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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue n° 9 - (septembre 2004) pages 8 à 11
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                    Roger et Marguerite, 
                      le don de l’accueil


par Bernard Foucher,
enseigant, peintre et sculpteur.
 

Je m’arrêtais assez souvent à la galerie Charamon qui était située rue de la Bretonnerie. Il y avait toujours en vitrine quelques œuvres qui interpellaient le regard. Il faut dire qu’à l’époque, les galeries étaient peu nombreuses à Orléans. Lors d’une visite, je remarquai une œuvre d’un peintre posée sur un chevalet. Madame de Bordeneuve m’indiqua qu’il s’agissait d’une œuvre du peintre Roger Toulouse. La toile m’intrigua, mais sans plus.

Quelque temps plus tard, Roger Toulouse présenta dans ce lieu ses œuvres récentes. Ce fut alors pour moi une révélation. Les triangles avaient envahi et structuré ses compositions. J’avais sous les yeux un ensemble étonnant, au dessin très sûr, très architecturé, d’une grande puissance expressive. Je me souviens de visages, mais aussi d’une "composition à la comtoise" qui figurait dans cette exposition.

Par la suite, j’eus l’occasion de parler de cette visite à une antiquaire de la rue de Bourgogne, dont j’ai oublié le nom. Je suis certain que Marguerite Toulouse s’en souvient. Cette personne me dit qu’elle voyait régulièrement Marguerite Toulouse qui s’arrêtait bavarder avec elle, et qu’il lui était donc facile de me mettre en rapport avec Roger et Marguerite Toulouse.

C’est ainsi qu’un jour d’automne, je crois, en fin d’après-midi, j’appuyai sur la sonnette du 11, rue de l’Abreuvoir. J’étais très ému. Marguerite ouvrit la porte, très accueillante, à ce jeune homme qui voulait rencontrer son mari. Roger Toulouse m’attendait. Je fus ébloui. Comme, je crois, beaucoup de personnes qui ont eu la joie de pénétrer dans cette maison. Cette demeure était plus qu’une maison. C’était un temple voué à la création, à l’œuvre d’une vie. La grande table ronde recouverte de revues et de cartes d’invitations m’apparaissait comme une boussole ouverte sur le monde et les amis. La place de chaque objet avait été réfléchie, et les œuvres de Roger Toulouse rayonnaient sur les murs blancs, avec toute leur force expressive. Quelle puissance ! me suis-je dit, en revoyant ces œuvres lors d’une autre visite.

Roger Toulouse et Marguerite avaient le don de l’accueil et de l’écoute. Leur extrême gentillesse mettait à l’aise. J’avais le sentiment d’être attendu et d’avoir devant moi deux êtres d’une grande écoute. Roger parla peu de lui-même. Il me montra son atelier, la toile en cours d’exécution, une petite marine inspirée sans doute d’un voyage en Bretagne, mais très vite il m’interrogea et s’enquit de mes passions et de mes goûts. Je lui avouai que je peignais. Il me demanda de lui montrer une prochaine fois mon travail. Lors de cette première visite, nous évoquâmes l’ami Max Jacob. Roger me remit le livre de Lily Bazalgette, et me proposa un verre d’Ambassadeur en me disant : "C’était l’apéritif préféré de Max Jacob, ça ne fait pas de mal".

De cette première visite, qui fut un moment très émouvant, une phrase me revient en mémoire, et trois aspects m’ont marqué. Cette phrase, qu’il prononça plusieurs fois lors de nos échanges : "Il faut beaucoup travailler". Les trois aspects : l’accueil, l’exigence, le don de transmettre. Roger Toulouse savait accueillir et écouter, être très attentif aux êtres, très vite on percevait la tension créatrice qui animait cet homme, très exigeant, totalement tendu vers son art qui constituait une priorité. Il n’aimait pas perdre son temps. Je me souviens l’avoir vu pester lors d’un vernissage où les autorités se faisaient attendre. J’avais le sentiment qu’à cet instant le silence de son atelier lui manquait.

Son travail et sa technique traduisaient cette exigence, ce désir de perfection. Comme Rouault, il fut un grand peintre et un grand artisan, dans toute la noblesse de ce terme, avec le souci constant de la perfection, de la pérennité du travail accompli.

Le don de transmettre. C’est un aspect qui me semble important. Je pense que le couple Toulouse – j’associe avec beaucoup d’affection Marguerite à cet hommage – savait transmettre le savoir, encourager les jeunes avec un grand respect de la personnalité de chacun. Ce que ce couple avait vécu de riche et de fort dans ses amitiés et ses rencontres - je pense bien sûr à Max Jacob, à René Guy Cadou – il le prolongeait et le partageait dans l’accueil et les conseils qu’il prodiguait aux jeunes, artistes ou non, et cela comme une exigence personnelle. Cette première visite m’a profondément marqué. Souvent, dans les conseils artistiques qu’il m’a été donné de prodiguer à des jeunes, dans des moments parfois de peu de disponibilité, cette rencontre est alors présente dans mon esprit comme un exemple. Je retournais de nombreuses fois, dans l’année qui suivit, chez Roger Toulouse. D’abord pour lui montrer mon travail de peintre et entendre de sa bouche ses conseils : "Restez vous-même, l’art est un jeûne". Il ne s’agissait pas d’une simple citation, mais d’une exigence qui accompagnait sa démarche.

Cette même année, lors d’une visite, j’acquis un dessin avec ma solde de surveillant d’internat. Le beau portrait triangulé à l’encre jaune trouva sa place dans ma chambre de surveillant et accompagna mes années d’études. Très vite, la sculpture prit dans ma recherche artistique autant de place que ma peinture. A la même époque, Roger s’intéressait à la sculpture. Lors d’une visite, toujours après 17 heures, je remarquai sur le rebord de la cheminée, une petite rose de métal ; j’appris qu’il s’agissait d’une armature de métal en vue de préparer un "biscuit" pour Haviland. Cette petite œuvre, qui resta sous sa forme squelettique de métal, annonçait cette suite impressionnante de sculptures en acier que nous connaissons. Nous eûmes ensuite l’occasion d’échanger sur nos démarches. Je travaillais à l’époque l’acier et le bois. Roger Toulouse, en pleine force créatrice et physique, poursuivait, parallèlement à sa démarche de peintre, la création de ses compositions d’acier qui, à mon avis, trouveront leur force, leur simplicité expressive, dans les œuvres monumentales qu’il eut la joie de réaliser.

Dans nos échanges, une préoccupation revenait souvent : la durabilité de ces œuvres d’acier, le travail de leur surface. A l’époque, Roger Toulouse recouvrait ses œuvres d’une patine verte, réalisée essentiellement avec de la peinture. Il utilisait également une projection de cuivre et d’inox pour protéger ses œuvres. Mais nous avions entendu parler, chacun de notre côté, de l’existence d’un acier dit "corten", qui avait la propriété de s’oxyder à l’air en créant une couche brune (rouille) qui ensuite se stabilisait et protégeait l’acier. Ce processus de protection était obtenu après deux ou trois années d’exposition à l’air. Roger Toulouse se procura cet acier qui convenait bien à la réalisation de ses œuvres monumentales. La sculpture "Hommage à René Guy Cadou" fut réalisée avec ce matériau.

La vie, nos occupations réciproques, mais aussi la maladie qui affecta et emporta Roger Toulouse, espacèrent nos rencontres. Je pense, avec le recul, que Roger Toulouse me permit à cette époque de définir ma route, de prendre confiance en moi-même, de préciser ma démarche. Sans être un signe d’ingratitude, les rencontres devinrent moins nécessaires, mais la reconnaissance et l’admiration demeurèrent.

Lorsque je retournai au 11, rue de l’Abreuvoir, quelque temps après le décès de Roger Toulouse, que je n’avais pas revu depuis plusieurs années, l’accueil, le regard, les paroles échangées avec Marguerite Toulouse me permirent de mesurer sa compréhension et son affection. Lorsqu’elle me conduisit dans l’atelier, les souvenirs évoqués dans ces lignes me revinrent. Je ressentis, face aux toiles de Roger Toulouse, la solidité de l’œuvre accomplie et l’originalité de son parcours.

Sommaire Revue n°9

   Septembre 2004

 
Propos de Serge Grouard

Maire d’Orléans, Député du Loiret

 

Editorial lire l’article


Hommage à Roger Toulouse pour le 10ème anniversaire de sa disparition

 

Quelques amis de longue date

 

A l’Auberge des quatre routes

(Hélène Cadou)

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Roger et Marguerite, le don de l’accueil

(Bernard Foucher)

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Rencontre avec Roger Toulouse

(Pierre Garnier)

 

Mes premières rencontres avec Roger Toulouse

(Hélène Henry)

 

Un amour vrai

(Raymond Leclerc)

Un souvenir de Marguerite Toulouse
(Jean-Louis Gautreau)

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Le Soleil dans la tête

(Jean-Jacques Lévêque)

 

Roger Toulouse comme nous l’avons connu et aimé

(Bernard et Yvonne Richard)

 

Triple rencontre

(Christiane Roche)

 

Hommage à Jean Rousselot

(Abel Moittié)

 

Rencontre

(Jean Rousselot)

 

Aller à la chasse avec Roger

(Jean Rousselot)

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Ce beau sourire

(Anne Sourcis)

 

Témoignages d'anciens élèves

 

Tout a commencé en septembre 1960

(Jean-Louis Gautreau)

 

Du maître à l’ami

(Michel Kister)

 

Triangles, mystères et boules de gomme

(Jacky Leloup)

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« Tu vois, mon vieux, il ne faut pas être trop pressé »

(Jean-Claude Longuet)

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Il ne l’a pas connu, mais il a rencontré son œuvre

 

Roger Toulouse et le divan

(Hubert de la Rochemacé)

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Au musée des Beaux-Arts d’Orléans : une exposition de portraits réalisés par Roger Toulouse

 

Texte d’introduction et catalogue de l’exposition

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

 

Etude d’une œuvre retrouvée 


Nature morte à l’œuf

(Jean-Louis Gautreau)
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Documentation sur Roger Toulouse et son œuvre

 

Divers prix, récompenses et décorations reçus par Roger Toulouse


Les œuvres de Roger Toulouse dans les musées français


Les lieux portant le nom de Roger Toulouse dans le Loiret

 

Vie de l’association

 

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

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