui "on" ? Le nom de tes bourreaux est sur toutes les bouches et nous n'aurons jamais assez de mots pour les flétrir, pour flétrir le Fascisme assassin. "Que Dieu vous pardonne, Monsieur, et serrez-moi la main" dis-tu un jour à un voisin de table qui vitupérait les juifs. Nous voudrions pardonner, nous aussi. Le pourrons-nous jamais ?


Picasso : Max Jacob, lauré - (1928)
Musée des Beaux-Arts d'Orléans


L’auteur, resté anonyme, de ce texte, fait allusion à des «manifestations méningées de Roger Toulouse ». Ce n’est que récemment que j’ai réussi à comprendre le sens de cette expression, en reconstituant la succession des événements, avec l’aide de Marguerite Toulouse. Robert Morel avait contacté Roger pour lui proposer de participer à une exposition d’ « art sacré » qui devait se tenir à la galerie Comte à Grenoble. Dans sa lettre du 10 mars 1949, Roger envisage de présenter : "...2 figures de saints. Peut-être un saint Laurent, peut-être un saint Pierre." Mais il n’a encore rien fait à cette date. .. Un long silence succède à cette lettre. Que s’est-il passé ? … Cela a commencé, semble-t-il, par un abcès dentaire non soigné. Peut-être l’émotion des obsèques et le froid terrible supporté ce jour-là, ont-ils joué un rôle dans le fait que l’infection se soit développée rapidement. Le lendemain (?), ou en tout cas peu de temps après le 5 mars, Roger ressent une raideur dans la nuque. Appelé d’urgence, le médecin, diagnostique un début de méningite. Il envoie M. Texier chercher de la pénicilline et pratique une injection. « Une heure de plus et je ne pouvais rien faire », déclare-t-il. Roger, très secoué, reste affaibli pendant plus d’un mois. Excessivement sensible au bruit et à la lumière, il ne supporte plus rien.

Quand il reprend contact, le 29 avril, avec Robert Morel qui s’inquiétait sans doute de ne pas recevoir les deux tableaux promis, il lui écrit : "Mon silence ! Un mois et plus alité. Le lendemain du 5 mars. Une méningite… pendant un mois sur la brèche…" Il se rend compte, qu’il a pris beaucoup de retard sur son projet et il est obligé de revenir sur sa promesse : "J’ai ici un saint Sébastien, peinture. Je le mets à la poste." Cette dernière phrase laisse supposer qu’il a participé à cette exposition en ne présentant qu’une seule peinture ; mais une autre énigme surgit, car ce "saint Sébastien", s’il existe vraiment, n’est ni localisé, ni même connu ! Cependant, Marguerite Toulouse pense qu’il aurait peut-être été inspiré par un saint Sébastien ancien, en pierre polychrome, acheté à Marcel Béalu, alors qu’il était antiquaire à Fontainebleau. Quant au « Saint Pierre », Roger l’a sans doute peint quelques temps plus tard. Il n’a jamais peint de « Saint Laurent ».

 

C'est probablement à cette époque que Pierre-André Benoît édite un texte de Roger Toulouse intitulé, "du 24 février au 5 mars 1944", dans lequel il évoque l'arrestation de son ami :
 
" Tout le monde avait mal aux dents - on parlait de dents cassées, de mouchoirs sur les oreilles - on brûlait ses dents cariées... et puis vint une lettre un matin de février.
-"Arrive jeudi, je t'attends ici, il y a un médecin ami, nous passerons une bonne journée ensemble. Max."
Une race pleurait dans les ruines, dans le pain gris souffrait, mais son étoile de juillet chauffait les mains percées.
Ce matin de "bonne journée" vinrent les hommes de cuivre décomposé dans une voiture sentant la mort souillée ; un coup de sonnette trancha une conversation dans la chambre-atelier, des gouaches au mur, d'autres en tuyaux, près du missel des mégots ; Max à la fenêtre, la tête tournée : "Je vais t'ouvrir, Roger". Il ouvrit aux forcenés congestionnés.
Tout le monde avait mal aux dents, on parlait de dents enlevées.
Des mains sacrées apportèrent pain et fromage, une couverture et du papier.
La voiture au complet roula jusqu'à la porte gardée.
A sa cigarette rouge, les jours de dîners, Max en parlant se brûlait les doigts. Maintenant le calvaire qu'il souhaitait était là, il fallait être grand dans la fumée.
Il s'allongea dans le vent, donna sa couverture, partagea son capuchon, réchauffa la main du moribond au sang coagulé.
On dit que le 5 mars, dans le matin, un ruban d'organdi rose se déroula dans le ciel du Drancy ; qu'une voix sacrée appela Max du haut des nuées : "Tu as racheté tous tes péchés, tu seras à ma droite où fleurit le Grand Rosier sans épines, tes vers seront, avec ceux d'Apollinaire, récités aux nouveaux élus, tes gouaches couvriront les murs bleus de notre Grand Verger."

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Saint Pierre - 1953
Huile sur isorel - 0,81 x 0,65 m
Musée des Beaux-Arts d'Orléans

Roger a joué un rôle essentiel dans la création et la vie de l'association. Marguerite Toulouse se rappelle :
"Roger a été secrétaire de l'association pendant quarante ans ! Pour lui le temps était important, il le consacrait entièrement à sa peinture ; mais il n'a jamais ménagé sa peine, ni son temps, pour s'occuper de l'œuvre et de la mémoire de Max. Il était toujours prêt à parler de Max, à intervenir dans une conférence, à collaborer à une revue consacrée à Max".

Dans une lettre à René Guy Cadou, datée du 8 décembre 49, Roger évoque les débuts de l'association et sa première initiative importante : l'achat et la mise en place d'une pierre tombale.
" Mon cher René.
Nous mettons sur pied "l'association des amis de Max". Je dépose les statuts à la préfecture
[…] maintenant il faut faire vite. Nous comptons nous réunir le 5 mars à Saint-Benoît. Tu seras là, mais nous voulons que les amis, tu es sûrement de mon avis, nous voulons de l'argent pour faire tailler une pierre tombale, avec une inscription très simple, et c'est tout, mais une pierre solide... "

Dans sa lettre à M. Béalu, du 28 janvier 50, il est préoccupé par le financement de la pierre tombale :
"J'ai remis ton chèque de mille francs au trésorier. Nous avons déjà 20000 F, c'est le début, la pierre tombale valant 65000, je crois que nous aurons au moins cette somme, car le caveau, 12000, n'est pas réglé !"

- Article paru dans "L'Aube", 22 février 5O :
"...La préoccupation la plus urgente des "Amis de Max Jacob" est d'assurer une sépulture décente à l'ermite de Saint-Benoît et le temps est court pour que ce projet soit réalisé le 5 mars prochain qui sera célébré intimement sur sa tombe (il n'y a encore sur celle-ci qu'une simple croix de bois)."
 
René Guy Cadou était très attendu pour la commémoration du 5 mars 50, malheureusement, en raison des progrès de sa maladie, il ne pourra pas faire le pèlerinage à Saint-Benoît.
Lettre de Cadou à Roger Toulouse, 5 mars 50 :
" Mon cher Roger. Tu dois savoir maintenant, par Michel [Manoll], les raisons de notre défection en ce jour du 5 mars. Je ne m'en console pas et pourtant impossible de faire autrement. J'ai commencé hier un traitement radiothérapique (20 jours consécutifs de rayons) afin qu'on puisse m'opérer à nouveau. Mais je pense à vous en ce moment (il est 11h) dans la basilique. Dans le dernier n° de la Gazette des Lettres il y a un papier de moi sur Max. J'y parle de toi... "

La revue "Arts" du 10 mars 50, rend compte de la première assemblée générale :
"Tombeau de Max Jacob.
Un an après le 5 mars 49 où les restes de Max Jacob furent inhumés à Saint-Benoît-sur-Loire, les Amis de Max Jacob se sont réunis en assemblée générale qui pélerina au soleil, de la basilique au cimetière, devant la dalle qui scelle à nos regards la mémoire du charmant Max."


Les membres de l'association publient leur déclaration d'intention :
 
"Cinq ans après sa mort, Max Jacob reposait encore au cimetière d'Ivry dans une tombe provisoire. La fidélité à son amitié et à ses dernières volontés exigeait qu'on lui donnât une sépulture convenable à Saint-benoît. Ce devoir ne pouvait être rempli par la générosité d'un seul. Plusieurs de ses amis firent société pour régler des notes. A leur appel, des admirateurs et d'autres amis répondirent par des cotisations.
Le 5 mars 1949, le jour même où la Basilique de Saint-Benoît, puis son cimetière, reçurent le corps de Max Jacob, au cours d'une réunion qui suivit les cérémonies, on posa les bases d'une association.
Le 5 mars 1950, après la bénédiction du tombeau définitif, la première assemblée réunie à Saint-benoît approuvait les statuts qui donnaient vie légale à l'Association des Amis de Max Jacob.
Les amis de Max Jacob entendent contribuer à entretenir le souvenir du poète et veiller à ce que son œuvre soit mieux connue et comprise.
 
Ils se proposent notamment :
- d'apporter quelques aménagements nouveaux au tombeau de Max Jacob ;
- de faire célébrer chaque année plusieurs messes pour le repos de son âme ;
- d'organiser un pèlerinage annuel au cimetière de Saint-Benoît-sur-Loire aux environs du 5 mars ;
- de favoriser la publication de certaines œuvres inédites ;
- de réunir les objets, lettres, manuscrits, gouaches et souvenirs de Max Jacob, susceptibles d'être ultérieurement confiés à un musée ;
- de publier chaque année pour le 5 mars un Cahier Max Jacob ;
- de créer un prix de poésie Max Jacob."

Composition du comité d'honneur de l'association :
Président : M. Pablo Picasso.
Membres : S. Exc. Mgr Courcoux, Evêque d'Orléans ; M. Paul Claudel, de l'Académie Française ; Mme Carmen Baron ; MM. Jean Cassou, Jean Cocteau, chanoine Albert Fleureau, Jean Follain, Louis Guilloux, Jacques Jacob, Julien Lanoë, Abbé Maurice Morel, André Salmon, Jean Paulhan, Henri Sauguet.
Composition du conseil d'administration :
Président : Jean Denoël.
Vice-Président : Docteur Robert Szigeti
Chanoine Frédéric Weill
Secrétaire : Docteur Georges Durand
Secrétaire Adjoint : Roger Toulouse
Trésorier : Henri Dion
Membres : MM. Marcel Béalu, René Guy Cadou, abbé Garnier, Michel Manoll, Jean Rousselot, Roger Secrétain. 

Dans une lettre d'octobre (?) 1950, adressée à René Guy Cadou, Roger évoque encore le souvenir de l'ami disparu :
"... Je suis allé sur la tombe du cher Max Jacob, mercredi, déposer quelques fleurs. [...] Nous sommes près de lui. La vie est affreusement dure, c'est une lutte monstrueuse."

Le premier Cahier de Max Jacob du 5 mars 51, publie le texte, jusqu'ici introuvable, de " l'Histoire du Roi Kaboul Ier et du Marmiton Gauwain".

Le "Prix Max Jacob 1951" a été attribué à Louis Guillaume pour son recueil de poèmes "Noir comme la Mer."

La publication de ce premier "cahier" a sans doute été attristée par une nouvelle absence de René Guy Cadou. Lettre à Roger, du 2 mars 51 :
" Mon vieux Roger.
Hélas je ne serai pas des vôtres dimanche à Saint-Benoît mais ma pensée fera pèlerinage avec vous ; de la basilique au bistrot Leclercq (sic) en passant par le tombeau de Max. Je prierai avec vous. Je commence à m'alimenter un peu, poisson et Savoie ; la fièvre baisse mais je suis absolument sans forces et écrire cette simple lettre me fatigue..."


Le 21 mars suivant, René Guy Cadou s'éteignait à 31 ans. La terrible nouvelle bouleversa le petit groupe d'amis, et tout particulièrement Roger, pour qui la mort de cet ami proche fut ressentie aussi douloureusement que celle de Max Jacob.
"... Et sur Roger Toulouse se met à souffler le grand vent de détresse qui le portera meurtri, déchiré, frappé pour la seconde fois dans le domaine de l'amitié par la mort de René Guy Cadou, jusqu'en 1953."

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Un long deuil

Lanciné par le souvenir de Max, Roger peint, en 1953, un étrange portrait aux yeux vides, immédiatement perçu par son entourage comme une évocation posthume du poète, ombre fantomatique surgie de l'au-delà. Son titre, "Le poète pénitent", ôte tout doute à ce sujet ; l'autre titre attribué au tableau, "Hors du monde", vient préciser le sens de cette œuvre.
[Le 1er mai 1939, Max Jacob écrivait à Edmond Jabès : « Je suis hors du monde. Je ne puis que subir le martyre ».]
A gauche du visage, un cierge brûle, comme auprès d'un ex-voto, pour l'éternité.
[Il s'agit peut-être d'une évocation du témoignage du médecin qui assista aux derniers instants de Max Jacob à Drancy, et qui a dit : "Il s'est laissé éteindre comme une chandelle".]

Retiré à Orléans, Roger va se consacrer à son œuvre et renoncer à perdre du temps à fréquenter les milieux d'art parisiens pour se faire connaître. Les lettres qu’il adresse à Pierre Garnier, révèlent son état d'esprit tourmenté et l'influence de Max Jacob :

- 16 décembre 1955 : "... J'espère que tu travailles, notre seul salut est dans le TRAVAIL..."
- 30 décembre 1955 : "Je ne bouge pas de la maison et je vois que les vernissages se succèdent les uns après les autres... Quelle blague, pourquoi toute cette agitation pour rien. Il faut travailler dans le calme, la croyance et la simplicité. Le reste est une histoire pour snob et commerçant, ce qui ne m'intéresse pas le moins du monde. Je ne connais même plus les félicitations. Je ne veux même pas d'encouragements. Je crois que tu me comprends puisque toi tu regardes de loin ce cirque mondain. On brûle tout à vingt ans comme le Cocteau et à 60 on se fiche sur le dos un habit vert. [...] Comme j'ai admiré la force de Max Jacob, d'un Cadou, d'un Utrillo...

[Dans "Conseils à un jeune poète", Max Jacob écrivait : "Je vous recommande dix ans d'égoïsme, d'indépendance folle, de raideur énorme". Et encore : "Souvenez-vous à jamais de cette parole : "Au début de toute carrière, il y a un miracle de travail. Et travail veut dire solitude".]

En décembre 1955, dans un texte intitulé "Sa voix", publié dans la revue de poésie "iô", Roger donne la parole à Max Jacob qui nous raconte quelques événements de sa vie ; ce texte est un nouvel hommage à son ami :
 
- Onze années passées loin de vous, je vous regarde mes amis, hélas, ma voix ne redresse plus vos torts.
Je ne peux plus attiser l'amitié qui nous unissait alors, mais je prie chaque jour pour vous tous.
- Je vous avais dit de rire le jour de mon enterrement, de boire également ; j'ai vu là les meilleurs - Louis Guilloux, Marcel Béalu, Jean Rousselot, Michel Manoll, André Salmon - de cette journée nous en parlons avec René Guy Cadou ; oui, lui me parle de la sienne dans son cimetière nantais. Rappelez-vous, je suis resté sur le bas-côté de la route, tremblant dans un camion militaire - les amis attendaient mon squelette, le docteur Durand les fit patienter autour d'une bonne table... le moteur redémarra et mon corps revit Saint-Benoît-sur-Loire - on le disposa perpendiculairement au minuscule autel de la crypte ; je me souviens, le docteur Szigeti caressa mon enveloppe de chêne verni. J'appréciais l'amitié et je connais mieux maintenant les amis, car j'ai eu tout au long de ma vie terrestre un serpentin d'amitiés.
- Je riais, je m'amusais, je tournais en vrille - j'en avais besoin. Lorsque j'étais devant ma feuille je pleurais longuement, je mélangeais mon sang à l'encre d'un poème, mes larmes à la gouache d'un paysage ; certains ne me prenaient pas au sérieux ! Comme je suis heureux de voir maintenant Robert Kemp me découvrir, découvrir ma gravité ; non je ne suis pas solennel, j'étais sérieux.
J'ai labouré profondément, j'ai donné beaucoup, j'ai beaucoup souffert et je souffrais de ne pouvoir me retirer de la "Joyeuse Soirée".
Je pense à Paul Poiret, à Van Dongen, au restaurant Azon, face à ma maison rue Ravignan, aux Comtesses... à mes débuts dans ce magasin de nouveautés "Paris-France" ; c'est à cette époque que j'ai rencontré Pablo Picasso - il n'était pourtant qu'à sa période Lautrec - mais un jour sombre ne peut s'estomper dans ma mémoire, un Noël 1939 à Saint-Benoît-sur-Loire - Picasso passa par-là et ne poussa pas ma porte.
Chez Azon j'ai connu Amedeo Modigliani, déclamant la Divine Comédie - il dessinait seulement mais dessinait sans cesse. Je lui dis de "remplir" ses dessins de couleur, bientôt il reporta sur la toile sa gracieuse ligne florentine. Le résultat fut surprenant - Paul Guillaume, le grand mécène, acheta ses premières œuvres ; peu de temps après il ne me tendit plus la main, c'est ce jour-là que je me jetais sur lui pour l'étrangler...
- Je n'étais pas méchant, mes paroles n'étaient pas l'acide qui corrode le cuivre, non, elles n'étaient que simple jugement : je peux dire encore, Vlaminck peint un tableau comme une femme de ménage brosse un parquet, que Rouault n'a pas le droit de faire une gueule de voyou à N.-S. Jésus-Christ... Je pense encore... comme je pense à la grandeur de Pablo Picasso qui a la grâce de Dieu, de Roger de la Fresnaye, du douanier Rousseau, de Modigliani et plus près de vous de Francis Gruber et je répète encore, si Guillaume Apollinaire était encore parmi vous, il serait académicien - il le serait.
Je vois encore Maurice Utrillo lançant des pavés dans les vitrines d'un magasin de mode et l'admirable Suzanne Valadon arrangeant l'affaire au commissariat de police.
- On disait Jacob l'excentrique... il est un peu fou... Je réponds : jamais une minute de repos à la spiritualité, jamais une minute inutile, seulement la force et la grandeur de la minute. La gaîté a ses règles, ses mesures, ses lois, on a oublié la qualité et les vertus du Rire.
- Le Rire est comme la clef, il ouvre les portes et lorsqu'il y avait ouverture, je pouvais travailler... alors pourquoi m'en vouloir. Je l'ai toujours dit aux jeunes poètes, aux peintres, seule l'imagination compte, il faut Inventer.
- On peut très bien se convertir, aller à la messe le matin et faire un excellent repas le soir, puisque le pardon existe on peut donc pécher... J'entends encore la concierge de la rue Ravignan dire en levant son rideau sale : "Jacob, la messe le matin, la bombe le soir" et pourquoi pas.
Je dirais encore que Fernand Léger est le peintre qui a inventé les pompes à essence sur le bord des routes - oui, c'est là la vérité et on peut le dire en riant également ! Je ne vous parlerai pas du Lapin à Gill, de Frédé, de Fernande Olivier, et de Marie Laurencin, d'André Derain et pourtant je vois souvent ce peintre, c'est lui qui connaît encore le mieux le mécanisme d'un tableau, aussi bien celui d'un Frans Hals que d'un Mantegna.
- J'ai préféré mon unique repas quotidien - les ressources de ma pension accident - le chemin de croix de la basilique, M. le curé de Saint-Benoît-sur-Loire, aux vapeurs d'éther ; mais dites bien que Matisse lorsque nous étions jeunes était un monsieur arrivé, on ne le voyait que de très loin, je veux dire que nous en étions au cubisme ; je le voyais souvent chez les Stein mais je m'occupais des souscriptions de "La Côte", elles arrivaient difficilement... je pensais déjà au "Cornet à Dés", au "Laboratoire central" et à "la Défense de Tartuffe" de qui André Gide se plaisait à dire que c'était le meilleur livre des années d'après guerre.
- Je dois avouer que je recevais beaucoup de lettres, que j'y répondais toujours. Vers 1907, je m'occupais de chiromancie, d'astrologie, plus tard, je poussais plus loin mes études du zodiaque. Je conservais les lettres des personnes dont je connaissais la date de naissance. Je les classais dans douze dossiers - c'était là le vocabulaire humain - et je pus constater que chacun des mots que nous employons révèle notre caractère.
Je mis dans la bouche d'un personnage les mots (que) les mots du dossier qui lui appartenait... ce fut un énorme travail qui donna "Cinématoma" ; à la parution de ce livre qui situe scrupuleusement ses personnages on clama que j'avais un don de mimétisme, de singe et d'acteur ! Cette opinion absurde entre autre mépris a été la cause de ma retraite à Saint-Benoît-sur-Loire.
Je puis dire encore : les hommes qui rient sont des hommes sérieux.
                                                                                                  Roger TOULOUSE.

Du 17 mars au 20 avril 1964, afin de célébrer le 20ème anniversaire de la mort de Max Jacob, le musée des Beaux-Arts, sur l'initiative de son conservateur, Mademoiselle Fradiss, et la bibliothèque municipale d'Orléans, organisent une très importante exposition conjointe. Dans le catalogue des œuvres exposées, 230 numéros sont réservés au musée. Quant à la bibliothèque, elle présente plus de 460 documents différents ! Cela constitue le plus important ensemble d'œuvres et de documents jamais rassemblés autour de Max Jacob. Au musée, une salle est consacrée aux portraits de ses amis dessinés par Max Jacob : Apollinaire, Picasso, Alfred Jarry, Man Ray... Figurent également les portraits de Max Jacob par Picasso, Cocteau, Jacques-Emile Blanche, Roger Toulouse, Pierre de Belay, Christopher Wood, Edouard Dermit. Les peintures, gouaches, dessins, etc., de Max Jacob, sont enrichis par un ensemble d'œuvres réalisées par d'autres artistes, amis du poète : des œuvres de Picasso, Marie Laurencin, Derain, Lascaux... Il y a aussi des dessins dédicacés à Jean Follain, René Laporte, René Guy Cadou, Roger Toulouse. Son portrait, peint par Roger Toulouse en 42, est présent, mais il s'agit cette fois de la version achetée par Monsieur Georges Prade, et non pas celle du musée de Quimper.

Des conférences, projections de films, récitations de poèmes, sont prévues au musée d'Orléans.
 

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Max Jacob : Procession en Bretagne (gouache)


Après cette exposition, quelques œuvres de Max Jacob et divers documents seront présentés en permanence au musée des Beaux-Arts. Cependant, il faudra attendre le dimanche 19 mars 1967 pour qu'une salle consacrée au poète soit inaugurée officiellement, en présence de M. Roger Secrétain, maire de la ville, de M. André Billy, de l'Académie Goncourt, etc. Une cinquantaine d'œuvres sont présentées, parmi lesquelles des dons récents de Jean Denoël (président de l'association des amis de Max Jacob) et de Roger Toulouse.
 
En 1966, Roger Toulouse s'attaque à un nouveau projet : faire placer une plaque commémorative dans la basilique de Saint-Benoît. Comme toujours dans ces cas là, Marguerite Toulouse assure le secrétariat. Elle fait les démarches, tape les lettres adressées à l'évêché et aux monuments historiques. Après une première réponse favorable, dans une lettre datée du 1er mars, M. Boitel, architecte des bâtiments de France, au nom du Ministère d'Etat aux affaires culturelles, confirme l’autorisation à Roger Toulouse :


" Monsieur le Secrétaire,
Je viens de recevoir confirmation de la communication qui m'avait été faite, aux termes de laquelle Monsieur le Directeur de l'Architecture donne un accord de principe au projet de gravure sur une dalle de la chapelle du Saint Sacrement de la Basilique de Saint-Benoît-sur-Loire de l'inscription perpétuant le souvenir du poète Max Jacob."
[...]
Sur le sol de la première chapelle greffée sur le bras nord du transept, on peut désormais lire l'inscription suivante : "Ici priait le poète Max Jacob 1921-1944. Magnificat."

Quelques années plus tard, un disque de bronze montrant Max Jacob de profil (agrandissement de la médaille réalisée par le sculpteur Iché pour l'Hôtel de la Monnaie), fut placé sur sa tombe.
En octobre 1976, Madame Françoise Giroud, ministre de la Culture, inaugure une plaque au 7, rue Ravignan, de la commune de Montmartre. La République du Centre en rend compte : "Une plaque gravée, avec un médaillon du visage du poète, dû à Roger Toulouse, figure maintenant au niveau du premier étage, au-dessus de l'enseigne, en grosses lettres, d'un magasin de "comestibles", ce qui eût excité l'humour de l'incomparable humoriste".

En 1976, , paraît un numéro spécial de la revue "Créer", consacré à Max Jacob, pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance ; la conception est réalisée en grande partie par Claude Morgan et Roger Toulouse.

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Max Jacob au ciel - 1943 (0,21 x 0,15 m)
dessin à la plume et encre noire, gouache et aquarelle sur papier
bibliothèque municipale d'Orléans (en dépôt au musée des Beaux-Arts)

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 En 1982, les nouveaux locaux du musée des Beaux-Arts d’Orléans sont inaugurés. De grands espaces permettent de bien mettre en valeur les importantes collections municipales, une salle est prévue pour les expositions temporaires. C’est sans doute en découvrant les possibilités offertes par le nouveau musée qu’une idée a commencé à cheminer dans l’esprit de Marguerite Toulouse : pourquoi ne ferait-on pas, à Orléans, une exposition sur le thème « Max Jacob et ses peintres », dans l’esprit de celle organisée en 1938, par la galerie de Beaune, autour d’Apollinaire ? Elle en parle à Roger, tous deux travaillent à l’élaboration d’un premier projet : ils établissent la liste de tous les artistes ayant été en relation, épistolaire ou autre, avec Max Jacob, et que ce dernier avait encouragés. Ils soumettent le projet au Conservateur de l’époque, Monsieur Ojalvo. Celui-ci trouve le projet intéressant.


Pourtant, les difficultés de financement, de rassemblement des œuvres et d’assurance, paraissent insurmontables, et le projet dort dans un tiroir pendant quelques années.

En 1989, les responsables de la société I.B.M. France demandent à rencontrer Monsieur Ojalvo ; ils souhaitent monter une exposition de prestige dans les nouveaux locaux du musée, mais sur quel thème ? M. Ojalvo sort le dossier déposé par Roger et Marguerite, qui est immédiatement accepté. L’exposition s’intitulera : « Max Jacob et les peintres de son temps », elle sera visible du Ier juin au 30 septembre. Ce sera la plus importante exposition d’art moderne jamais vue à Orléans. Seront présents sur les cimaises ou dans la salle : Arp, Beaudin, Pierre de Belay, Jacques-Emile Blanche, Braque, Cocteau, Derain, Van Dongen, Dubuffet, Dufy, Fenosa, Freundlich, Othon Friez, Gargallo, Gleizes, Julio Gonzalès, Juan Gris, Hayden, Herbin, Kisling, Marie Laurencin, Henri Laurens, Fernand Léger, André Lhote, Marcoussis, Marevna, Masson, Matisse, Metzinger, Modigliani, Jean Oberlé, Francis Picabia, Picasso, Rimbert, Henri Rousseau, Survage, J. de Togorès, Utrillo, Jacques Villon, Vlaminck, Christopher Wood, Ossip Zadkine, Max Jacob, et bien sûr, … Roger Toulouse.


Depuis 1942, Max Jacob, afin de gagner un peu d'argent, dédicaçait et illustrait des éditions rares de ses livres, que ses amis, Paul Eluard et Mony de Boully (alias Claude Pascal), lui adressaient. Le paiement se faisait parfois "en nature" : Marguerite Toulouse se souvient de la fureur de Max Jacob à la suite d'une visite d'Eluard ; ce dernier lui avait offert, en paiement du travail habituel, une belle écharpe de soie blanche... Max Jacob n'avait naturellement nul besoin de cette écharpe ; il eut préféré un peu d'argent pour survivre.

Lettre de Max Jacob à Roger Toulouse, vendredi 16 septembre 42 :
"...Claude Pascal m'a envoyé un tas de livres de moi à décorer avec des recommandations infinies, et un travail formidable à faire. Je lui propose un dessin et un poème par volume."

Sur la page de titre du "Filibuth ou La montre en or", (Edition de la Nouvelle Revue Française, 1923) que son ami lui avait apporté, Max Jacob a écrit la dédicace suivante : "Au cher Mony de Boully. Max Jacob. octobre 42".

C'est probablement Max qui a proposé à Roger Toulouse d'illustrer l'ouvrage. Dans sa lettre datée du 24 mars 43, il lui écrit : "Ca me fait plaisir que tu illustres Filibuth et ça se saura."

Pour cette commande, Roger Toulouse réalise cinq dessins à l'encre et trois dessins à l'encre gouachés. Deux dessins sont datés ; l'un des deux est de mars 1943. Quand ses illustrations sont terminées, Roger envoie le livre à "Claude Pascal", accompagné de la lettre suivante (aujourd'hui insérée dans le livre déposé au musée d'Orléans) :
"Mon cher ami,
En même temps que ce mot, je mets à la poste "Filibuth". Il y a dedans un dessin qui me plaît beaucoup, c'est "Max au ciel".
J'ai fait aussi la première page. Il y a des dessins que j'ai laissés sans couleurs, j'ai trouvé cela mieux. Pour moi Filibuth est un musée, maintenant. J'espère que pour toi aussi."

Le dessin gouaché placé à la fin du livre est donc un portrait de Max Jacob, très inspiré du célèbre portrait peint en février 1942 (musée de Quimper) ; il l'a intitulé : "Max Jacob au ciel"...

Dessin prémonitoire ? ...

Un an plus tard, le 5 mars 44 ...



De nombreux dons

Il est utile de rappeler, pour conclure, l'importance et la qualité des dons de Roger et Marguerite Toulouse, qui ont enrichi le fonds Max Jacob du musée des Beaux-Arts et de la médiathèque d'Orléans :

  • 6 février 1967

7 dessins de Max Jacob sont offerts au musée des Beaux-Arts : 

- Autoportrait cubiste (crayon graphite) - 1942.
- Le coup de lance (dessin à l'encre) - 1937.
- Le château dans la verdure (2 dessins cubistes : crayons de couleurs, encre et gouache) - 1942.
- Le petit paysan (dessin à l'encre) - 1939.
- Portrait de Roger Toulouse (dessin au crayon) - 1942.
- Le roi David dansant devant l'arche (dessin à l'encre) - 1929.

  • 5 mars 1973 

Roger et Marguerite Toulouse remettent à la bibliothèque municipale le fonds de l'abbé Legrain. L'abbé leur avait donné l'ensemble de sa collection. Le fonds comporte :

- 4 cartes postales de Max Jacob à l'abbé Legrain.
- 3 croquis. 
- 2 poèmes.
- 1 autoportrait de 1942.
- 21 lettres de Max Jacob à l'abbé.
 

  • 20 octobre 1991

Roger Toulouse remet à la bibliothèque municipale l'exemplaire dédicacé du "Cornet à dés" offert à l'occasion de son mariage.

Il complète ce don par : 
- 21 livres de Max Jacob, éditions originales dédicacées parfois accompagnées de dessins originaux.
- 98 lettres de Max Jacob, datées de 1937 à 1944.
- le manuscrit original de : "Ce que c'est qu'un "homme nouveau" -  (1937).
- les lettres de Max Jacob précédées de "méditations" et de lettres adressées aux Texier
  (parents de Marguerite Toulouse).
- une série d'affiches concernant des expositions consacrées à Max Jacob.
- la lettre du Docteur Buesche annonçant la probable libération de Max Jacob (4 mars 44).

  • 16 février 1994

 Don au musée des Beaux-Arts des épreuves, annotées par Max Jacob, de l'ouvrage de Christian Zervos ; " Pablo Picasso ", volumes 1 et 2, édition des Cahiers d'Art, 1942.

 

  • 23 avril 1999

Marguerite Toulouse fait don au musée des Beaux-Arts de quatre dessins de Max Jacob :

- Portrait de Marie-Madeleine Texier, 18 janvier 1942, crayon noir.
- Portrait de Marguerite Toulouse, 1942, crayon noir.
- Portrait de Roger Toulouse
, août 1937, encre noire.
- Projet de plafond, février 1942, gouache (travaillée au 42, quai St Laurent).

 

Sommaire Revue N° 5

 

    Septembre 2000

 Editorial lire l'article

Hommages

 

Hommage à Jean Bouhier, ami fraternel de Roger Toulouse

(Jean Rousselot)

 

Gaston Diehl, un critique dans la tourmente

(Jean-Jacques Lévêque)

lire l'article 


Etudes de l’œuvre

 

« Le Port »

(Francis Edeline)

 

La Machine zoomorphe

(Ilse Garnier)

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Roger Toulouse, peintre sans frontières ?

(Abel Moittié)

 

Roger Toulouse, l’œuvre extrême

(Pierre Garnier)

 

Notes complémentaires sur l’utilisation du noir de fumée par Roger Toulouse

(Jean-Louis Gautreau)

 

Autour du portrait de Guillaume Apollinaire

(Jean-Louis Gautreau)

 

Anecdotes et éléments biographiques

 

1937. Un texte fondateur signé Max Jacob : ce que c’est qu’un « homme nouveau »

(Jean-Louis Gautreau)

lire l'article

 

Max Jacob est arrêté. Une amitié fidèle au-delà de la mort (2ème partie)

(Jean-Louis Gautreau)

lire l'article 


Document

 

Juin 1942. Vlaminck publie un article contre Picasso. Un groupe d’artistes réagit

 

Index

 

Index des textes des quatre premiers n° de la revue

(Maryvonne Mavroukakis)

 

Vie de l’association

 

Don de Marguerite Toulouse au musée des Beaux-Arts d’Orléans (23 avril 1999 - 1ère partie : dessins de Max Jacob et de Roger Toulouse)

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

Nos amis ont publié

Les ouvrages disponibles

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