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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
Revue n° 9 - (septembre 2004) pages 16 et 17
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          Marguerite et Roger
               

                Collage sur carton
                (0,40 x 0,47 m)
           réalisé en octobre 1939 
   en commémoration de leur mariage


                                        



                                            Un amour vrai

par Raymond Leclerc

Raymond Leclerc est le Président fondateur de la Galerie Artistique et Littéraire de Rochechouart, devenue plus tard le Centre Artistique et Littéraire. Il a organisé avec beaucoup de talent de nombreuses expositions importantes, aussi bien sur l’œuvre de poètes contemporains que sur des peintres.
Dans le cadre de ce numéro qui célèbre le dixième anniversaire de la mort de Roger Toulouse, Raymond Leclerc, ami de longue date de Roger et Marguerite Toulouse, a souhaité que nous reproduisions un texte paru en juillet 1982, dans le numéro 47 de la revue « Créer », publiée par le Centre Artistique et Littéraire de Rochechouart qu’il dirigeait, texte dans lequel il raconte sa première rencontre avec l’artiste.
 

                                                                      *

Nous étions le lundi de Pâques 1966. Je m’égarais entre deux livres lorsqu’on frappa à la porte. Roger et Marguerite Toulouse entrèrent. Ils venaient d’Orléans pour s’éclairer sur les raisons de notre soif de l’œuvre et de la personnalité de René Guy Cadou. Notre amitié date de ce jour-là.

D’emblée, je fus captif de la spiritualité brûlante de Roger Toulouse, de son sens aigu du sacré, du divin. Sa voix tour à tour flûte et harpe, mais aussi tambourin et gong, cerne les sujets, les maintenant sur une onde qui prend appui aux contreforts de la pensée.
 
Il parle avec économie. Son langage
dépasse l’humus et le tuf pour atteindre à la roche la plus vierge et la plus dure. On est un peu à l’écoute d’un mage, d’un prélat dont il a, par ailleurs, l’attitude et le geste.
Cette rigueur, peut-être héritée de la part de la vie de Max Jacob lorsque ce dernier se fit le pénitent de Saint-Benoît-sur-Loire, sert de voile à une âme pétrie de générosité, attentive aux courants du monde, toujours disponible à l’hymne et à la plante, à l’écart des agitations et des tumultes.
 
Il est significatif de s’apercevoir en quelle sérénité se tient l’artiste-peintre, sculpteur et poète par rapport au délire où la célébrité pourrait le plonger. Ami des humbles, ami des grands, il vit un amour vrai : celui de l’Art.

L’Art le prend tout entier, l’enveloppe et le transcende. Maître d’œuvre de génie, capturant aussi bien l’image que la matière, se plaisant à parcourir les rives de l’informel sans omettre d’y inclure un visage, Roger Toulouse construit une œuvre dans le secret d’une inspiration mystique qui ne demande rien au clinquant de l’actualité, et peut se passer de l’orgue sans se passer de Dieu. Sa vaste culture est en perpétuel partage. Rien n’est cadenassé chez Roger. Il tient table d’hôte. On peut s’asseoir, rompre le pain et l’idée. Fidèle au-delà des principes, des circonstances, des orgueils et des témérités, il alimente un feu de bois longtemps séché en grange, dont l’étincelle n’engendre ni la brûlure, ni la crainte.

On peut dormir sur ses terres, la lumière n’en est jamais chassée.
 
Si "CREER" a atteint la densité qui est celle qu’ensemble nous recherchions, c’est à Roger Toulouse que le Centre Artistique et Littéraire de Rochechouart le doit. C’est lui qui me fit connaître Luc Bérimont, Michel Manoll, Jean Bouhier, et celui que nous regrettons du fond du cœur, notre ami Claude Morgan. Avec Claude Morgan, esprit d’exception, âme d’apôtre et de vainqueur, notre revue trouva son cap et sa mesure. On ne saurait trop rendre hommage à celui qui, en toutes choses, ouvre la voie et autorise l’espoir.
 
Dans sa discrétion coutumière, Roger Toulouse refuse l’éloge. Il crée des monuments pour les autres, mais n’accepte pour lui que le sourire et la distinction du cœur. C’est en conformité avec sa manière de vivre que nous allons clore cette page qui nous a permis de libérer notre fraternelle admiration à son égard.

                                                        ***

Marguerite Toulouse nous a souvent dit l‘admiration qu’elle portait à Raymond Leclerc pour la qualité des expositions qu’il organisait au château de Rochechouart, et le soin qu’il apportait aux catalogues qu’il rédigeait et publiait.  A la lecture du texte de Raymond Leclerc, les circonstances de cette première rencontre, sont revenues à la mémoire de Marguerite Toulouse, avec une précision et une fraîcheur toujours étonnantes. Je n’ai fait que transcrire son récit.
                                                                                                Jean-Louis Gautreau

 
Un souvenir de Marguerite Toulouse
 
Quelques temps auparavant [début 1966­­], Hélène Cadou nous avait fait part d’une lettre d’un admirateur de René Guy Cadou qui souhaitait faire une exposition à Rochechouart sur l’œuvre de son mari.
Alors que nous étions en voyage dans la région de Limoges (1), nous voyons un panneau indiquant la direction de Rochechouart. Toujours soucieuse de servir la mémoire de René Guy Cadou, je demande à Roger de faire un détour par cette petite ville. Roger n’était sans doute pas très enthousiasmé par cette idée car nous n’avions même pas retenu le nom de l’auteur de la lettre. Comment allions-nous trouver cet habitant de Rochechouart ?
Je m’adresse au premier « chrétien » (2) que je vois sur la place, un homme avec une planche sur l’épaule.
- Bonjour monsieur, je cherche un monsieur qui voudrait faire une exposition de poésies à Rochechouart.
- Oh madame, c’est sûrement Monsieur Raymond Leclerc, répond l’homme avec l’accent du pays.
- Où habite-t-il ?
- Monsieur Leclerc, c’est le mari de l’institutrice, ils sont logés à l’école. Voyez la rue en face, sur votre gauche, entrez dans la cour, et frappez à une porte vitrée.
Roger n’aurait jamais osé frapper ainsi à la porte d’un inconnu, alors je m’en charge. Un monsieur vient nous ouvrir ; nous nous présentons et précisons que nous sommes des amis de René Guy Cadou.
Emu, étonné, Raymond Leclerc lève les bras au ciel.
- Oh ! Vous ! Des amis de René Guy Cadou !
Il n’aurait jamais pensé voir arriver à Rochechouart des amis de Cadou. Alors que nous étions toujours sur le pas de la porte, il se retourne vers son épouse :
- Renée, mets une bouteille au frais, mon petit.
Il s’agissait bien sûr d’une bouteille de Champagne. Puis il nous invite à entrer. Il nous explique qu’il organise des expositions à Rochechouart, qu’il souhaiterait en faire une sur René Guy Cadou, mais que cela lui paraît difficile. Nous lui affirmons que c’est tout à fait possible, et que nous allons intervenir auprès d’Hélène Cadou.
Quand nous nous sommes séparés une grande amitié était née. Nous rentrons à Orléans, contactons Hélène qui, après quelques hésitations, accepte de répondre favorablement au projet. Elle se chargera de la préparation des documents.

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(1) Marguerite Toulouse étant originaire du Limousin, elle et Roger allaient régulièrement dans cette région. La rencontre avec Raymond Leclerc a eu lieu pendant les vacances de Pâques 1966.
(2) C’est une expression de mon pays, précise Marguerite Toulouse.

 

                                                                    *** 


Un an plus tard, du samedi 22 avril au 7 mai 1967, une importante et belle exposition s’est tenue au château de Rochechouart. Le soir de l’inauguration, dans une salle immense du château, une veillée poétique a permis à trois comédiens de la station ORTF de Limoges de dire des poèmes. Marguerite Toulouse se souvient en particulier de Michelle Blois qui a fait pleurer la salle.
 
En 1969, du 21 juin au 13 juillet, Raymond Leclerc a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Roger Toulouse.

Sommaire Revue n°9

   Septembre 2004

 
Propos de Serge Grouard

Maire d’Orléans, Député du Loiret

 

Editorial lire l’article


Hommage à Roger Toulouse pour le 10ème anniversaire de sa disparition

 

Quelques amis de longue date

 

A l’Auberge des quatre routes

(Hélène Cadou)

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Roger et Marguerite, le don de l’accueil

(Bernard Foucher)

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Rencontre avec Roger Toulouse

(Pierre Garnier)

 

Mes premières rencontres avec Roger Toulouse

(Hélène Henry)

 

Un amour vrai

(Raymond Leclerc)

Un souvenir de Marguerite Toulouse
(Jean-Louis Gautreau)

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Le Soleil dans la tête

(Jean-Jacques Lévêque)

 

Roger Toulouse comme nous l’avons connu et aimé

(Bernard et Yvonne Richard)

 

Triple rencontre

(Christiane Roche)

 

Hommage à Jean Rousselot

(Abel Moittié)

 

Rencontre

(Jean Rousselot)

 

Aller à la chasse avec Roger

(Jean Rousselot)

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Ce beau sourire

(Anne Sourcis)

 

Témoignages d'anciens élèves

 

Tout a commencé en septembre 1960

(Jean-Louis Gautreau)

 

Du maître à l’ami

(Michel Kister)

 

Triangles, mystères et boules de gomme

(Jacky Leloup)

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« Tu vois, mon vieux, il ne faut pas être trop pressé »

(Jean-Claude Longuet)

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Il ne l’a pas connu, mais il a rencontré son œuvre

 

Roger Toulouse et le divan

(Hubert de la Rochemacé)

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Au musée des Beaux-Arts d’Orléans : une exposition de portraits réalisés par Roger Toulouse

 

Texte d’introduction et catalogue de l’exposition

(Isabelle Klinka-Ballesteros)

 

Etude d’une œuvre retrouvée 


Nature morte à l’œuf

(Jean-Louis Gautreau)
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Documentation sur Roger Toulouse et son œuvre

 

Divers prix, récompenses et décorations reçus par Roger Toulouse


Les œuvres de Roger Toulouse dans les musées français


Les lieux portant le nom de Roger Toulouse dans le Loiret

 

Vie de l’association

 

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées

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Le courrier des lecteurs
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