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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
EDITO revue n° 17 - septembre 2012 (pages 3 et 4)
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                 Roger Toulouse,
      l'ambition d'accomplir 
           quelque chose 


par Abel Moittié,
président de l’association
Les Amis de Roger Toulouse 

        

« Il est important de s’interroger sur notre avenir, car nous sommes condamnés à y passer le reste de notre vie. » 

                                                              Woody ALLEN


Nature morte au vase mexicain - 1938



Autrefois, quel que soit son champ d’activité, l’homme avait la noble ambition d’accomplir quelque chose. Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il ne lui reste que l’impatiente et vaine obsession d’être quelqu’un. Pire encore, je le vois prêt à tous les excès pour y parvenir, à toutes les dérives et transgressions pour être remarqué, à toutes les provocations pour faire parler de lui, le plus possible, et le plus vite possible. Présente de façon diffuse dans différents secteurs de la société moderne, cette attitude est particulièrement développée dans le champ culturel – notamment dans les arts plastiques – encouragée qu’elle est par ceux qui font métier de discourir sur la modernité qui bouleverse l’art contemporain, peut-être au point de lui nuire.

Une chose me frappe et m’attriste dans l’art contemporain : son divorce avec l’idée même de beauté, sacrifiée sur l’autel de l’innovation, de l’originalité à tout prix, du rejet de la tradition, de la rupture avec le passé, de la mise en scène des avant-gardes. Le résultat nous propose un « paysage saccagé, festif et funèbre, vénal et mortifiant », une création hélas trop souvent d’une insigne médiocrité. La provocation est devenue une convention parmi d’autres, peut-être même plus ennuyeuse que d’autres.
« Le temps du dégoût a remplacé celui du goût ».

Une chose me frappe et me désole dans la présentation de l’art contemporain faite par les « adorateurs de la modernité », ceux qui « liquident le passé au nom du futur » : le décalage qui s’accroît entre la pauvreté du geste artistique et la suffisance du discours qui l’accompagne. Tout se passe comme si les analyses conceptuelles sur l’art contemporain n’avaient d’autre but que de masquer son vide de sens, comme si l’art d’aujourd’hui cherchait des alibis théoriques à sa
« fuite hors de l’art. »

Avec Roger Toulouse, on est aux antipodes de cette attitude déconcertante. A l’inverse, on est plongé au cœur d’un art qui concilie esthétisme et signifiance, dans un univers où l’on a le goût du travail bien fait et de la probité artisanale, « l’amour dru de la vérité et du bon sens » que célébrait jadis Péguy. Dans l’ombre protectrice du cèdre centenaire du jardin de l’artiste, on vit à l’abri des emballements furtifs et des modes éphémères. Dans la paix de l’atelier, livré au silence méditant d’une création en marche, on entend la toile et le métal penser. En entrant progressivement dans l’œuvre, on comprend qu’on est devant un art rare et durable. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas courant aujourd’hui.

Bien entendu, l’œuvre de Roger n’est pas toujours facile à regarder : l’artiste n’a jamais cherché à plaire ! Lorsqu’il est arrivé que sa manière prenne un aspect plus décoratif, plus séduisant, il s’en est écarté et a poursuivi ses recherches vers une création nouvelle, toujours en quête d’un équilibre entre le beau et le vrai, et toujours obstinément tendu vers l’expression du caractère tragique de l’existence. Ce faisant, il a littéralement inventé un « réel », qui ne répète en rien ce qui aurait déjà été vu. En abordant à sa manière le mystère de « l’homme qui fait du mal à l’homme », il nous invite à voir les choses comme nous ne les avons jamais vues. Voilà pourquoi il occupe une place tellement singulière dans l’histoire de l’art. Cette place, nous la revendiquons pour lui, qui ne s’est jamais vraiment préoccupé d’être quelqu’un, ni de faire valoir son travail. C’est notre but, à travers cette revue qui paraît chaque année.Bien entendu, l’œuvre de Roger n’est pas toujours facile à regarder : l’artiste n’a jamais cherché à plaire ! Lorsqu’il est arrivé que sa manière prenne un aspect plus décoratif, plus séduisant, il s’en est écarté et a poursuivi ses recherches vers une création nouvelle, toujours en quête d’un équilibre entre le beau et le vrai, et toujours obstinément tendu vers l’expression du caractère tragique de l’existence. Ce faisant, il a littéralement inventé un « réel », qui ne répète en rien ce qui aurait déjà été vu. En abordant à sa manière le mystère de « l’homme qui fait du mal à l’homme », il nous invite à voir les choses comme nous ne les avons jamais vues. Voilà pourquoi il occupe une place tellement singulière dans l’histoire de l’art. Cette place, nous la revendiquons pour lui, qui ne s’est jamais vraiment préoccupé d’être quelqu’un, ni de faire valoir son travail. C’est notre but, à travers cette revue qui paraît chaque année.

Et c’est encore à nos yeux un beau numéro que vous avez ici entre les mains, un numéro dont l’originalité tient au fait qu’il parle à nos sens. Peut-être le ressentirez-vous également de votre côté, au fil d’une promenade odorante dans le jardin secret du peintre ; ou bien en écoutant les conseils donnés au jeune artiste par son galeriste ; et aussi à travers un regard sensible et poétique jeté sur l’œuvre sculpté (trop souvent laissé dans l’ombre de l’œuvre peint) ; ou encore dans le contact physique avec le métal, réinterprété sous la main d’une jeune femme aveugle ; et enfin, en goûtant chaque fait d’actualité concernant notre ami, chaque souvenir revisité, chaque œuvre redécouverte, chaque moment d’amitié entretenue autour du travail de l’association. Nous vous souhaitons de ressentir ce vrai plaisir des sens.

C’est aussi un numéro d’hommages respectueux et affectueux rendus aux amis passés et présents de Roger Toulouse. Amis d’hier, chers à son cœur : Roger Secrétain, journaliste, résistant, patron de presse, député du Loiret, maire d’Orléans, écrivain et critique littéraire de grande qualité, disparu il y a trente ans cette année, et qui reste parmi « Ceux qui ont éclairé nos chemins » ; José Millas-Martin, ouvrier typographe, imprimeur et éditeur parisien, poète lui-même, consacrant sa longue vie à promouvoir la poésie contemporaine, qui a rejoint au cours de l’hiver dernier « Une tombe au creux des nuages ». Amis d’aujourd’hui aussi, qui s’attachent à donner à notre revue la qualité qu’on lui reconnaît : Georges Plot, chef d’atelier chez Quadrilaser, à qui l’on doit toutes les illustrations publiées ; Patricia Bonnet, graphiste chez Copie 45, qui réalise la mise en page de chaque numéro. Outre leurs compétences respectives, l’un et l’autre ajoutent à leur travail ce supplément d’âme qui s’accorde si bien à l’œuvre que nous défendons tous ensemble. Que tous, concepteurs, rédacteurs, illustrateurs, réalisateurs, imprimeurs, soient ici remerciés ! Nous leur devons ce bonheur d’accomplir quelque chose, et ça n’a pas de prix.
 
Avant de vous laisser renouer le dialogue avec Roger Toulouse, je tiens à répéter notre gratitude à nos partenaires précieux de la ville d’Orléans et de son musée des Beaux-Arts. Je veux aussi vous dire, à tous, à quel point votre fidélité constitue pour nous le plus bel encouragement qui soit. Je veux enfin rappeler la mémoire des amis disparus au cours de l’année : Louise Millot, Emile Mamet, José Millas-Martin, Madeleine Prévost, Raymond Leclerc. Tous étaient des proches – parfois des intimes – de Roger et Marguerite. Ils conservent notre affection.

Post-scriptum : Vous avez sans doute en mémoire ces magnifiques images du cargo TK-Bremen, tristement échoué à deux pas de l’embouchure de la ria d’Etel, par une tempétueuse nuit de février dernier. Vous n’avez pas oublié ce ballet de cisailles et de pelleteuses géantes composé pour la déconstruction de l’épave : il y avait un je-ne-sais-quoi de poésie marine dans ce chantier singulier. J’ai beaucoup pensé à Roger dans cette période au cours de laquelle le génie de l’homme s’est appliqué à nettoyer la nature de ses propres bêtises. Ce spectacle l’aurait fasciné, à coup sûr ! L’esthétique de ce chaos superbe mais douloureux l’aurait conforté dans l’ambition qu’il avait d’accomplir quelque chose de durable pour l’homme du futur.



Sommaire Revue N° 17

  
        Septembre 2012


Editorial
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Hommage à José Millas-Martin
(Abel Moittié)
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Etude de l'oeuvre peint

Quelques fleurs cueillies dans le jardin secret du peintre
(Anne-Marie Royer-Pantin)
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La troisième voix
(Pierre Garnier)


L'oeuvre sculpté de Roger Toulouse

Une sculpture de contrastes
(Marc Baconnet)
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L'art touché du doigt - Vers une approche tactile de l'oeuvre sculpté : méthodologie et illustration avec la sculpture "Poisson et Ciseaux"
(Florence Dugrillon - Juliette Juvigny - Aurélie Troccon)


Anecdotes et éléments biographiques

Lettres de Georges Maratier à Roger Toulouse (3e partie)
(Jean-Louis Gautreau)

Quelques remarques sur le n° 16 de la revue
(Pierre Garnier)


Roger Toulouse, illustrateur des poètes

Les Heureux de la Terre -  Textes de Jean Rousselot illustrés par Roger Toulouse
(Jean-Louis Gautreau)
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Hommage à nos fidèles collaborateurs

Hommage à Patricia, Georges, Monique, Pierre ... et les autres
(Jean-Louis Gautreau et Abel Moittié)
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Document

Hommage à Roger Secrétain
(Roger Toulouse)


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Les oeuvres retrouvées (liste et illustrations)
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