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Roger TOULOUSE
Orléans (1918-1994)
Peintre, sculpteur,
illustrateur et poète
EDITO revue n° 8 - septembre 2003 (pages 3 et 4)
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Donner un écho à notre crépuscule
 

par Abel Moittié,
président de l’association
Les Amis de Roger TOULOUSE


Roger TOULOUSE nous manque : les âmes sensibles sont rares et nécessaires. Il nous manque, mais restent pour nous guider sa vision courageuse et son intuition juste. Reste aussi l’ancre d’une œuvre forte et vraie, à laquelle s’en remettre quand l’histoire devient folle et s’enivre à l’envi.

D’où vient que l’ oeuvre de certains artistes, loin de se faner ou de se démoder, conserve au contraire une fraîcheur d’actualité, comme si le temps où celle-ci a été réalisée comptait moins que les questions éternelles qu’elle pose ? A quoi tient qu’une oeuvre sache mieux qu’une autre traverser différentes époques, en étant toujours étrangement en accord avec la sensibilité du moment ? Comment interpréter que l’on se sente intimement lié à l’humeur d’un créateur, au point de partager son inspiration, d’éprouver ses doutes, de s’identifier à ses révoltes, de trouver dans son oeuvre une source continuelle de réflexion ?

Ces interrogations, elles me viennent souvent à l’esprit devant l’ oeuvre de Roger TOULOUSE : sa peinture pose les questions vitales pour l’avenir des sociétés humaines.

Inséparable du sentiment de crise qui assiège et affaiblit notre monde malade, sa création traverse en effet le temps et semble, dans la durée, plus libre, plus vivante, plus saine que jamais. Confrontée avec la réalité, elle acquiert une force nouvelle, un regain d’intérêt, comme si le tumulte qui s’étend aujourd’hui ne cessait de confirmer la vision et les intuitions qui tourmentaient hier l’esprit du peintre et lui écorchaient le cœur.

Ecorché, Roger TOULOUSE ? Sans doute ! Mais saurons-nous jamais dire quelle était cette plaie par laquelle il saignait ?

Peut-être supportait-il douloureusement le bilan qu’il tirait d’une vie bousculée par l’hystérie d’un siècle féroce ? A l’exact opposé de ses convictions de jeunesse et de ses engagements adultes, il voyait bien que l’univers, étranger au besoin d’épanouissement de ses semblables, se révèle être une formidable machine à broyer tout espoir de bonheur. Peut-être souffrait-il de l’aveu de ses propres tiraillements et d’avoir à reconnaître ses propres contradictions ? Car c’était son destin d’être en permanence écartelé : s’il usait largement de toutes les avancées de la technologie, il professait dans le même temps que le progrès n’est rien d’autre qu’une façon de changer de malheur. Toute son oeuvre vibre et se nourrit de ce divorce intérieur. Mais c’est peut-être finalement la conscience suraiguë de sa fragilité qui le blessait vraiment. C’est peut-être le sentiment de son impuissance qui nourrissait sa désillusion. C’est peut-être la crainte d’un combat inégal et perdu d’avance qui le désenchantait et le faisait orphelin d’un monde englouti sous ses yeux

Mais ce ne sont ici qu’hypothèses, car avec Roger TOULOUSE, comme avec bien d’autres, nous restons à jamais sur un silence. C’est précisément pour faire parler ce silence que la revue nous réunit, dans un engagement de fidélité envers un ami, de promotion pour son oeuvre.

Ce numéro huit n’a rien à envier aux précédents, me semble-t-il. Comme à l’accoutumée, son contenu est dense et diversifié. Enrichi par de nouvelles signatures, il propose à nouveau différentes approches de l’œuvre de Roger Toulouse, à travers analyses et documents, anecdotes et témoignages. A grands traits, la revue des Amis retrace également les principales activités qui ont rythmé la vie de l’association cette année. Elle rend compte notamment, de manière plus approfondie, de la très belle exposition qui s’est tenue à Saran, au printemps dernier, dans les magnifiques salles du château de l’Etang. Organisée avec cœur et intelligence en appui de l’inauguration de l’allée Roger Toulouse, cette manifestation a présenté une quarantaine d’oeuvres peintes et sculptées provenant du fonds du musée des Beaux-Arts d’Orléans et de quelques collections privées. La présente livraison donne un bon écho du large succès recueilli par cette exposition, dans la presse et auprès d’un public nombreux et réellement intéressé par l’actualité des œuvres présentées. Ce succès vient justement récompenser l’engagement commun de la municipalité de Saran et du bureau de l’association. Au total, au fil de ses différentes rubriques, touche après touche, cette revue numéro huit est une nouvelle tentative amicale pour approcher la vérité, la sensibilité, les ressorts profonds d’un artiste public. Réussira-t-elle en plus à lever un peu le voile sur cette part d’ombre que l’homme privé protégeait avec une pudeur obstinée ? C’est notre souhait, en toute discrétion évidemment, car c’est bien dans la combinaison de ces deux regards que s’équilibre et s’enrichit vraiment la personnalité originale de notre ami.

Roger TOULOUSE considérait l’art comme une diététique, un dépouillement, une ascèse. Dans l’abri de son atelier, il purgeait sur la toile les passions et colères que lui inspirait le désordre de la planète. Vivant l’acte de création dans une attitude retenue, il s’accommodait mal de la publicité et s’en remettait au destin pour promouvoir un jour l’oeuvre à laquelle il se consacrait totalement.

Nous sommes le destin de Roger TOULOUSE. Nous avons à révéler la cohérence et la rationalité de sa création, à en indiquer le sens et la dimension éthique. C’est tout le but de notre cercle d’amis, pour que cette oeuvre forte de notre temps soit toujours plus largement reconnue, pour sa beauté certes, mais aussi et peut-être surtout, pour sa nécessité. J’espère que nous le faisons bien. En tous cas, nous le faisons avec l’enthousiasme que nous procure une conviction bien enracinée : sur cette terre promise du rêve, mais terre maudite de l’histoire, il est écrit qu’un jour Roger TOULOUSE connaîtra la lumière, lorsque nous aurons besoin de donner un écho à notre crépuscule.

Sommaire Revue n° 8
       Septembre 2003

 Editorial lire l’article

 Etudes de l’œuvre

Le trait et la lettre dans le tableau
(Hubert de la Rochemacé)

 

L’esprit de la tempête
(Jean-Jacques Lévêque)
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Roger Toulouse, l’œuvre ultime
(Pierre Garnier)

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Pour la laïcité, l’artiste engagé
(Michel Lesseur)

Evènements, éléments biographiques

Inauguration des salles du 20ème siècle au musée des Beaux-Arts d’Orléans
(Annick Notter)


Saran : une allée, une exposition


Présence de Roger Toulouse : sa voix
(Philippe Huguenin)


Roger Toulouse : les paradoxes d’une rencontre
(Philippe Derouette)
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Roger Toulouse et la poésie

Roger Toulouse illustre « Dix fragments inédits des Mémoires de l’Ombre » de Marcel Béalu (suite et fin)
(Jean-Louis Gautreau)


Lettre adressée à Marguerite Toulouse
(André Gauthier)


Une œuvre de Roger Toulouse, un poème

Le cœur et la raison : témoignage sur l’achat de "La Madone"
(Françoise et Abel Moittié)

Et sa prière est silence
(Abel Moittié)
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A Roger
(José Millas-Martin)


Document

Roger Toulouse : une personnalité artistique aux multiples facettes
(Gurli Rosenbröijer)


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