Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
EDITO revue n° 12 - septembre 2007 (pages 3 et 4)
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                  Le Silence et le Cri

par Abel Moittié,
président de l'association
Les Amis de Roger TOULOUSE

A l’instar de nombreux grands hommes, je veux dire de ceux qui ne laissent pas leurs semblables indifférents, Roger Toulouse était un homme complexe et multiple ; un homme vivant, en recherche, en mouvement, et donc difficilement réductible à l’une de ces catégories standard dans lesquelles nos experts de l’âme humaine s’efforcent de nous étiqueter, pour nous y classer une fois pour toutes. Qui a eu le bonheur de connaître notre ami n’a pas manqué d’être frappé par les nombreux paradoxes qui caractérisaient sa personnalité, qu’il assumait parfaitement, et qui aujourd’hui encore résistent aux tentatives d’explication !

Ainsi, Roger Toulouse était plutôt de l’espèce solitaire. Il a pourtant toujours cultivé l’amitié, et l’on ne saurait dénombrer la foule de ceux dont il a été proche, tout au long de sa vie, et dont il a fidèlement partagé le chemin, par la rencontre, le débat d’idées, la correspondance de travail, l’illustration de leurs oeuvres, dans la proximité politique, l’échange pédagogique, l’émotion poétique, la fraternité artistique... de leur vivant, et au-delà même...

Ainsi encore, il vivait une sorte de « réclusion volontaire » dans son atelier, où il passait, solitaire, la plus grande partie de ses journées. Replié sur lui-même ? Coupé des hommes et du monde ? A l’écart de son époque ? Vous n’y êtes pas du tout. Roger était un homme de son temps. Il respirait au présent et vivait à l’écoute perpétuelle de la marche du monde, dont il ressentait dans ses fibres les moindres soubresauts. L’actualité le nourrissait, fortifiait sa réflexion et confortait ses pressentiments. La vie, le présent, le réel, venaient imprégner bientôt sa création, qui prenait alors les accents d’un futur troublé, qu’il craignait de subir.

Ainsi toujours, si l’on s’en tenait aujourd’hui pour analyse à la simple observation de son œuvre, on pourrait cataloguer Roger Toulouse à la rubrique des « pessimistes antimodernes ». Et l’on aurait bien sûr grand tort ! Roger était plus réaliste que pessimiste. Fasciné par la science, mais lucide face au vertige de l’irréalité, il se préoccupait de l’absence de progrès de la sagesse humaine, en grande difficulté devant le prodigieux essor des techniques. Sous le masque du progrès, il pressentait le développement d’une nouvelle tyrannie, qui pouvait ébranler les assises morales de la société et soumettre les citoyens les plus fragiles. C’était aussi un vrai moderne, je veux dire un moderne en avance sur son temps, ayant très tôt compris que l’homme du 20ème siècle, nourri de promesses et affamé d’idéal, risquait de succomber au virus de l’utopie scientiste, et qu’il se préparait un réveil de perdant, dans un monde virtuel et numérisé, où ne subsisterait plus aucun vestige de notre pathétique humanité. A l’heure où chacun se demandait si le progrès pouvait donner naissance à un monde plus heureux, plus solidaire, Roger, sceptique et sans illusion, imaginait déjà les ravages de cette course effrénée à une apparence de bonheur individuel dont il était le témoin tourmenté.

Ainsi enfin, Roger Toulouse était un homme secret, un homme de silence, un homme du Silence. Et pourtant : ce n’est pas le moindre des paradoxes d’être continûment assourdi par la clameur de son œuvre, qui toute entière se présente et se reçoit comme un Cri.

Le Silence et le Cri : étonnante juxtaposition de deux termes antinomiques ! Vous la retrouverez à plusieurs reprises dans ce numéro 12 que vous ouvrez aujourd’hui, chers Amis de l’association. Vous la découvrirez sous la plume de différents témoins contemporains de Roger Toulouse, lorsqu’ils évoquent, à propos de leur ami, « son langage de silence et de cri », et à propos de son œuvre, « l’étendue du silence de la réalité et la densité effrayante du cri de l’âme » dont elle est le reflet.

Curieuse idée de mettre en correspondance le Silence et le Cri. Pur exercice de style, direz-vous ! Simple volonté de faire un bon mot, songerez-vous, en reliant ainsi deux termes à l’opposé l’un de l’autre ! Mais dans ce cas, penserez-vous que c’est également ce seul goût futile de la formule paradoxale qui inspirait Roger Toulouse, en 1948, lorsqu’il écrivait lui-même dans Quai Saint-Laurent, son premier recueil de poésie : « le silence crie dans un écho infernal » ? Nous en doutons, nous qui connaissons sa farouche et constante quête de sens.

Alors, pourquoi cette union artificielle entre un état et son contraire, entre la paix qui entoure le Silence et la rumeur tapageuse qui accompagne le Cri ? Peut-être parce qu’au-delà de leur apparente contradiction, ces deux termes sont plus complémentaires qu’il n’y paraît, plus en prise l’un sur l’autre. Peut-être aussi parce que le Silence est nécessaire pour s’extraire de l’agitation extérieure et faire retraite en soi-même ; parce qu’il instaure la distance qui permet d’apprécier les atouts et les faiblesses de l’activité humaine ; et parce qu’il donne le temps de sentir la réaction naître en soi, et se renforcer sous la forme d’un Cri qui peut être, selon les circonstances, d’angoisse, de révolte ou d’amour. Peut-être encore parce qu’il faut, pour l’artiste que l’on presse de s’expliquer sur le sens de sa création, établir un équilibre entre le Cri (s’exposer bruyamment en parlant de soi avec délice et en abondance), et le Silence (esquiver toute confidence en se réfugiant dans un mutisme protecteur).

Roger redoutait le bruit. Il avait fait choix de silence, le silence qui pénètre, le silence qui emplit. On pourrait dire qu’il avait fait « vœu de silence ». Sa voix était mesurée, sa parole se faisait attendre, son mot était rare. Mais son œuvre hurlait pour lui. Et lorsqu’elle rompait « le silence capturé dans la nasse de l’angoisse », sa voix prenait valeur d’avertissement, sa parole envahissait l’espace sonore, son mot était lourd de sens et résonnait bruyamment. Il résonne encore durablement aujourd’hui, comme l’écho du glas qui alarme l’oreille de tous, mais ne prolonge sa route que dans l’esprit de quelques-uns.

Fruit rare et précieux du Silence d’un homme sans cesse retenu au bord de la confidence, l’œuvre visionnaire de Roger Toulouse lance un Cri dont l’écho nous invite, à notre tour, au Silence intime d’une nécessaire réflexion personnelle. Ainsi né du Silence, le Cri renvoie au Silence : c’est la parole de l’âme et c’est la voix du Sage.

Cette œuvre, sévère, intrigante, exigeante, marquée du sceau de l’absurdité d’un monde privé d’avenir, d’une humanité courant à sa propre perte, n’aspire pas d’emblée au succès public. Elle semble n’exister que pour quelques-uns, quelques frères, dont nous sommes peut-être, appelés à donner témoignage de sa parole sur les rives de la raison. Là est notre engagement : porter le Cri de Roger Toulouse, pour briser le Silence qui entoure sa création.

Sommaire Revue N° 12

 

Septembre 2007

 
Editorial lire l’article

 

Etudes de l’œuvre peint

 

Roger Toulouse et les choses

(Pierre Garnier)

 

Etude de l’œuvre peint réalisé après 1972 (suite et fin)

(Jean-Louis Gautreau)

 

Notes complémentaires sur la faune et la flore

(Jean-Louis Gautreau)

 

La « Nature morte à la Trompette »

Jean-Louis Gautreau

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L’œuvre sculpté

 

Hommage à René Guy Cadou

(Jean-Louis Gautreau)

 

Anecdotes et évènements biographiques

 

Souvenirs de Marguerite concernant René Lacôte

(Marguerite Toulouse et Jean-Louis Gautreau)

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Retour sur l’exposition trentenaire

(Raymond Leclerc et Abel Moittié)

 

Inauguration de la salle Roger Toulouse à l’IUFM

(Abel Moittié)

 

A propos de la chapelle de l’Ecole Normale

(Jean-Louis Gautreau)

 

Informations sur la carrière professionnelle de Roger Toulouse

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Roger Toulouse invité dans une classe de Fleury-les-Aubrais

(Jean-Louis Gautreau)


Roger Toulouse et ses amis poètes

 

Roger Toulouse poète

(José Millas-Martin)

 

Roger Toulouse et la Rose d’Or

(Abel Moittié)

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Document

 

Hommage à Guy Dandurand

(Abel Moittié)

 

UTOL passe

(Guy Dandurand)

UTOL - poème

(Roger Toulouse)

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