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Revue n° 6 - (septembre 2001) pages 54 à 59 |
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Manuscrit du poème de René Guy CADOU (L'exemplaire adressé à Roger TOULOUSE a été déposé au musée des Beaux-Arts d'Orléans par Marguerite TOULOUSE). *** Le voyage des 4 amis de décembre par Jean-Louis Gautreau C'est en utilisant cette expression, "le voyage des 4 amis de décembre", que Marguerite Toulouse évoque la dernière visite que les quatre amis ont rendu à René Guy Cadou, qu'ils savaient être très malade, au début du mois de décembre 1950. Marcel Béalu, Michel Manoll et Jean Rousselot, avaient décidé de se regrouper à Orléans, afin de profiter de la voiture récemment acquise par Roger Toulouse, une "4 chevaux" Renault, encore en rodage ; Roger et Marguerite avaient enfin réussi à l'obtenir, après une longue attente due à la pénurie d'après-guerre.
- Lettre de Roger à René Guy Cadou, datée du vendredi 24 novembre 1950.
" Très cher René. Nous serons à La Bernerie Dimanche 3 décembre au début de l'après-midi. Il ne faut pas nous attendre pour déjeuner car on ne sait jamais avec la mécanique. Ma 4 chevaux a 1000 kilomètres et elle est aujourd'hui au garage pour la révision générale et normale. […] Nous partirons le dimanche matin de très bonne heure. J'ai oublié de te féliciter pour ta Bourse des Poètes, tu mérites ce prix car il récompense tes poèmes si beaux, et tous les amis sont heureux pour toi. " Arrivés à Orléans, le samedi 2 décembre, Michel Manoll et Jean Rousselot avaient passé la nuit chez les Toulouse, au 9, rue de l'Abreuvoir. Le départ d'Orléans a eu lieu le dimanche 3 décembre, au petit jour, alors que la neige commençait à tomber. Il avait fallu aller chercher Marcel Béalu, qui, venant de Montargis où il habitait, avait dormi chez sa sœur, rue de la République. Les quatre hommes ont dû avoir quelques difficultés à se loger dans la petite voiture. Roger conduisait. Michel Manoll, en raison de sa jambe raide, devait s'asseoir à l'arrière, et placer sa jambe en biais, ce qui rendait le voyage inconfortable pour le passager qui se trouvait à côté de lui, surtout pendant les trajets prolongés. L'espace réduit et confiné devait être particulièrement enfumé, car si Manoll et Rousselot fumaient la cigarette, Béalu, lui, préférait la pipe ; et les seules ouvertures du véhicule se limitaient à d'étroits "déflecteurs".
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Marguerite Toulouse, qui n'a pas effectué le voyage, se souvient du récit que lui en a fait Roger. Comme ils étaient partis très tôt, et que le rodage leur imposait une vitesse réduite, ils ont fait une étape à Vouvray pour se restaurer, à l'aide de rillettes arrosées de vin du pays. Ils ont dû arriver comme prévu à La Bernerie-en-Retz (Loire-Atlantique) en début d'après-midi. C'est dans ce petit village situé en bord de mer, à quelques kilomètres au sud de Pornic, sur la côte atlantique, qu'ils avaient rendez-vous avec Hélène et René Guy Cadou. Ils ont été accueillis dans la villa "Messidor" (photo ci-dessus) qui appartenait aux parents d'Hélène. René Guy a dû retrouver ses amis avec une joie intense, et les quatre voyageurs ont dû tout faire pour le distraire. Roger, fatigué par le voyage, a voulu se reposer. Quel est celui qui a décidé de lui verser un pot d'eau sur la tête, parce qu'il ne fallait pas perdre une minute de ces derniers instants passés auprès de René Guy ? Marguerite Toulouse parle de "chahut" pour décrire l'atmosphère qui a régné pendant ces deux jours. C'est le dimanche après-midi, que les six amis sont allés se promener sur la plage. Une série de photos en noir et blanc en conserve le témoignage et le souvenir.
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Promenade le dimanche 3 décembre 1950 sur la plage de la Bernerie-en-Retz De gauche à droite : Jean Rousselot, Michel Manoll, Hélène Cadou, Marcel Béalu, René Guy Cadou Photo : Roger Toulouse |
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"Les 4 amis de décembre" ont quitté La Bernerie le lundi après-midi. Le retour à Orléans s'est effectué dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 décembre.
- Dans sa lettre du 6 décembre, Roger raconte le voyage de retour.
" Mon cher René. Nous étions encore à La Roche-sur-Yon à 5 heures. Le musée était fermé naturellement, mais il y a toujours la providence avec nous. Et là, une vingtaine de Launois, pas très beaux, des scènes de cirque et des dessins à l'encre - femmes algériennes - pas très éloignées des odalisques de Matisse, mais avec une couleur moins violente. Donc, à 5 heures et plus, nous partions… et la nuit était déjà là au bout de quelques dizaines de kilomètres. Nous passions à Cholet, et ensuite Saumur. Un excellent dîner à Saumur vers 9 heures (un bon repos). Et ensuite, vers 10 heures, départ pour Orléans, qui est à 180 km de cette dernière ville ; mais plus de 130 km de très mauvaise route - des virages, des virages - et dans la nuit froide ce n'est pas très drôle. Et nous étions à Orléans vers 1 heure du matin sans incidents. Donc tout a été pour le mieux. Marcel couchait chez les Perreau, Jean et Michel à la maison ; et le mardi après-midi, nous avons tous déjeuné ensemble à la maison, en pensant à vous deux ; et ensuite, nouveau départ dans l'après-midi pour Paris, mais Orléans était couvert d'un brouillard épais et froid. Je pense que Jean a eu beaucoup de mal pour rouler sur cette route glissante et passante qu'est la route de Paris. Je n'ai pas de nouvelles d'eux trois. J'ai reçu ta carte hier cher René. Merci chère Hélène, merci cher René, nous avons passé de bonnes heures qui comptent dans une vie. Hélas, je n'aime pas les départs, et il fallait partir, nous pensions bien à vous. Votre gentillesse a été très grande - de tout cœur merci - et je vous embrasse ainsi que la chère Marguerite. Votre Roger Toulouse. "
- Lettre de René Guy Cadou du 11 décembre 50.
"Tu as été le seul à donner des nouvelles de votre voyage de retour et cela nous a fait bien plaisir. Rousselot semble débordé de travail, Michel de plus en plus désenchanté, Marcel assez laconique. La pluie tombe depuis votre départ, mais vous m'avez redonné goût au travail. Ci-joint un poème écrit jeudi dernier. Messidor me semble moins triste depuis que vous y avez dormi et nous parlons à chaque instant de ces bonnes et trop courtes heures de la semaine dernière." […] En effet, chacun des quatre amis a eu la surprise de recevoir un exemplaire manuscrit d'un poème de René Guy Cadou, qui leur était dédicacé. A Roger Toulouse, Jean Rousselot, Michel Manoll, Marcel Béalu. La soirée de décembre. Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir Dans quel coin de ma vie longtemps désaffectée ? Oh ! Je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate D'une journée, le long des rives du destin ! Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ? Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi De vous perdre sans cesse dans la foule. O crieurs de journaux intimes seuls prophètes Seuls amis en ce monde et ailleurs. La Bernerie, 7 décembre 1950. René Guy Cadou. Roger aurait certainement souhaité revoir René Guy Cadou à l'occasion de la cérémonie que les amis de Max Jacob organisent chaque année, le premier dimanche de mars, à Saint-Benoît-sur-Loire, pour commémorer la mort du grand poète, mais il n'est probablement pas surpris de recevoir cette lettre en date du 2 mars 1951 : " Mon cher Roger. Hélas ! je ne serai pas des vôtres dimanche à St-Benoît, mais ma pensée fera pèlerinage avec vous, de la basilique au bistrot Leclercq en passant par le tombeau de Max. Je prierai avec vous. Je commence à m'alimenter un peu poisson et savoie ; la fièvre baisse, mais je suis absolument sans forces et encore cette simple lettre me fatigue. Merci pour les photos de La Bernerie qui sont un précieux souvenir. Seghers m'écrit que "Les biens de ce Monde" sortent cette semaine. Embrasse tous nos amis, dimanche ; sans doute serez-vous Marcel [Béalu], Michel [Manoll], Rousselot et toi, comme d'habitude. S'il y a des échos dans La République du Centre de lundi ou mardi envoie-moi le journal. J'ai versé ma cotisation de 500 F à Henri Dion. Est-ce que le bulletin des Amis est paru ? Hélène et moi vous embrassons bien fort tous les deux. A bientôt peut-être. René. "
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Dernière lettre de Cadou adressée à Roger Toulouse, datée du 16 mars 1951 (5 jours avant sa mort) : " Mon cher Roger, On m'a fait une nouvelle ponction lundi dernier et je suis très affaibli. Je ne me nourris plus que par ampoules et piqûres. Et l'on me parle de me refaire prochainement une 3ème ponction on va peut-être jusqu'à 4. Je suis désarçonné et très loin de tout malgré le succès des "Biens de ce Monde". René Guy Cadou. " En bas de la page, il ajoute, d'une petite écriture difficilement déchiffrable : " Je suis bien bas ! Je ne sais pas si je m'en remettrai ! " Je ne sais pourquoi, le mot "désarçonné", utilisé par René Guy Cadou, m'a fait penser au dessin de Roger Toulouse intitulé "Le cavalier désarçonné" (1954) … Quelques jours plus tard, le 21 mars, le poète allait être définitivement " désarçonné ".
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Septembre 2001
Editorial lire l'article
Etudes de l’œuvre peint
Les dessins de Roger Toulouse
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Poèmes sur les dessins de Roger Toulouse
(Pierre Garnier)
Autour d’un tableau : « Dante » (1955)
(Jean-Louis Gautreau)
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Anecdotes et évènements biographiques
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Roger Toulouse et la poésie
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(Jean-Jacques Lévêque)
Roger Toulouse illustre « Dix fragments inédits des Mémoires de l’ombre » de Marcel Béalu – 1942 (1ère partie)
(Jean-Louis Gautreau)
Document
Texte de présentation d’une exposition de dessins de Roger Toulouse à la galerie « Le Soleil dans la tête »
(Gaston Diehl)
Index
Index des illustrations des 5 premiers n° de la revue
(Maryvonne Mavroukakis)
Vie de l’association
Don de Marguerite Toulouse au musée des Beaux-Arts d’Orléans (23 avril 1999 - 2ème partie : dessins)
Les évènements de l’année
Enrichissement du fonds Roger Toulouse au musée des Beaux-Arts d’Orléans
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