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Revue N°8 - "La table de repasseuse" - page 15 |
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La Table de repasseuse - 1947/1950 Huile sur toile 0,65 x 0,92 m Musée des Beaux-Arts d'Orléans Don de Marguerite Toulouse |
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Revue N° 8 - septembre 2003 (pages 14 et 15) |
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L'esprit de la tempête par Jean-Jacques Lévêque Un vent fort est passé par là. Pétrissant les objets comme une pâte docile, sculptant d’insolites torsions, contractions, distorsions dans un monde qui fut celui de l’ordre. Celui du quotidien. C’est la tragédie sur la table du labeur, de la ménagère. Plus rien n’est à sa place, l’objet a perdu sa fonction et s’est mué en une sorte d’animal venu du fond des âges. Une tension annonce le pire. C’est l’aube d’un carnage. La mise en place des armées venues de l’ombre. Rien de ce qui, de tous les temps, fut la conjugaison de la féminité et de l’ordre domestique ne subsiste. La violence de ce théâtre de la vie (de la mort) s’est ouverte sur le tumulte des ustensiles dotés de cette sauvagerie que l’on prête aux animaux aujourd’hui disparus, de la préhistoire. Ce glissement insidieux, ce changement de sens, cette mutation, c’est le souffle d’une passion inquiète. L’époque s’y prête, y pousse, l’inspire. Hors des spéculations esthétiques qui virent à la théorie, Roger Toulouse s’arme d’une écriture qui procède à la métamorphose de la réalité. Tout y passe, ce qu’il a sous les yeux y suffit. Regarder le monde c’est lui donner un sens. La réalité n’est jamais que ce que l’on veut en faire. Ici, l’omniprésence des objets et l’absence de l’homme (ceux-ci suppléant à celui-là) désignent bien un état qui s’est créé à la lumière des événements, un après-guerre qui donne la mesure de l’angoisse existentielle. La folie des hommes est passée dans le monde des objets qui furent, aux aurores du XXe siècle, célébrés comme les stances d’une nouvelle beauté. Tracé dans sa forme dynamique et rationnelle, nanti d’un pouvoir qui, bientôt, dépassera l’homme qui l’avait rêvé, conçu, l’engloutissant dans son pouvoir, l’objet est devenu l’ennemi. C’est au nom de la lucidité et de l’expérience vécue qu’un peintre, en 1947, pouvait confondre l’objet pratique et une étrange zoologie, menaçante. Animaux toutes mâchoires ouvertes, pinces, pattes, antennes, crocs en exercice de destruction. Jusqu’aux couleurs qui renforcent leur présence, et cette lumière presque irréelle qui le projette dans un autre temps. On les dirait façonnés par des instruments rudimentaires, quelque silex des origines, dans cette rudesse dont Guillevic, à la même époque, fait usage pour distribuer les mots du poème. L’espace est déhanché, tout y est condamné à l’instabilité, avec pourtant une pesanteur des formes dans leur énoncé qui les enracine profondément dans leur destin et renforce leur présence. Le temps y est aboli, comme l’anecdote dont il pourrait être le cadre. Le régisseur de ce spectacle insolite a entassé tous les éléments qui le composent, l’histoire du repassage, l’entretien méticuleux de l’habillement. Puis il a déserté la scène, abandonnant le tout à cette stupéfiante métamorphose. Une sorte de retour aux origines indisciplinées d’une nature qui cherche ses formes et ses définitions. Le monde frémit dans sa croissance. C’est ce va-et-vient entre origine tumultueuse et esprit de catastrophe qui confine à la toile son inquiétante étrangeté.
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Septembre 2003
Editorial lire l’article
Etudes de l’œuvre
Le trait et la lettre dans le tableau (Hubert de la Rochemacé)
L’esprit de la tempête (Jean-Jacques Lévêque) lire l’article
Roger Toulouse, l’œuvre ultime (Pierre Garnier) lire l’article
Pour la laïcité, l’artiste engagé (Michel Lesseur) Evènements, éléments biographiques
Inauguration des salles du 20ème siècle au musée des Beaux-Arts d’Orléans (Annick Notter)
Saran : une allée, une exposition
Présence de Roger Toulouse : sa voix (Philippe Huguenin)
Roger Toulouse : les paradoxes d’une rencontre (Philippe Derouette) lire l’article
Roger Toulouse et la poésie
Roger Toulouse illustre « Dix fragments inédits des Mémoires de l’Ombre » de Marcel Béalu (suite et fin) (Jean-Louis Gautreau)
Lettre adressée à Marguerite Toulouse (André Gauthier)
Une œuvre de Roger Toulouse, un poème Le cœur et la raison : témoignage sur l’achat de "La Madone" (Françoise et Abel Moittié) Et sa prière est silence (Abel Moittié) lire l’article
A Roger (José Millas-Martin)
Document Roger Toulouse : une personnalité artistique aux multiples facettes (Gurli Rosenbröijer)
Vie de l’association
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