Français
Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
EDITO revue n° 14 - septembre 2009 (pages 3 et 4)
pt_r14_couverture-320-481

           Roger Toulouse
        et l’esprit de révolte


par Abel Moittié,
président de l'association
Les Amis de Roger TOULOUSE

Quinze ans après la disparition de Roger Toulouse, à quoi servons-nous, nous, ses amis d’hier, contemporains de l’homme attachant qu’il fut ? De quelle utilité sommes-nous aujourd’hui, nous, admirateurs de la création esthétique et réfléchie de l’artiste courageux et visionnaire qu’il demeure ? Et comment pouvons-nous trouver, pour demain, les moyens de résister à l’oubli qui menace son œuvre ? Comment saurons-nous rompre ce silence qui continûment répond aux hommes, lorsqu’ils prennent le temps de s’interroger sur le sens du monde tel qu’il ne va pas si bien que cela ?

Un début de réponse se révèle peut-être dans ces quelques mots tirés d’un récent message de notre ami Raymond Leclerc : « Le silence ne signifie pas l’oubli. Il est beaucoup plus le signe de la méditation sur ce que fut la richesse du passé, lorsque ruisselaient les orgues de l’amitié vivante ». L’amitié ! L’amitié vivante ! L’amitié SURvivante ! Celle qui nous rassemble depuis quinze ans, Amis de Roger Toulouse, pour porter à bout de cœur le précieux héritage d’un authentique artiste, penseur de vaste envergure, qui ne craignait pas de résister à son temps, d’affronter son époque, de cultiver l’esprit de révolte.

Révolté, Roger Toulouse ? La question a-t-elle un sens, lorsqu’on se remémore l’affabilité de l’ami dans son rapport à l’autre, la courtoisie de son accueil, l’onction de son regard et de sa voix ? On semble là bien loin de l’homme révolté. Certes ! Mais s’agissant de l’artiste, du créateur, la question n’est ni sotte, ni vaine, si l’on veut bien considérer que toute forme de révolte est, à sa manière, porteuse d’un ordre, d’un horizon, d’une série de valeurs.

Il faut s’arrêter sur la création de Toulouse, car cette création qui parle de notre présent concerne aussi notre avenir. De plus en plus, son œuvre apparaît prophétique, comme si l’évolution de la planète donnait une pertinence nouvelle à son travail de (pré)voyant. Aujourd’hui, le spectacle de la profonde déraison de notre société et de ses comportements nous laisse entrevoir qu’une fin définitive de l’aventure humaine n’est pas à exclure. Si le saccage de la planète par les prédateurs androïdes n’était pas contenu, il pourrait se révéler irréversible et conduire demain à une disparition programmée de l’espèce humaine. Y a-t-il plus forte illustration de l’absurde que l’autodestruction de l’espèce douée de raison ? Y a-t-il plus pertinente raison de révolte, entendue comme un sursaut face à l’absurde, et donc comme source intense d’énergie pour l’action, pour la réaction ?

Artiste à la sensibilité à fleur de peau, Roger aurait pu fuir cette réalité qui lui était devenue insupportable. Il aurait pu trouver refuge et apaisement dans une création mythologique. A l’inverse, il a fait le choix d’affronter son époque pour décrire, alerter, dénoncer les dérives dont il était le témoin conscient et inquiet. Et c’est en ce sens qu’on peut comprendre son engagement, celui d’un homme parmi les autres, peut-être un peu plus éveillé que les autres, tout simplement. Se révolter, sans devenir inhumain soi-même. Refaire le monde, peut-être dans l’idéal. Mais surtout, plus raisonnablement, empêcher qu’il ne se défasse. Voilà je crois les ressorts de la révolte paisible de Roger Toulouse. Voilà son dessein, toujours d’actualité. Et voilà pourquoi il n’y a sans doute pas de pensée plus actuelle, aujourd’hui encore.

L’art contemporain peut parfois paraître ennuyeux et bavard. En ce domaine comme en bien d’autres, la mauvaise monnaie peut chasser la bonne, et il est bien difficile au bon grain de résister à l’asphyxie de l’ivraie. Sous l’impulsion des marchands, avec la complicité des médias, des œuvres estimables peuvent être noyées sous les flots de la médiocrité adulée. Mais l’imposture n’a souvent qu’une longévité bien précaire. Le temps fait patiemment son travail de sélection et porte sur chaque œuvre humaine son jugement objectif. Gageons qu’avec la création de Roger, nous sommes du côté du bon grain. Alors, donnons du temps au temps, et continuons sans découragement à la mettre en avant, pour la faire reconnaître à sa juste valeur. Là se trouve notre devoir présent, dans lequel se place notre espérance pour le futur.

Et c’est bien le but qui nous anime, cette année encore, avec la publication de cette nouvelle revue que nous vous livrons avec confiance. Naviguant entre passé et présent, elle cherche à éclairer la route suivie sans errance par Roger Toulouse. Au départ, l’analyse de différentes correspondances (de la fin des années 30 au début des années 50) évoque le travail de recherche de l’artiste, dans sa création de jeunesse. A l’arrivée, la présentation réussie des œuvres de maturité montre la synthèse atteinte par le créateur, maîtrisant à la perfection le fond et la forme de son art. A l’articulation entre ces deux volets, la suite d’une belle étude montre son travail inédit d’illustrateur, séduisant par le sujet, le trait et la couleur.

En appui de ce survol d’une vie de création, ce numéro 14 présente aussi la riche moisson d’œuvres anciennes ou plus récentes retrouvées cette année sur le marché. Enfin, il se réjouit de voir une peinture de notre ami choisie par un grand écrivain contemporain pour faire la couverture d’un roman à succès en livre de poche. Peut-être y a-t-il dans ces deux derniers évènements le signe d’un frémissement favorable à Roger Toulouse, d’un intérêt renaissant pour sa création ? Peut-être ne sommes-nous pas totalement étrangers à cette évolution positive ? C’est ce que nous voulons espérer, et qui ne peut que nous encourager dans ce travail de mémoire que nous souhaitons à la hauteur des attentes de tous les Amis de Roger Toulouse.

Au nom de notre petite équipe de rédaction, je dis ici notre gratitude à ceux d’entre vous qui ont la gentillesse de nous faire part fidèlement de leur plaisir de nous lire. Et pour conclure, en notre nom à tous, je remercie chaleureusement tous les amis qui ont aimablement contribué à la rédaction de ce numéro 14. Ils sont tous les artisans de la notoriété désormais reconnue et bien établie de notre revue annuelle.

Sommaire Revue N° 14

 

Septembre 2009


Editorial lire l'article

 

Etudes de l’œuvre peint

 

Sur quelques œuvres de Roger Toulouse qui vivent près de moi

(Pierre Garnier)

lire l'article

 

Anecdotes et évènements biographiques

 

Exposition à la bibliothèque d’Olivet

(Jean-Louis Gautreau et Abel Moittié)

lire l'article

 

Lettres de Georges Maratier à Roger Toulouse (1ère partie : novembre 1937 – été 1938)

(Jean-Louis Gautreau)


René Guy Cadou : 4 années de correspondance avec Roger Toulouse (1947 – 1951)

(Alain Germain)

 

Roger Toulouse en « Poche »

(Philippe Claudel et Abel Moittié)

 

Roger Toulouse illustrateur

 

Illustrations des « Histoires improbables » (2ème partie)

(Jean-Louis Gautreau)


Vie de l’association

 

Les évènements de l’année

Les œuvres retrouvées                       

Nos amis ont publié

Le courrier des lecteurs

Présentation de l’association

Bulletin d’adhésion
© Copyright "Les Amis de Roger Toulouse"
Créer un site avec WebSelf