2021 - REVUE N° 25

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ÉDITORIAL

"Embellir la vie,
la colorier… d'amour
et d'espoir."

par Abel Moittié,
président de l'association

"Les Amis de Roger Toulouse".

"Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons, durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir."                  Marc Chagall (1887- 1985)

                                                                 
Nous sommes le mercredi 19 mai 2021 : ce jour fera date ! C’est celui de la sortie du 3ème épisode de confinement. Le jour de la délivrance, de la renaissance, de la réouverture bruyante et lumineuse des commerces, des lieux de culture, de convivialité, après des mois de silence et d’obscurité. Pour beaucoup d’entre nous, un jour de jouissance après une trop longue abstinence. Enfin !...
 

Mais quand vous lirez ces lignes, mes Amis, en octobre prochain, quelle sera la réalité de notre "permis de vivre" en société ? La pandémie sera-t-elle stoppée ? Le virus sera-t-il dompté ? La science aura-t-elle gagné la partie ? Tant de questions ! Et finalement celle-ci, qui les résume toutes : aurons-nous retrouvé la saveur de "la vie d’avant" ?
 

Bien sûr, je n’en sais rien ! Le marc de café, les tarots de Marseille et le noir de fumée gardent pour moi leurs mystères et secrets... Comme chacun, comme tous, j’espère des réponses positives. Mais peut-être mieux encore que de l’espérer : j’y crois !
 

Je veux y croire, car je connais la force de l’instinct de conservation de l’espèce humaine. L’histoire l’enseigne : confronté à l’inconnu, au risque, à l’agression, l’homme cherche à comprendre, se protège, résiste. Quand il en va de sa vie, de sa survie, il sait montrer la réalité de son génie créatif. Il sait trouver la lucidité - certains diront la folie - de s’évader de sa consternante condition du moment pour se projeter dans un "à venir" plus prometteur. Comment ? Grâce au pouvoir du rêve !
 

Un rêve qui n’est pas l’opposé de la réalité, mais qui est, si j’ose cette image, son "complément alimentaire". Rêver, ce n’est pas se mentir. C’est laisser cours à l’envie de modifier la réalité présente. C’est échafauder l’apparence d’une vérité différente, à laquelle on donne vie, sens et présence. Rêver, enjoliver, s’inventer une autre destinée humaine...
 

Pas en Utopie bien sûr ! Pas dans une société idéale et sans défaut, qui serait l’exact contraire de la réalité : évidemment non ! Mais imaginer une société simplement heureuse, consciente et satisfaite de son bonheur. Une société lucide, qui ferait sienne le constat tout en clair-obscur de Christian Moncelet, professeur des universités, spécialiste du poète René Guy Cadou : "Heureusement, la vie n’est pas belle ! Elle est bien mieux que cela. Elle est à embellir !" Terrible clairvoyance : « La vie n’est pas belle ! » Mais admirable raison d’être et d’espérer : "Elle est à embellir ! "
 

Dit ainsi, cela paraît à la fois vrai, simple et tellement à notre portée. Pourtant, la beauté de la vie, qui en parle aujourd’hui, qui s’en préoccupe vraiment ? Pas les politiques, hélas ! Mais les artistes, évidemment oui, en tête desquels se tiennent les poètes, nourris de noblesse esthétique et de chaleureuse fraternité. Est à mes yeux poète tout être humain avide de spiritualité, au sens que lui confère Edgar Morin : "La spiritualité, c’est d’essayer de penser au-delà des besoins immédiats de la vie quotidienne. C’est s’interroger sur l’avenir de l’humanité, sur la réalité de la vie, sur l’univers. Pour moi, la spiritualité, c’est l’activité de l’esprit."
 

Stimuler l’activité de notre esprit : c’est donc ce qu’il conviendrait de faire pour embellir et humaniser notre chemin de vie sur terre. N’est-ce pas ce que font les artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains... ? Tous nous font voir, entendre, comprendre la beauté de notre univers, beauté fragile que le bruit de fond convenu du quotidien finit par rendre banale à nos yeux hélas indifférents. Tous nous disent à leur manière que l’exigence esthétique est le salut du monde.
 

"Mettre le feu aux poutres vermoulues du banal" pour transcender le sentiment anesthésiant de notre finitude humaine : c’est ce combat de l’idéal que mènent les artistes, contre la norme, devenue fatalité, et pour la nouveauté, porteuse de promesse. Aujourd’hui, le monde n’a plus besoin de battants. Il a besoin de rêveurs. Il a besoin de personnes capables de reconstruire, de prendre soin, d’aimer. Et surtout, surtout, il a besoin de gens heureux. Nous-mêmes, sommes-nous prêts à prendre ce risque du bonheur terrestre ?...
 

Voilà qui nous éloigne de Roger Toulouse, penserez-vous peut-être. Mais non, je vous rassure ! Je pense à lui depuis ma première ligne.
 

Je pense au Roger Toulouse attachant et plein de couleurs que vous allez retrouver tout au long des pages de cette nouvelle revue. Je pense à l’homme prévenant, rejoint au fil des ans par ses Amis, ses frères en art et en âme, dans l’éternité des «allées du temps.» Je pense à l’artiste réfléchi, aérien, qui nous élève en s’élevant lui-même, en quête de sens et de vérité. Je pense au magicien de la lumière, dans son atelier-ermitage tout empli de silence. « Le silence est une tranquillité, jamais un vide. Il est clarté, mais jamais absence de couleur » : des mots profonds de Yehudi Menuhin qui semblent tout juste faits pour notre ami Roger Toulouse. Je pense à l’homme-conscience qui n’a cessé de donner l’alerte tout en dénonçant la résignation, à l’instar d’Albert Einstein : "Le monde est dangereux à vivre, pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire." Sa vie, sa création engagées montrent qu’il n’était pas de ces démissionnaires. C’est son honneur !
 

De sa droiture - comme de son talent - est né mon attachement à l’homme digne qu’il fut, à l’artiste utile et salutaire qu’il reste à l’inventaire de notre patrimoine culturel contemporain. Une question reste posée : Roger Toulouse avait-il à l’esprit que le bonheur est un choix ? En amitié fidèle, j’aime à penser que c’était le cas. J’aime à croire qu’à sa manière, par son art d’illustrateur parfois un peu austère, il exprimait avec sagesse, un intime et très sincère appétit de bonheur.
 

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SOMMAIRE N° 25

 

Éditorial

Hommage à Pierre Moreau (1945-2020)

Hommage à Daniel Leclercq (1946-2020)

Études de l’œuvre peint

L’œuvre sculpté de Roger Toulouse

  • Retour aux sources pour "Hommage à Lavoisier", par Abel Moittié

Anecdotes et éléments biographiques

Roger Toulouse, poète

Vie de l'association

  • Les évènements de l'année 2020-2021, par Abel Moittié

  • Index général des textes publiés (revues 20 à 24), par Abel Moittié

  • Les œuvres retrouvées ou localisées   Cliquer ici

  • Nos Amis ont publié

  • Courrier des adhérents et sympathisants

  • Composition du Conseil d'Administration

  • Bulletin d'adhésion

EXTRAITS

         Hommage à Pierre Moreau

 

                      - Adieu des Amis de Roger Toulouse, par le président Abel Moittié

 

                      - Pour Pierre, ses Amis de Roger Toulouse et de bien au-delà (hommage collectif)

          Hommage à Daniel Leclercq

                           - Adieu des Amis de Roger Toulouse, par le président Abel Moittié

                           - Le beau sourire de Daniel Leclercq s'est envolé, par Jean-Dominique Burtin

Roger Toulouse l’aérien


par Marc Baconnet

 

"La vie de la terre dans l’atmosphère du ciel."   Max Jacob



   [...]

Toujours au dessus du sol en effet, la peinture est suspendue dans l’air, accrochée à un mur, ou déployée pour décorer des voûtes au dessus de nos têtes, ou fixée sur les parois d’une caverne, toujours à une certaine hauteur. Elle est en ascension. Même quand elle représente le sol sur lequel nous marchons, c’est un sol détaché du sol, un sol qui s’élève du sol, qui flotte à quelque distance au dessus de la terre. Dans son évolution, la peinture de Roger Toulouse va rendre de plus en plus évidente cette suspension aérienne, débarrassée d’une pesante gravité qui nous condamne à ramper sur terre. Cela implique que nous ne percevions plus le monde selon les lois habituelles de notre perspective, mais que, tels des astronautes, nous planions sans contrainte dans un univers dont nous avons de plus en plus de mal à mesurer la hauteur, la largeur et la profonde. [...]

     Roger Toulouse, poète

 

                         - Critique de Magica Forti, par Jean Bouhier

 

                         - A René Guy Cadou, poème de Roger Toulouse 

     Trois artistes de la lumière

                        "Trois artistes que j'aime et qui ont travaillé cette matière : Pierre Soulages, Bernard Foucher, Roger Toulouse."

                                              par Jean-Louis Gautreau

        

       Les œuvres retrouvées

1968 - Jeune fille à la croix (n° 719) - Copie JLG.jpg

Jeune fille à la croix - 1968

dessin à l'encre mauve sur carton - 62 x 47 cm.

signé en bas à droite au crayon

collection particulière (Nantes)