Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue N° 5 - septembre 2000 (pages 17 à 19)
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  Têtes d'oiseau
-1980
Huile sur isorel - 0,92 x 0,65 m
     Collection particulière



                   ***


     La machine zoomorphe
 

par Ilse Garnier


Une grande figure gris fer occupe presque entièrement la surface du tableau ; le fond violet pâle, dont elle se détache, fait ressortir sa silhouette anguleuse et puissante. Figure ? Plutôt machine avec pilon, piston, barres, tiges, lames, cisailles ; machine prête à se mettre en marche, à pilonner, couper, trouer ; les lames ouvertes montrent que le mécanisme est déjà enclenché.

Machine ? Ou plutôt sculpture, car les cisailles ne sont rien d'autre que des « Têtes d'oiseau » aux orbites vides, guettant leur proie en s'avançant pour la déchirer avec leurs becs acérés. Figure-sculpture d'une inquiétante étrangeté. Des tensions la traversent, qui se matérialisent dans les « Têtes d'oiseau » s'étirant vers les bords du tableau d'un geste menaçant, forces mal contenues qui tendent à dépasser le cadre qui les enferme.

Un corps étranger, semblable aux restes d'un tronc d'arbre, se superpose à la figure. Axe du tableau, il attire le regard par son éclatante couleur jaune d'ambre ; mais cette teinte lui confère un aspect dur et minéral qui le rapproche de la matière de la machine. Corps étranger ; mais comment parler de corps quand les éléments représentés n'ont aucune épaisseur? La machine n'est que surface, trompe-l'œil ; légèrement ombragée pour donner du relief, elle n'a pas de volume.

Les objets à deux dimensions, comme découpés, estampés, apparaissent dans la peinture de Roger Toulouse vers 1972, et avec eux disparaît la perception spatiale, donnée par la perspective. Mais cette disparition de l'espace « perspectivique » est compensée par des plans se superposant, et des couleurs qui peuvent suggérer la proximité ou l'éloignement ; ainsi, le fond violet pâle semble se retirer, tandis que le jaune s'avance et s'affirme. La structure de ce tronc amputé en jaune lumineux est doublée d'une réduction en rouge très foncé sur un fond sombre, qui - en creusant une distance - accentue le jeu entre premier plan et lointain, entre avance et retrait.

Si, dès le début de cette période géométrique et constructive, les animaux (oiseau, poisson, plus rarement mammifère et insecte) ressemblent à des mécanismes, s'ils forment des ensembles intégrant d'autres éléments, on ne peut pas encore parler de « machines zoomorphes », qui ne paraissent que vers les années 78/79, quand la partie animale et la partie mécanique sont liées dans le fonctionnement obscur et gratuit d'une machine tout en angles, coins, lames, arêtes.
 
Machine absurde, mais agressive. Et les formes animales, ces becs de rapaces remplaçant les tenailles, accentuent l'aspect barbare de ce monde de fer et d'acier, qui ne garde du vivant que sa cruauté primitive. A l'agressivité des formes s'oppose la subtilité de la touche, le raffinement des teintes, comme si la vision désolante d'un monde ayant perdu sa dimension de profondeur était rachetée par une technique picturale parfaite. Le tableau est peint sur une sous-couche rose vif, qui nuance légèrement le fond violet, mais qui apparaît nettement dans le gris de la machine, la recouvrant d'une peau tachetée d'éclats, transformée en peau d'écailles par le travail du pinceau.

Les machines aux structures zoomorphes agressives disparaissent en 1981. Les éléments emboîtés se libèrent, se détachent de la masse, pour se répartir sur la surface du tableau. Dès 1982, ils commencent à flotter dans l'espace.
 
Le peintre semble alors accorder une autonomie de mouvement à ces éléments qui restent mécaniques. En ouvrant le monde mécanique vers un espace de liberté, il lui permet de dépasser le stade de l'emprise angoissante qu'il pourrait exercer.

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Mont Saint-Michel - Journées de la poésie - 1960
Roger Toulouse, Pierre Garnier, Hélène Cadou, Marguerite Toulouse, Ilse Garnier

Sommaire Revue N° 5

 

    Septembre 2000

 Editorial lire l'article

Hommages

 

Hommage à Jean Bouhier, ami fraternel de Roger Toulouse

(Jean Rousselot)

 

Gaston Diehl, un critique dans la tourmente

(Jean-Jacques Lévêque)

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Etudes de l’œuvre

 

« Le Port »

(Francis Edeline)

 

La Machine zoomorphe

(Ilse Garnier)

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Roger Toulouse, peintre sans frontières ?

(Abel Moittié)

 

Roger Toulouse, l’œuvre extrême

(Pierre Garnier)

 

Notes complémentaires sur l’utilisation du noir de fumée par Roger Toulouse

(Jean-Louis Gautreau)

 

Autour du portrait de Guillaume Apollinaire

(Jean-Louis Gautreau)

 

Anecdotes et éléments biographiques

 

1937. Un texte fondateur signé Max Jacob : ce que c’est qu’un « homme nouveau »

(Jean-Louis Gautreau)

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Max Jacob est arrêté. Une amitié fidèle au-delà de la mort (2ème partie)

(Jean-Louis Gautreau)

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Document

 

Juin 1942. Vlaminck publie un article contre Picasso. Un groupe d’artistes réagit

 

Index

 

Index des textes des quatre premiers n° de la revue

(Maryvonne Mavroukakis)

 

Vie de l’association

 

Don de Marguerite Toulouse au musée des Beaux-Arts d’Orléans (23 avril 1999 - 1ère partie : dessins de Max Jacob et de Roger Toulouse)

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